Un sommet historique à dix jours de distance
Le président américain Donald Trump posera le pied à Pékin le 14 mai 2026 pour une visite d'État de deux jours avec le président Xi Jinping. C'est la première fois en huit ans qu'un président américain se rend en Chine, et cette rencontre survient dans un contexte de tensions commerciales, géopolitiques et énergétiques d'une intensité rare. La Maison-Blanche a confirmé qu'une visite réciproque de Xi à Washington aura lieu ultérieurement cette année, probablement à l'occasion du G20.
Le sommet avait initialement été prévu pour le 31 mars 2026, mais les frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont provoqué la fermeture du détroit d'Hormuz et une crise énergétique mondiale, ont conduit à son report. Les marchés de prédiction évaluent aujourd'hui à 60 % les chances d'un cessez-le-feu iranien avant la mi-mai, ce qui explique la fébrile attente des investisseurs.
Un chemin semé d'embuches depuis 2025
Pour comprendre les enjeux du sommet de Pékin, il faut retracer la chronologie de la guerre commerciale. En 2025, les tarifs douaniers américains sur les produits chinois ont atteint un pic de 145 %, déclenchant des représailles chinoises à plus de 100 % et la suspension des exportations de terres rares stratégiques. Un premier accord de 90 jours avait été signé à Genève en mai 2025, rapidement mis à mal par des accusations mutuelles de non-respect.
L'accord de Busan, conclu en octobre 2025, a constitué le tournant le plus significatif à ce stade : Washington a réduit ses tarifs liés au fentanyl de 20 % à 10 %, suspendu les tarifs réciproques les plus élevés, et Pékin a mis en pause ses contrôles à l'exportation sur les terres rares, le gallium, le germanium, l'antimoine et le graphite pour les utilisateurs américains. En retour, la Chine s'est engagée à acheter 25 millions de tonnes métriques de soja américain par an jusqu'en 2028.
Le 20 février 2026, la Cour suprême américaine a annulé la base juridique des tarifs IEEPA de Trump, amputant l'arsenal tarifaire de la Maison-Blanche. L'administration a immédiatement réagi en invoquant la Section 122 du Trade Act pour instaurer un taux universel temporaire de 10 % pour 150 jours, et en lançant de nouvelles investigations Section 301 visant 16 économies, dont la Chine, avec des premières audiences publiques tenues le 28 avril 2026.
Les terres rares, arme stratégique au cœur des négociations
Aucun sujet ne cristallise mieux les rapports de force que les terres rares. La Chine contrôle 69 % de la production minière mondiale et 92 % du traitement de ces 17 éléments chimiques indispensables aux moteurs de véhicules électriques, aux turbines éoliennes, aux équipements de défense et aux puces semiconductrices, selon le rapport minier 2025 de PwC.
La suspension d'un an des contrôles à l'exportation obtenue dans le cadre de l'accord de Busan est une bouffée d'oxygène pour les industriels américains et européens. Mais Reed Blakemore, directeur du Global Energy Center de l'Atlantic Council, met en garde : La Chine réutilisera vraisemblablement ces restrictions à l'exportation comme levier si les tensions resurgissent. Le G7 doit coordonner la sécurisation de ses chaînes d'approvisionnement pour éviter de se retrouver en permanence à renégocier sous contrainte.
La pression chinoise sur ce dossier illustre une asymétrie structurelle profonde. Jeremy Mark, chercheur senior à l'Atlantic Council, résume la situation : Pékin dispose d'immenses avantages dans les négociations en cours. La révélation de la vulnérabilité industrielle américaine face aux terres rares chinoises a fourni à Pékin un outil de coercition qu'il utilisera avec parcimonie mais avec détermination.
Un agenda chargé entre commerce géré et tensions technologiques
Lors du sixième round de négociations tenu à l'OCDE à Paris en mars 2026, le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le vice-Premier ministre chinois He Lifeng ont conduit des discussions décrites comme remarquablement stables. Les deux parties ont exploré des mécanismes formels de gestion du commerce bilatéral : un Trade Board pour identifier des opportunités d'échanges équilibrés, et un Investment Board pour traiter les problématiques d'investissements entre les deux nations.
Le représentant américain au Commerce Jamieson Greer a signalé que Trump cherchera la stabilité plutôt qu'une réinitialisation complète des relations commerciales lors du sommet de Pékin. Les livrables probables se concentrent sur l'agriculture (achats américains de soja, viande de bœuf, volaille) et les pièces d'avion Boeing. En revanche, les dossiers les plus sensibles, notamment les contrôles à l'exportation de semiconducteurs, les listes de sanctions et les mécanismes d'application du commerce, restent ouverts.
Trump a également demandé à Pékin d'exercer une pression sur Téhéran pour rouvrir le détroit d'Hormuz. La Chine importe environ 12 millions de barils de pétrole par jour, une dépendance énergétique massive qui aligne, au moins partiellement, ses intérêts sur ceux des pays occidentaux dans ce dossier.
Quatre scénarios pour les marchés
Une analyse de risques publiée fin avril 2026 par Oqtima News détaille quatre trajectoires possibles pour les marchés dans les quatre à six semaines à venir.
- Scénario A (20 % de probabilité) : La Section 301 débouche sur une détermination positive contre la Chine, qui riposte en suspendant ses achats de soja et en réimposant les contrôles sur les terres rares. L'indice Philadelphia Semiconductor subirait une forte correction.
