Matières premières au plus bas depuis 6 ans : la Banque mondiale alerte sur un excédent pétrolier historique en 2026
La Banque mondiale prévoit une chute de 7 % des matières premières en 2026. Un surplus pétrolier de 2,3 Mb/j pourrait faire plonger le Brent à 60 $. Bonne nouvelle pour l'inflation, mauvaise pour les exportateurs.

Une quatrième année consécutive de baisse
Les prix mondiaux des matières premières s'apprêtent à atteindre leur plus bas niveau depuis six ans en 2026, selon les dernières prévisions de la Banque mondiale. Son rapport Commodity Markets Outlook anticipe un recul de 7 % cette année, après une baisse équivalente en 2025. Cette trajectoire baissière, qui marque la quatrième année consécutive de déclin, ramènerait l'indice global des matières premières à un niveau inédit depuis 2020.
Le principal moteur de cette dégringolade reste le marché pétrolier, confronté à ce que les analystes qualifient de « super-glut » : un excédent structurel qui dépasse désormais les niveaux observés lors des confinements de 2020.
Un marché pétrolier submergé par l'offre
Goldman Sachs anticipe un surplus de 2,3 millions de barils par jour en 2026, une situation qui devrait peser lourdement sur les cours. La banque d'investissement prévoit un Brent à 56 dollars le baril en moyenne sur l'année, tandis que la Banque mondiale table sur 60 dollars, soit le niveau le plus bas depuis cinq ans.
Plusieurs facteurs expliquent cette surabondance :
- La croissance de l'offre non-OPEP+ : L'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit une hausse de 2,4 millions de barils par jour en 2026, tirée par les États-Unis, le Brésil et le Guyana.
- Le plafonnement de la demande chinoise : Les véhicules électriques ont déjà déplacé 1,3 million de barils par jour de demande pétrolière en 2024. La Chine, qui représentait plus de la moitié de la croissance mondiale de la consommation depuis 2005, a vu sa demande reculer pour la première fois en vingt ans.
- Les coupes OPEP+ insuffisantes : Malgré le maintien de réductions de 3,24 millions de barils par jour jusqu'à fin 2026, le cartel peine à contenir le surplus.
« Les investisseurs devraient vendre le pétrole maintenant. Les stocks mondiaux augmentent de 2 millions de barils par jour depuis 90 jours. »
Daan Struyven, co-responsable de la recherche matières premières, Goldman Sachs
L'or et l'argent font figure d'exception
Alors que l'ensemble des matières premières recule, les métaux précieux poursuivent leur trajectoire ascendante. La Banque mondiale prévoit une hausse de 5 % pour l'or en 2026 et de 8 % pour l'argent, après des gains spectaculaires de 42 % et 34 % respectivement en 2025.
Goldman Sachs se montre encore plus optimiste, visant un cours de l'or à 4 900 dollars l'once d'ici décembre 2026. Cette divergence s'explique par plusieurs facteurs :
- Les achats massifs des banques centrales, estimés à 755 tonnes en 2026
- Les tensions géopolitiques persistantes qui alimentent la demande de valeurs refuges
- Les anticipations de baisses de taux de la Fed, qui réduisent le coût d'opportunité de détenir de l'or
Un répit pour l'inflation européenne
Pour les consommateurs européens, et français en particulier, cette baisse des matières premières constitue une bonne nouvelle. L'inflation française s'est établie à 0,8 % en décembre 2025, son niveau le plus bas depuis sept mois, portée par un recul de 6,8 % des prix de l'énergie sur un an.
« Les marchés des matières premières contribuent à stabiliser l'économie mondiale. La baisse des prix de l'énergie a favorisé le recul de l'inflation des prix à la consommation au niveau mondial. »
Indermit Gill, économiste en chef de la Banque mondiale
La Banque mondiale estime que cette détente représente « le dernier kilomètre » de la lutte contre l'inflation, offrant aux banques centrales du G7 une marge de manoeuvre accrue pour assouplir leur politique monétaire.
Les pays exportateurs sous pression
Si les économies importatrices bénéficient de cette conjoncture, les nations dépendantes des exportations de matières premières font face à des défis budgétaires croissants. La Banque mondiale appelle ces pays à profiter de cette période pour accélérer leurs réformes fiscales.
« La baisse des prix du pétrole offre une opportunité de choix aux économies en développement pour avancer sur les réformes fiscales qui favorisent la croissance et la création d'emplois. »
Ayhan Kose, économiste en chef adjoint de la Banque mondiale
L'Arabie saoudite, qui dispose d'une capacité de réserve estimée à 3 millions de barils par jour (soit 60 % de la capacité mondiale), se trouve dans une position délicate : maintenir les prix à un niveau acceptable pour son budget tout en préservant ses parts de marché face aux producteurs non-OPEP.
Perspectives : 2026, dernière année du super-cycle baissier ?
Goldman Sachs qualifie 2026 de « dernière année de la grande vague d'offre » actuelle. Au-delà, le marché pourrait se rééquilibrer à mesure que les prix bas découragent les nouveaux investissements dans l'exploration et la production.
JP Morgan va plus loin, évoquant un scénario où le Brent pourrait plonger dans les 30 dollars le baril en 2027 si l'offre continue de submerger la demande. Toutefois, la banque américaine estime que des ajustements interviendront des deux côtés du marché avant d'atteindre de tels extrêmes.
Ce qu'il faut retenir
- L'indice des matières premières devrait atteindre son plus bas niveau en 6 ans en 2026
- Le Brent est attendu entre 56 et 60 dollars le baril, en baisse de 12 à 18 % par rapport à 2025
- Les métaux précieux font exception avec l'or visant 4 900 dollars l'once
- L'inflation française et européenne devrait continuer de bénéficier de cette détente
- Les pays exportateurs doivent accélérer leurs réformes pour s'adapter à ce nouvel environnement