Un trimestre historique pour Starbucks
Pour la première fois en plus de deux ans, Starbucks a réussi à afficher simultanément une croissance du chiffre d'affaires et des bénéfices. Au deuxième trimestre de son exercice fiscal 2026, clos le 29 mars, le géant américain du café a enregistré des revenus de 9,5 milliards de dollars, en hausse de 9 % sur un an, dépassant le consensus des analystes établi à 9,16 milliards de dollars. Le bénéfice par action non-GAAP a progressé de 22 % pour atteindre 0,50 dollar, contre 0,43 dollar attendu.
Le résultat net s'est établi à 510,8 millions de dollars, en progression de 33 % par rapport à la même période de l'exercice précédent. La marge opérationnelle a gagné 110 points de base pour atteindre 9,4 %, marquant la première expansion trimestrielle depuis le premier trimestre de l'exercice 2024.
Les ventes comparables, moteur de la reprise
Le véritable signal du retournement vient des ventes comparables, l'indicateur clé du secteur de la restauration rapide. En Amérique du Nord, elles ont bondi de 7,1 %, largement au-dessus du consensus de 4 % anticipé par Wall Street. Cette performance est portée par une croissance de 4,3 % des transactions, la plus forte en trois ans, signe que les clients reviennent spontanément dans les boutiques.
Sur le plan international, les ventes comparables ont progressé de 2,6 %. Fait remarquable : les dix plus grands marchés internationaux de Starbucks ont tous affiché des ventes comparables positives au cours du trimestre, pour la première fois en neuf trimestres consécutifs. Le Japon a enregistré une semaine record, tandis que la Corée du Sud a vendu plus d'un million de tasses de son nouveau café Aerocano en une seule semaine.
« Ce trimestre marque le tournant de notre retournement. Notre stratégie Retour à Starbucks a généré à la fois une croissance du chiffre d'affaires et des bénéfices pour la première fois en plus de deux ans. »
Brian Niccol, PDG de Starbucks, lors de la conférence téléphonique du 28 avril 2026
La stratégie Retour à Starbucks porte ses fruits
Arrivé à la tête de Starbucks en septembre 2024, Brian Niccol a lancé son plan de redressement baptisé « Back to Starbucks » autour de quatre axes : améliorer l'expérience en boutique, réduire les temps d'attente, réintroduire des places assises et recentrer les offres sur la qualité perçue. Le tableau de bord interne « GROW », qui suit les ventes, le débit, l'effectif et la satisfaction client, a progressé de plus de 30 points de pourcentage en termes de boutiques atteignant les objectifs fixés depuis le lancement en octobre 2025.
Le programme de fidélité Starbucks Rewards compte désormais 35,6 millions de membres actifs sur 90 jours, en hausse de 4 % sur un an, avec un nouveau palier à 60 étoiles qui représente environ un tiers des échanges. La livraison à domicile a progressé de 30 % sur un an pour les boutiques américaines en gestion propre. Niccol résume la philosophie qui sous-tend ce redressement : « Si c'est perçu comme un petit plaisir ou une légère indulgence pour des budgets modestes, nous devons leur proposer les boissons qu'ils désirent et leur offrir une expérience où ils sentent que chaque euro dépensé en valait la peine. »
Le modèle économique en Chine restructuré
Un autre élément structurant du trimestre est la finalisation de la coentreprise avec le fonds d'investissement chinois Boyu Capital. Boyu Capital détient désormais 60 % des opérations de vente au détail de Starbucks en Chine, tandis que Starbucks conserve 40 % du capital et continue de détenir et de licencier la marque. La transaction a généré environ 3,1 milliards de dollars bruts pour Starbucks, dont une partie a été affectée au remboursement d'une dette de 1 milliard de dollars arrivée à échéance en février. À partir du troisième trimestre, les opérations chinoises seront déconsolidées des comptes, ce qui réduira les revenus liés à la Chine à moins de 20 % de leur niveau antérieur.
La guidance annuelle relevée
Fort de ces résultats, le groupe a relevé ses prévisions pour l'ensemble de l'exercice fiscal 2026. Les ventes comparables mondiales et américaines sont désormais attendues en hausse d'au moins 5 %, contre une prévision antérieure de 3 %. Le bénéfice par action ajusté est projeté dans une fourchette de 2,25 à 2,45 dollars, contre 2,15 à 2,40 dollars précédemment. La société confirme une cible d'économies de 2 milliards de dollars d'ici l'exercice 2028, principalement sur les coûts de distribution, les charges opérationnelles et les frais généraux.
