Wall Street rebondit : le S&P 500 signe sa meilleure semaine depuis novembre
Le S&P 500 a mis fin à cinq semaines de pertes consécutives grâce à un rapport sur l'emploi solide et des espoirs de cessez le feu en Iran. Le CAC 40 a suivi le mouvement avec une hausse de plus de 2 %.

Après cinq semaines consécutives de recul, Wall Street a retrouvé des couleurs. Le S&P 500 a enregistré sa meilleure performance hebdomadaire depuis novembre, porté par un rapport sur l'emploi américain bien meilleur qu'attendu et par l'espoir d'une résolution du conflit en Iran. Pour les investisseurs européens et les épargnants français, ce retournement pose une question centrale : s'agit il d'un véritable point d'inflexion ou d'un simple rebond technique ?
Un rallye porté par l'emploi et la géopolitique
La semaine écourtée (les marchés américains étaient fermés vendredi pour le Vendredi saint) s'est achevée sur une note résolument positive. Le S&P 500 a progressé de 1,63 % pour clôturer à 6 582 points. Le Nasdaq Composite a gagné 2,20 %, tandis que le Dow Jones Industrial Average a avancé de 1,18 % à 46 504 points. L'indice Russell 2000 des petites capitalisations a suivi avec une hausse de 1,47 %.
Le mouvement le plus spectaculaire s'est produit le 31 mars, lorsque le Nasdaq a bondi de 3,83 % et le S&P 500 de 2,91 % en une seule séance, la meilleure performance quotidienne en près d'un an. Ce rallye a été déclenché par les déclarations de Donald Trump évoquant des « conversations bonnes et productives » avec les négociateurs iraniens.
Le rapport sur l'emploi : un signal ambigu
Publié le 3 avril, le rapport du Bureau of Labor Statistics a révélé la création de 178 000 emplois non agricoles en mars, bien au delà du consensus de 65 000. Ce chiffre marque un net rebond après la perte de 133 000 emplois en février.
Le taux de chômage a légèrement reculé à 4,3 %. Toutefois, cette baisse s'explique en grande partie par une réduction brutale de la population active de 396 000 personnes, ramenant le taux de participation à 61,9 %, son plus bas niveau depuis novembre 2021.
Par secteur, la santé a concentré l'essentiel de la croissance avec 76 000 créations de postes. La construction a ajouté 26 000 emplois après des baisses liées aux intempéries hivernales, et le transport en a créé 21 000.
Les salaires ont progressé modestement : +0,2 % sur le mois et +3,5 % sur un an, le rythme annuel le plus faible depuis mai 2021. Mary Daly, présidente de la Fed de San Francisco, a souligné que « la vitesse limite du marché du travail sera probablement différente », estimant que les changements dans les politiques d'immigration réduisent le seuil de créations d'emplois nécessaire pour maintenir la stabilité.
Le pétrole, arbitre des marchés
Le cours du WTI a clôturé la semaine au dessus de 110 dollars le baril, son plus haut niveau depuis juin 2022. Le Brent s'est établi autour de 107 dollars. Cette flambée s'explique par les tensions persistantes dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitent 20 % des flux mondiaux de pétrole et de GNL.
La relation inverse entre les cours pétroliers et les indices boursiers reste le fil conducteur de ce marché. Le 31 mars, la chute des prix du brut vers 85 dollars le baril, consécutive aux espoirs de cessez le feu, avait provoqué le rallye boursier. À l'inverse, le discours belliqueux de Trump le 2 avril, promettant des frappes « extrêmement dures » sur les infrastructures iraniennes, a fait remonter le Brent au dessus de 108 dollars et plongé le CAC 40 de 1,22 %.
L'échéance du 6 avril, date limite fixée par Trump pour que l'Iran rouvre le détroit d'Ormuz avant de nouvelles destructions d'installations énergétiques, constitue un risque majeur pour la semaine à venir.
Les marchés européens suivent le mouvement
Le CAC 40 a connu une semaine agitée. Après un bond de 2,10 % le 1er avril, l'indice parisien a été rattrapé par la géopolitique, reculant de 1,22 % à 7 884 points le lendemain. À la clôture du jeudi 3 avril, le CAC 40 s'établissait à 7 962 points, en repli de 0,24 % sur la séance.
