Le Bitcoin a franchi la barre des 71 000 dollars mardi 10 mars 2026, en progression de près de 9 % depuis l'ouverture des contrats à terme dimanche soir, où il s'échangeait autour de 65 000 dollars. Ce rebond spectaculaire intervient dans un contexte de détente géopolitique au Moyen Orient, après que le président Trump a laissé entendre que le conflit avec l'Iran pourrait toucher à sa fin. Mais au delà du catalyseur macro, ce sont les données on chain qui révèlent l'ampleur du mouvement : les plus gros détenteurs de Bitcoin, communément appelés « baleines », ont orchestré une accumulation sans précédent depuis plus de treize ans.
Une accumulation historique entre 60 000 et 70 000 dollars
Selon les données de la plateforme d'analyse blockchain Glassnode, près de 600 000 BTC ont changé de mains dans la fourchette comprise entre 60 000 et 70 000 dollars au cours de la récente correction. Sur les deux dernières semaines seulement, plus de 200 000 BTC ont été accumulés dans cette zone de prix, portant le total des bitcoins ayant leur dernier mouvement dans cette tranche à 1,558 million, contre 997 000 en début d'année.
Ce volume représente environ 8 % de l'offre en circulation, soit une valeur de 42,48 milliards de dollars aux cours actuels. Cette « zone dense de détention » constitue désormais un support structurel majeur, selon les analystes de Glassnode. Parallèlement, les réserves de Bitcoin sur les plateformes d'échange sont tombées à 2,31 millions de BTC, leur niveau le plus bas depuis avril 2018, ce qui témoigne d'un transfert massif vers des portefeuilles de conservation à long terme.
Les portefeuilles géants en mode acquisition
Les données on chain confirment que les portefeuilles détenant 10 000 BTC ou plus sont la seule cohorte en phase nette d'accumulation. Sur les 30 derniers jours, ces baleines ont acquis 270 000 BTC, soit entre 18,7 et 23 milliards de dollars, leur plus important achat mensuel net en plus de treize ans. Le nombre d'entités détenant au moins 1 000 BTC est passé de 1 207 en octobre à 1 303, soulignant la conviction croissante des grands acteurs institutionnels.
Cette dynamique s'oppose frontalement au comportement des investisseurs particuliers. L'indice Fear & Greed du marché crypto stagne à 18 sur 100, en zone de « peur extrême », depuis plusieurs sessions consécutives. Les taux de financement (funding rates) sur Binance Futures sont négatifs pour la quasi totalité des cryptoactifs majeurs, à hauteur de 0,0011 % pour le Bitcoin et 0,0088 % pour l'Ethereum, signe que la majorité du capital à effet de levier parie encore sur une baisse.
Hyperliquid : des paris à effet de levier records
Sur la plateforme décentralisée de produits dérivés Hyperliquid, les positions à effet de levier atteignent des niveaux inédits. Un trader identifié par son adresse blockchain détient 194 millions de dollars de positions longues sur le Bitcoin et l'Ethereum, avec un profit latent d'environ 6,5 millions de dollars. Un second compte affiche 103 millions de dollars de positions longues réparties sur plusieurs paires.
Un troisième opérateur a ouvert des positions longues avec un effet de levier de 20x sur 600 BTC (42,5 millions de dollars) et 20 000 ETH (41,2 millions de dollars), après avoir préalablement acquis 10 158 ETH au comptant pour 21 millions de dollars en USDC, à un prix moyen de 2 067 dollars. L'intérêt ouvert (open interest) sur Hyperliquid pour le Bitcoin atteint 1,70 milliard de dollars, tandis que celui de l'Ethereum s'établit à 1,13 milliard, selon les données de Bitget.
Ces opérateurs parient que le Bitcoin franchira le seuil des 75 000 dollars, après un rejet proche de 74 000 dollars la semaine précédente. La prochaine résistance technique majeure se situe à 73 750 dollars, un niveau qui a historiquement inversé les rallyes haussiers.
Les ETF Bitcoin en première ligne
L'afflux de capitaux institutionnels via les ETF Bitcoin au comptant joue un rôle déterminant dans ce rebond. Depuis début mars, plus de 1,1 milliard de dollars de flux nets positifs ont été enregistrés sur les ETF Bitcoin américains. BlackRock, via son fonds IBIT, a absorbé 460 millions de dollars en une seule session au cours des 72 dernières heures, selon les données de CryptoTicker. Le Coinbase Premium Index est repassé en territoire positif, confirmant que l'achat institutionnel américain pilote cette reprise.