La directrice financière Cathy Smith a toutefois maintenu un ton prudent : « Nos résultats du T2 démontrent les progrès réalisés pour soutenir une croissance durable et rentable, mais nous savons qu'il reste du travail à accomplir. » Elle a notamment reconnu que la marge opérationnelle en Amérique du Nord s'est contractée de 170 points de base, pénalisée par les investissements dans le service, la hausse des coûts de distribution et le renchérissement du prix du café vert d'environ 1 dollar la livre sur un an.
Wall Street salue le retournement mais mesure les risques
La réaction des marchés a été immédiate : l'action Starbucks a progressé d'environ 5 à 6 % en séance après l'annonce des résultats. Plusieurs grandes banques ont relevé leurs objectifs de cours dans la foulée. BofA Securities a porté sa cible à 137 dollars en maintenant son avis d'achat, Deutsche Bank a fixé un objectif à 120 dollars, BTIG Research à 115 dollars et RBC Capital à 110 dollars. Selon le consensus de 26 analystes compilé à la date du 29 avril 2026, Starbucks bénéficie d'une recommandation d'achat.
Des voix plus nuancées invitent toutefois les investisseurs à la prudence. DA Davidson a maintenu son avis neutre avec un objectif de 102 dollars, soulignant que la valorisation actuelle, autour de 33 fois les bénéfices attendus pour l'exercice suivant, intègre déjà une grande partie du potentiel de redressement. Le Motley Fool relève par ailleurs une tension entre le dividende versé (709 millions de dollars au T2) et le résultat net dégagé (511 millions de dollars), ce qui implique que les bénéfices devront accélérer pour que la politique de dividende reste soutenable.
Des défis structurels qui persistent
Au-delà des chiffres du trimestre, Starbucks doit naviguer dans un environnement concurrentiel qui s'est durci depuis plusieurs années. Aux États-Unis, des enseignes comme Dutch Bros ou Scooter's Coffee gagnent des parts de marché sur le segment du café à emporter abordable. En Chine, Luckin Coffee continue de proposer des produits comparables à 30 à 40 % moins chers tout en accélérant son expansion. Les prix du café arabica et robusta restent historiquement élevés en 2026, et les tensions tarifaires liées à la politique commerciale américaine représentent une pression additionnelle sur les coûts d'approvisionnement et de distribution.
Ce qu'il faut surveiller au prochain trimestre
Plusieurs indicateurs méritent l'attention des investisseurs pour valider la durabilité du redressement. En premier lieu, la trajectoire de la marge opérationnelle en Amérique du Nord : une contraction de 170 points de base alors que les ventes comparables bondissent de 7 % illustre le coût des investissements consentis dans le service et les conditions de travail. En second lieu, l'évolution des ventes comparables en Chine post-déconsolidation sera plus difficile à suivre, l'entreprise cessant de publier les données trimestrielles distinctes pour ce marché. Enfin, la capacité à atteindre les économies de 2 milliards de dollars d'ici 2028 sans compromettre la qualité de l'expérience client représente un exercice d'équilibre délicat.
Pour les investisseurs français qui cherchent à s'exposer au secteur de la consommation américaine, Starbucks offre désormais un récit de redressement documenté par deux trimestres consécutifs de croissance des transactions. Les résultats des quatre grandes entreprises technologiques américaines attendus ce soir même, ainsi que la décision de la Réserve fédérale américaine prévue cette semaine, seront déterminants pour l'orientation des marchés à court terme et pourraient influer sur la dynamique boursière de l'ensemble des valeurs de consommation.
Sources
- Starbucks Investor Relations, Résultats T2 AF2026, 28 avril 2026
- Transcription de la conférence téléphonique Starbucks T2 2026, Investing.com, 28 avril 2026
- CNBC, « Starbucks raises full-year outlook as turnaround takes hold », 28 avril 2026
- Fortune, « A little touch of luxury, it goes a long way », 29 avril 2026
- Sherwood News, « Starbucks beats Q2 estimates, raises 2026 guidance », 29 avril 2026
- The Motley Fool, « Starbucks Surges as Its Turnaround Gains Steam », 28 avril 2026
- TIKR, « Starbucks Q2 2026: Guidance Raised After Strongest U.S. Transaction Growth in Three Years », 2026
- MarketBeat, relevés de cibles d'analystes BofA, BTIG, Deutsche Bank, RBC, DA Davidson, 29 avril 2026
- Starbucks Investor Relations, Finalisation de la coentreprise Boyu Capital, 2026