Le constructeur bavarois encaisse un double choc : tarifs américains et recul chinois
BMW a publié ce 12 mars 2026 ses résultats annuels pour l'exercice 2025, révélant un recul marqué de sa rentabilité. Le bénéfice opérationnel (EBIT) du groupe a chuté de 11,5 % pour s'établir à 10,2 milliards d'euros, son niveau le plus faible depuis la pandémie de Covid. Le chiffre d'affaires a reculé de 6,3 % à 133,5 milliards d'euros, tandis que le bénéfice net a fléchi de 3 % à 7,45 milliards d'euros.
La marge EBIT de la division automobile, indicateur clé de la performance industrielle du constructeur, est tombée à 5,3 %, bien en dessous de la fourchette cible de 8 à 10 %. Selon le directeur financier Walter Mertl : « Sans la charge tarifaire, BMW aurait affiché une hausse de ses bénéfices en 2025. »
1,77 milliard d'euros : la facture des droits de douane américains
Les tarifs douaniers imposés par l'administration Trump constituent le premier facteur de dégradation des résultats. L'impact direct sur les marges automobiles a atteint 1,5 point de pourcentage en 2025, soit un coût estimé à 1,77 milliard d'euros pour le groupe. Les droits d'importation américains sur les véhicules européens, portés à 15 % contre 2,5 % auparavant, frappent de plein fouet les constructeurs allemands qui exportent massivement vers les États-Unis.
Pour 2026, BMW anticipe un impact tarifaire réduit à environ 1,25 point de marge, soit une facture estimée à 1,5 milliard d'euros. Walter Mertl se montre néanmoins optimiste sur l'évolution du cadre commercial : « Nous partons du principe que de nouveaux accords seront conclus au second semestre », a déclaré le directeur financier, anticipant « un accord entre les États-Unis et l'Europe permettant d'importer à 0 % ».
Un contexte tarifaire qui s'aggrave pour toute l'industrie automobile européenne
BMW n'est pas un cas isolé. Volkswagen, dont les marques Audi et Porsche sont pleinement exposées aux droits américains faute de sites de production aux États-Unis, subit également de lourdes pertes. Stellantis, avec 46 % de ses ventes réalisées sur le marché américain et une forte dépendance à la production mexicaine et canadienne, a enregistré un impact net de 330 millions d'euros au premier semestre 2025. Mercedes a quant à elle choisi d'absorber temporairement les droits de 25 % sur ses modèles 2025.
La Chine, talon d'Achille du constructeur munichois
Le second facteur de fragilité réside dans l'effondrement du marché chinois. Les ventes de BMW en Chine ont plongé de 12,5 % en 2025, portant les volumes à leur plus bas niveau depuis 2017 sur ce qui reste le premier marché mondial du groupe. La concurrence féroce des constructeurs chinois, notamment sur le segment électrique, érode les parts de marché des constructeurs européens à un rythme accéléré.
Pour 2026, BMW espère au mieux stabiliser ses volumes chinois au niveau de 2025. Walter Mertl a reconnu que « la Chine pourrait atteindre le niveau de l'année dernière », soulignant les défis persistants sur ce marché. En contrepartie, le groupe a enregistré une progression solide en Europe (+7,3 %) et dans les Amériques (+5,6 %), portant le total des livraisons mondiales à 2,46 millions de véhicules, en légère hausse de 0,5 %.
Électrification : la Neue Klasse comme pari stratégique
Malgré ce contexte défavorable, BMW poursuit résolument sa transition électrique. Le groupe a livré 442 056 véhicules 100 % électriques en 2025, soit une progression de 3,6 % et une part de 17,9 % des ventes totales. En incluant les hybrides rechargeables, ce sont 642 071 véhicules électrifiés qui ont été écoulés, représentant un véhicule sur quatre.
Le lancement de la plateforme Neue Klasse, fruit d'un investissement de 10 milliards d'euros, marque un tournant technologique majeur. Le premier modèle de cette nouvelle architecture, le BMW iX3, affiche « une demande extraordinairement élevée » selon Oliver Zipse, le PDG sortant. Avec une autonomie allant jusqu'à 640 kilomètres et une recharge de 370 kilomètres en dix minutes grâce à une capacité de 400 kW, l'iX3 incarne la réponse de BMW à la concurrence chinoise.