- Scénario B (35 % de probabilité, cas de base) : Les audiences Section 301 ne produisent aucune détermination immédiate. Les deux parties signalent leur volonté de négocier. Le statu quo se maintient jusqu'au troisième trimestre.
- Scénario C (25 % de probabilité) : Pékin étend proactivement les dispositions de l'accord de Busan avant l'expiration de novembre. Les actifs risqués se redressent largement, les valeurs liées aux chaînes d'approvisionnement des terres rares progressent.
- Scénario D (20 % de probabilité) : L'autorité Section 122 expire en juillet sans renouvellement. La relation bilatérale dérive vers novembre sans cadre structurant, générant une incertitude durable sur les chaînes d'approvisionnement.
L'analyse souligne une asymétrie fondamentale : le potentiel à la hausse d'une résolution constructive est modéré et largement intégré par les marchés, tandis que le potentiel à la baisse d'une escalade est marqué et sous-évalué. Les experts de l'Atlantic Council partagent ce diagnostic de prudence. Kit Conklin estime que l'accord établit un plancher temporaire plutôt qu'une véritable détente, et anticipe une volatilité renouvelée dans l'année à venir.
L'Europe prise en étau entre Washington et Pékin
Si la guerre commerciale sino-américaine est d'abord un dossier bilatéral, ses répercussions sur l'Europe sont substantielles. Selon les projections de JPMorgan, les tarifs américains réduiront le PIB de la zone euro d'environ 0,2 point en termes cumulés sur 2025-2026. EY estime l'impact global à 0,5 point de PIB de l'UE pour 2026.
Le secteur automobile européen illustre le double problème. Les exportations de voitures de l'UE vers les États-Unis ont reculé de 17 %, tandis que les exportations vers la Chine ont chuté de 30 %. Dans le même temps, les importations de véhicules électriques chinois en Europe ont bondi de 50 % pour atteindre plus de 800 000 unités, et l'Allemagne a importé plus de voitures chinoises qu'elle n'en a exporté vers la Chine pour la première fois de son histoire.
La Banque centrale européenne n'est pas restée passive. Elle a procédé à sept baisses consécutives de son taux de dépôt depuis le pic de 4,0 %, ramenant ce dernier à 2,0 % en juin 2025, en citant explicitement l'incertitude commerciale comme facteur déterminant. En mars 2026, la BCE a maintenu ses taux inchangés, les projections de croissance pour la zone euro étant révisées à 0,9 % pour 2026, un niveau bien en deçà du potentiel.
Pour les investisseurs français, plusieurs expositions sectorielles méritent une attention particulière. L'accord UE-États-Unis de juillet 2025 a plafonné les tarifs à 15 % sur la plupart des produits européens, mais l'acier et l'aluminium restent soumis à un taux de 50 %. Les entreprises du CAC 40 exposées aux exportations vers les États-Unis et à la Chine, notamment dans l'automobile, le luxe, l'aéronautique et les matériaux, suivront de près chaque signal issu du sommet de Pékin.
Une trêve fragile jusqu'au 10 novembre 2026
La date à retenir pour les investisseurs est le 10 novembre 2026. C'est à cette date qu'expire l'accord de Busan, laissant l'ensemble du cadre bilatéral à renégocier en moins de 200 jours. Melanie Hart, directrice senior au Global China Hub de l'Atlantic Council, observe que Pékin instrumentalise les sommets programmés pour limiter l'imprévisibilité de Trump, cherchant à en extraire une nouvelle vague de concessions américaines. Xi Jinping planifie sa propre visite à Washington en décembre 2026, probablement autour du sommet du G20.
Matthew Kroenig, vice-président du Scowcroft Center, exprime un pronostic sombre sur le fond : La relation va empirer avant de s'améliorer. Au-delà des achats de soja et des pauses sur les terres rares, la rivalité structurelle entre les deux superpuissances englobe des dimensions économiques, technologiques, idéologiques et militaires que quelques jours de sommets ne pourront pas résoudre.
Pour les épargnants et les investisseurs, le sommet de Pékin des 14 et 15 mai 2026 représente un moment charnière à surveiller. Une avancée sur le renouvellement de l'accord de Busan ou sur les contrôles à l'exportation de semiconducteurs alimenterait un rally sur les actifs risqués. Une escalade, à l'inverse, déclencherait des mouvements brutaux sur les valeurs technologiques, les matières premières stratégiques et l'euro. Dans l'un ou l'autre cas, la vigilance s'impose.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochains jours
- Les signaux diplomatiques préliminaires entre le 4 et le 13 mai, notamment les déclarations de Jamieson Greer et He Lifeng
- L'évolution du conflit iranien et la probabilité d'une réouverture du détroit d'Hormuz avant le sommet
- Les audiences Section 301 de l'USTR et une éventuelle détermination préliminaire contre la Chine
- La réaction du marché obligataire américain et de l'indice Philadelphia Semiconductor aux nouvelles diplomatiques
- Les déclarations de la BCE quant à l'impact des tensions commerciales sur ses projections de croissance pour la zone euro
Sources
Cet article s'appuie sur des données et analyses publiées par l'Atlantic Council, JPMorgan Global Research, l'Oqtima Newsroom, Benzinga France, Boursorama, Euronews, la Banque centrale européenne, Morrison Foerster, EY, PwC, CNBC et Foreign Policy entre mars et mai 2026.