Le réseau Bitcoin s'apprête à franchir un jalon historique. Aux alentours du 15 mars 2026, au bloc numéro 940 217, le 20 millionième Bitcoin sera miné, marquant le passage symbolique de 95 % de l'offre totale extraite. Il aura fallu 17 ans pour miner les 19,9 premiers millions de BTC, mais il faudra encore 115 ans pour produire le dernier million.
Un calendrier de raréfaction programmé depuis l'origine
Contrairement aux devises traditionnelles dont l'émission dépend des décisions des banques centrales, l'offre de Bitcoin suit un calendrier mathématique immuable inscrit dans son code source. Chaque bloc ajouté à la chaîne génère une récompense fixe pour les mineurs, récompense divisée par deux tous les quatre ans environ lors d'un événement appelé halving.
Depuis le dernier halving d'avril 2024, la récompense par bloc s'élève à 3,125 BTC, soit environ 450 BTC produits quotidiennement. Le prochain halving, prévu en mars 2028, réduira cette récompense à 1,5625 BTC par bloc. La production finale de Bitcoin n'interviendra qu'aux alentours de 2140, lorsque la récompense deviendra infinitésimale.
| Année du halving | Récompense par bloc | Offre cumulée | Pourcentage miné |
| 2012 | 25 BTC | 15,75 M | 75 % |
| 2016 | 12,5 BTC | 18,38 M | 87,5 % |
| 2020 | 6,25 BTC | 19,13 M | 91 % |
| 2024 | 3,125 BTC | 19,69 M | 93,7 % |
| 2028 (prévu) | 1,5625 BTC | ~20,34 M | 96,9 % |
Une offre réelle bien inférieure aux chiffres officiels
Si 20 millions de BTC auront bientôt été créés, l'offre réellement disponible est considérablement inférieure. Selon les estimations de Chainalysis et de plusieurs chercheurs spécialisés, entre 3 et 4 millions de BTC seraient définitivement perdus. Ces pertes résultent de clés privées oubliées, de disques durs égarés ou de bitcoins envoyés à des adresses de destruction.
Cela signifie que l'offre effectivement en circulation se situe entre 15,5 et 17 millions de BTC. Chaque bitcoin supplémentaire perdu renforce mécaniquement la rareté de ceux qui restent accessibles, un phénomène que les économistes qualifient de déflation structurelle.
L'adoption institutionnelle amplifie l'effet de rareté
Cette raréfaction programmée intervient dans un contexte d'adoption institutionnelle sans précédent. L'ETF Bitcoin spot de BlackRock (IBIT) détient à lui seul environ 773 000 BTC, soit une valorisation avoisinant 70,8 milliards de dollars en janvier 2026. L'ensemble des ETF Bitcoin spot aux États-Unis représente environ 113,8 milliards de dollars d'actifs sous gestion, avec des flux nets cumulés de 56,9 milliards de dollars depuis janvier 2024.
Le phénomène est structurel : les acheteurs institutionnels absorbent désormais plus de bitcoins que les mineurs n'en produisent. En 2025, les fonds indiciels, les trésoreries d'entreprises et les fonds souverains ont collectivement acquis plus de BTC que la production minière totale. Ce déséquilibre entre offre décroissante et demande croissante constitue un facteur fondamental de soutien des cours.
Du comptage de ce qui a été créé au décompte de ce qui reste
Le passage du cap des 20 millions marque une transition psychologique importante. Jusqu'ici, le marché comptait les bitcoins créés. Désormais, l'attention se portera sur le million restant à produire. Ce changement de perspective transforme la perception de la rareté : savoir qu'il ne reste qu'un million de BTC à créer sur 115 ans rend chaque unité existante plus précieuse dans la perception collective.
Cette dynamique distingue fondamentalement le Bitcoin des autres classes d'actifs. L'or, souvent comparé au Bitcoin, ne possède pas de plafond d'offre vérifiable. Les métaux précieux dépendent des découvertes géologiques et des avancées technologiques d'extraction. Le Bitcoin, lui, dispose d'un plafond absolu et auditable par quiconque exécute un noeud du réseau.
Un marché en pleine maturation structurelle
Le Bitcoin a considérablement évolué depuis ses origines. Son cours s'établit autour de 70 000 dollars en février 2026, pour une capitalisation boursière avoisinant 1 400 milliards de dollars. Le marché a traversé une correction notable depuis les sommets historiques atteints en 2025, mais la structure sous-jacente s'est profondément transformée.
Selon Grayscale, le cycle traditionnel de quatre ans lié aux halvings cède la place à un marché piloté par les flux de liquidité, la politique monétaire de la Réserve fédérale et les mouvements institutionnels. Les prévisions de Citi pour 2026 situent le Bitcoin aux alentours de 143 000 dollars, avec des entrées nettes anticipées de 15 milliards de dollars dans les ETF.
Implications pour les épargnants français
Pour les épargnants et investisseurs français, ce jalon soulève des questions essentielles d'allocation patrimoniale. La rareté programmée du Bitcoin en fait un actif fondamentalement différent des placements traditionnels. Contrairement à l'assurance vie en euros dont les rendements dépendent des taux directeurs, ou aux livrets réglementés dont les conditions sont fixées par l'État, le Bitcoin offre une politique monétaire transparente et immuable.
La fiscalité française reste toutefois un élément déterminant. Les plus-values sur actifs numériques sont soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, ou au barème progressif de l'impôt sur le revenu sur option. L'enveloppe du PEA n'est pas accessible aux cryptoactifs, ce qui limite les possibilités d'optimisation fiscale par rapport aux actions européennes.
Les investisseurs disposent néanmoins de plusieurs véhicules : l'achat direct sur des plateformes agréées PSAN (prestataire de services sur actifs numériques), l'investissement via des ETP (Exchange Traded Products) éligibles au compte titres, ou l'exposition indirecte à travers des fonds spécialisés.
Ce qu'il faut retenir
Le franchissement du cap des 20 millions de BTC constitue un événement fondamental dans l'histoire de la finance numérique. Il matérialise concrètement la promesse de rareté absolue formulée par Satoshi Nakamoto en 2008. Avec seulement un million de bitcoins restant à produire sur plus d'un siècle, et une demande institutionnelle qui dépasse désormais la production minière, l'équation offre/demande entre dans une phase inédite.
Pour les investisseurs, ce jalon rappelle que la valeur du Bitcoin repose moins sur la spéculation que sur des propriétés mathématiques vérifiables. La rareté n'est plus une promesse théorique : elle devient une réalité tangible et mesurable.