Les performances sectorielles à Paris ont reflété la rotation en cours. Les valeurs bancaires ont mené le rebond : Société Générale a gagné jusqu'à 6,80 % et BNP Paribas 4,7 %. Air France KLM s'est envolé de 8,9 % en séance, profitant de l'accalmie sur le pétrole. À l'inverse, TotalEnergies a reculé de 4,1 %, les investisseurs craignant un retour à des prix pétroliers plus modérés en cas de cessez le feu.
Le DAX francfortois a gagné 1,98 % et le FTSE 100 londonien 1,29 % lors du rallye du 1er avril. Le rendement de l'OAT française à 10 ans s'est établi à 3,74 %, en hausse par rapport aux 3,20 % observés avant le conflit. Le Bund allemand a terminé à 3,03 %.
La Fed adopte une posture attentiste
Jerome Powell, président de la Réserve fédérale, a déclaré lors d'une intervention à Harvard que la politique monétaire se trouve dans « une bonne position pour attendre et voir comment les choses évoluent ». Le marché a interprété ces propos comme le signal que la Fed entend observer l'impact du choc pétrolier plutôt que de relever ses taux de manière préventive.
Les anticipations de baisses de taux pour le second semestre 2026 ont largement été retirées des prix de marché. Chris Waller, gouverneur de la Fed, a indiqué qu'une croissance nulle de l'emploi ne signifierait pas nécessairement un marché du travail en difficulté, compte tenu de la quasi stagnation attendue de la population active.
L'or reprend du terrain, les cryptomonnaies hésitent
L'or a rebondi de 3,7 % sur la semaine après sa pire performance mensuelle depuis octobre 2008 (un recul de 11,5 % en mars). Le métal jaune reste un baromètre fiable de l'incertitude ambiante, même s'il a été temporairement délaissé au profit des liquidités pendant les turbulences de mars.
Le Bitcoin s'échangeait autour de 66 855 dollars et l'Ethereum à 2 057 dollars, tous deux en léger repli hebdomadaire. Les actifs numériques restent sous pression : le Bitcoin affiche un recul de plus de 24 % sur le premier trimestre, sa pire performance trimestrielle depuis 2022.
Que surveiller la semaine prochaine
Plusieurs catalyseurs pourraient déterminer la trajectoire des marchés entre le 6 et le 10 avril. L'échéance iranienne du 6 avril reste le facteur de risque numéro un. Si l'Iran ne rouvre pas le détroit d'Ormuz, de nouvelles frappes américaines sur les installations énergétiques pourraient propulser le pétrole vers de nouveaux sommets et provoquer une nouvelle vague de ventes sur les marchés actions.
Alexander Guiliano, directeur des investissements chez Resonate Wealth Partners, estime que « la correction a comprimé les valorisations à des niveaux attractifs, créant des opportunités d'entrée pour les investisseurs disposant de liquidités ». Mark Newton, stratège technique chez Fundstrat, recommande toutefois d'attendre une consolidation supplémentaire entre le 5 et le 9 avril avant de renforcer ses positions.
Pour les épargnants français, cette séquence rappelle que les marchés actions restent dominés par les facteurs géopolitiques et énergétiques. Le prix de l'essence aux États Unis a dépassé 4,06 dollars le gallon, et l'inflation en zone euro a bondi à 2,5 % en mars contre 1,9 % en février. La probabilité d'une hausse de taux de la BCE en juin est désormais évaluée à 76 % par les marchés.
Le premier trimestre 2026 s'est soldé par un recul de 4,6 % du S&P 500. L'histoire offre cependant une perspective nuancée : sur les six cas similaires depuis l'an 2000, quatre se sont conclus par un rebond significatif au cours des neuf mois suivants. Seules les années 2008 et 2022 ont vu les pertes s'aggraver. Tout dépendra, en définitive, de la trajectoire du pétrole et de la capacité des négociateurs à transformer les espoirs de paix en réalité.