D'ici 2027, les technologies de la Neue Klasse seront intégrées dans plus de 40 nouveaux modèles ou mises à jour. Le groupe prévoit de proposer 20 modèles entièrement électriques d'ici la fin 2026. Oliver Zipse a souligné : « Avec la Neue Klasse, nous avons démontré en 2025 que nous menons la marque BMW vers l'avenir, avec de nouveaux pôles technologiques et un langage stylistique inédit. »
Gestion rigoureuse des coûts et rendement actionnarial
Face à la pression sur les marges, BMW a déployé un programme ambitieux de réduction des coûts. Le groupe a réalisé 2,5 milliards d'euros d'économies en 2025, touchant la recherche et développement (8,3 milliards d'euros, soit une baisse de 8,4 %), les investissements (7,2 milliards, en recul de 20,1 %) et les frais commerciaux et administratifs (10,6 milliards, en baisse de 6,1 %).
Walter Mertl a confirmé la poursuite de cette discipline budgétaire : « Nous continuerons à réduire systématiquement les coûts cette année, conformément à notre planification. » Le flux de trésorerie disponible automobile, tombé à 3,24 milliards d'euros en 2025 contre 4,85 milliards en 2024, devrait rebondir au delà de 4,5 milliards en 2026.
Côté actionnaires, le groupe propose un dividende en légère hausse à 4,40 euros par action ordinaire (+0,10 euro), pour un versement total de 2,67 milliards d'euros et un taux de distribution stable de 36,6 %. Un programme de rachat d'actions pouvant atteindre 2 milliards d'euros a été autorisé, avec une première tranche de 750 millions d'euros déjà réalisée fin 2025.
Transition au sommet : Milan Nedeljković prend les commandes
Ces résultats marquent l'un des derniers actes du mandat d'Oliver Zipse à la tête de BMW. Le 14 mai 2026, au lendemain de l'assemblée générale, Milan Nedeljković prendra la présidence du directoire. Actuel responsable de la production et membre du directoire depuis 2019, Nedeljković a été choisi par le conseil de surveillance pour sa « vision stratégique, sa pensée entrepreneuriale et ses solides compétences de mise en œuvre ».
Le nouveau dirigeant, qui a rejoint BMW en tant que stagiaire en 1993, hérite d'un double défi : maintenir la compétitivité du groupe face aux constructeurs chinois tout en naviguant dans un environnement commercial mondial de plus en plus fragmenté. Son contrat court jusqu'en 2031.
Perspectives 2026 : les analystes restent prudents
Pour l'exercice en cours, BMW anticipe une « baisse modérée » de son résultat avant impôts, avec une marge EBIT automobile attendue entre 4 % et 6 %. Les livraisons devraient rester stables par rapport à 2025.
Les analystes se montrent mitigés. Oddo BHF maintient un objectif de cours de 75 euros avec une recommandation neutre, soulignant que les objectifs de marge impliquent une révision à la baisse de 15 % du consensus sur l'EBIT automobile. Jefferies vise 100 euros (neutre), tandis qu'UBS fixe son objectif à 93 euros. Goldman Sachs fait figure d'exception avec une recommandation d'achat.
L'action BMW a reculé de 1,19 % à 79,86 euros le jour de la publication. Sur les 39 analystes suivant le titre, 18 recommandent l'achat, 15 sont neutres et 6 préconisent la vente, avec un objectif de cours moyen à douze mois de 92,64 euros.
Les signaux à surveiller dans les prochains mois
Plusieurs éléments détermineront la trajectoire de BMW en 2026. L'évolution des négociations commerciales entre les États-Unis et l'Union européenne sera décisive pour alléger le fardeau tarifaire. La capacité du groupe à stabiliser ses ventes chinoises face à la concurrence locale constituera un test majeur. Enfin, le succès commercial de la gamme Neue Klasse, avec le lancement imminent du BMW i3, donnera la mesure de la pertinence de la stratégie électrique du constructeur bavarois.
Pour les investisseurs français, les résultats de BMW illustrent une tendance plus large : l'industrie automobile européenne traverse une période de transformation profonde, prise en étau entre la disruption technologique portée par la Chine et les barrières commerciales érigées par les États-Unis. La capacité des constructeurs du Vieux Continent à préserver leurs marges tout en accélérant leur transition électrique déterminera leur place dans le paysage automobile mondial de demain.