À l'échelle du marché, les ETF Bitcoin au comptant gèrent collectivement entre 123 et 147 milliards de dollars d'actifs. BlackRock domine avec 54,12 milliards de dollars sous gestion, représentant environ 786 300 BTC, soit près de 50 % du capital alloué par les conseillers en investissement enregistrés (RIA). Fidelity occupe la seconde place avec 12,04 milliards de dollars. Selon une étude récente, 68 % des investisseurs institutionnels détiennent ou prévoient d'investir dans des ETF Bitcoin.
Strategy (ex MicroStrategy) poursuit sa stratégie d'accumulation
Du côté des entreprises cotées, Strategy (anciennement MicroStrategy) détient désormais 738 731 BTC au 9 mars 2026, acquis à un prix moyen de 66 384,56 dollars pour un coût total de 33,139 milliards de dollars. La société, dirigée par Michael Saylor, n'a jamais vendu un seul bitcoin de sa trésorerie et représente 3,4 % de l'offre totale qui sera jamais créée. En 2025, l'entreprise a levé 25,3 milliards de dollars de capitaux, faisant d'elle le plus important émetteur d'actions parmi les sociétés cotées américaines pour la seconde année consécutive.
Bitcoin face à l'or : deux trajectoires divergentes
Le rebond du Bitcoin intervient alors que l'or, qui avait atteint des sommets historiques proches de 5 230 dollars l'once dans le sillage du choc pétrolier, a reculé de près de 2 % depuis vendredi. Sur la même période, le Bitcoin a progressé d'environ 12 %, inversant la tendance observée ces derniers mois.
Cette divergence relance le débat sur le statut de « valeur refuge » du Bitcoin. Les données académiques montrent que le Bitcoin affiche une corrélation de 85,4 % avec le Nasdaq 100 lors des flambées du prix du pétrole, se comportant davantage comme un actif technologique à bêta élevé que comme une couverture comparable à l'or. Toutefois, les volumes d'échange sur les plateformes japonaises et sud coréennes ont bondi de 200 % pendant les tensions liées au détroit d'Ormuz, selon Reuters, suggérant que certains investisseurs asiatiques utilisent le Bitcoin comme instrument de couverture souveraine.
Un RSI hebdomadaire au plus bas depuis 2018
Sur le plan technique, le RSI (Relative Strength Index) hebdomadaire du Bitcoin est descendu à 27,48, son niveau le plus bas depuis décembre 2018. Historiquement, les deux précédentes occurrences d'un RSI inférieur à 30 ont précédé des rallyes majeurs : en janvier 2015, lorsque le Bitcoin s'échangeait autour de 200 dollars (suivi d'une hausse de 9 900 %), et en décembre 2018 à 3 500 dollars (suivi d'une progression de 1 700 %).
La dominance du Bitcoin s'établit à 57,1 %, et la capitalisation totale du marché crypto atteint 2,50 billions de dollars. Le prochain objectif haussier se situe à 80 700 dollars si le support des 65 000 dollars tient, selon l'analyste Omkar Godbole de CoinDesk. En revanche, le directeur général de Stifel projette un scénario baissier avec un objectif à 38 000 dollars, fondé sur l'analyse des lignes de tendance historiques.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs facteurs détermineront la suite du mouvement. La réunion de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévue ce mardi pour discuter d'une éventuelle libération de réserves stratégiques de pétrole influencera directement l'appétit pour le risque. Les prochaines données sur les flux des ETF Bitcoin, les positions à effet de levier sur Hyperliquid et le comportement des baleines on chain fourniront des signaux clés sur la conviction du marché.
Le franchissement durable du seuil de 73 750 dollars ouvrirait la voie vers 80 000 dollars, tandis qu'un retour sous 65 000 dollars invaliderait le scénario haussier à court terme. La capitalisation des ETF Bitcoin au comptant devrait atteindre 180 à 220 milliards de dollars d'ici fin 2026, selon les projections du secteur, renforçant le rôle structurel des flux institutionnels dans la formation des prix.
Comme le note le directeur des investissements de Bitwise : « Le cycle quadriennal du halving est mort. Nous sommes entrés dans une phase de croissance soutenue et régulière », anticipant un boom durable plutôt qu'un supercycle spéculatif pour 2026.