Le groupe californien Cisco Systems a publié le 13 mai 2026 des résultats au titre de son troisième trimestre fiscal 2026 qui dépassent nettement les attentes du consensus, tout en annonçant un plan de restructuration assorti d'environ 4 000 suppressions de postes. L'action a bondi de près de 15 % dans les échanges après clôture à Wall Street, sur la base d'une demande hyperscalers en très forte accélération pour les infrastructures d'intelligence artificielle.
Le chiffre d'affaires trimestriel s'établit à 15,8 milliards de dollars, en hausse de 12 % en glissement annuel, et le bénéfice net non GAAP atteint 4,2 milliards de dollars, soit 1,06 $ par action, contre une attente du consensus à 1,04 $ selon les sondages d'analystes compilés avant la publication. Le résultat net GAAP ressort à 3,4 milliards de dollars, soit 0,85 $ par action.
Une demande pour l'IA qui change l'échelle
L'élément déterminant pour les marchés se trouve dans le carnet de commandes. Cisco indique avoir enregistré 5,3 milliards de dollars de commandes liées à l'IA depuis le début de son exercice fiscal. Le groupe relève à 9 milliards de dollars son objectif annuel de commandes IA pour l'exercice 2026, contre une cible de 5 milliards fixée six mois plus tôt. La prévision de chiffre d'affaires effectivement reconnu sur cette activité passe de 3 à 4 milliards de dollars sur l'exercice.
Cette dynamique reflète des engagements pris par les grands acteurs du cloud, communément regroupés sous le terme hyperscalers (Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud, Meta), qui révisent à la hausse leurs budgets d'investissement pour absorber la charge des modèles d'IA générative. Cisco fournit des équipements de routage et des commutateurs adossés à sa puce maison Silicon One, dont la version programmable équipe les datacenters spécialisés.
Cisco a livré un chiffre d'affaires trimestriel record au troisième trimestre, et nous avons constaté une demande très forte et diversifiée pour nos produits, ce qui démontre la pertinence de notre technologie pour connecter et sécuriser l'IA.
Chuck Robbins, directeur général de Cisco Systems
Les chiffres clés du trimestre
- Chiffre d'affaires total : 15,8 milliards de dollars, en hausse de 12 % sur un an
- Réseau (segment principal) : 8,815 milliards de dollars, en hausse de 25 %
- Sécurité : 2,008 milliards de dollars, soutenu par l'apport de Splunk
- Collaboration : 1,024 milliard de dollars, en repli de 1 %
- Observabilité : 269 millions de dollars, en hausse de 3 %
- Services : 3,724 milliards de dollars, en repli de 1 %
- Marge brute non GAAP : 66,0 %
- Marge opérationnelle non GAAP : 34,2 %
La progression géographique est tirée par la zone Amériques (+14 %), suivie par l'Europe, Moyen Orient et Afrique (+9 %) et la zone Asie Pacifique Japon Chine (+9 %). Cisco a versé un dividende trimestriel de 0,42 $ par action et racheté 16 millions de titres au prix moyen de 80,28 $, pour un retour total de 2,9 milliards de dollars à ses actionnaires sur le trimestre.
Restructuration : un milliard de dollars de charges en perspective
En parallèle des résultats, Cisco annonce un plan de restructuration assorti de charges pré impôts pouvant atteindre 1 milliard de dollars, dont environ 450 millions reconnus dès le quatrième trimestre fiscal 2026, le solde étant étalé sur l'exercice 2027. La direction confirme la suppression de près de 4 000 postes, soit moins de 5 % d'un effectif global évalué à 86 200 salariés en juillet 2025.
Le directeur général Chuck Robbins a indiqué dans un message interne que la première vague de notifications interviendrait à compter du 14 mai. L'objectif affiché : réallouer les ressources vers les axes de croissance jugés prioritaires, à savoir le silicium (la puce Silicon One), les composants optiques, la sécurité et l'IA.
Splunk consolide la sécurité, le cœur réseau accélère
L'intégration de Splunk, racheté en 2024 pour 28 milliards de dollars, continue de peser sur la lecture du segment sécurité, dont la croissance organique reste plus modeste que celle des recettes brutes. Plusieurs analystes estiment néanmoins que la combinaison Splunk plus Cisco place le groupe parmi les premiers fournisseurs de plateformes de cybersécurité couplant détection avancée et observabilité pour les entreprises.
Côté réseau, la hausse de 25 % du chiffre d'affaires confirme la sortie d'un cycle de déstockage chez les opérateurs et les grandes entreprises. La puce Silicon One, dont Cisco indiquait au trimestre précédent avoir livré un millionième exemplaire, gagne du terrain auprès des hyperscalers américains pour leurs déploiements de fabriques réseau adaptées à l'entraînement et à l'inférence des modèles d'IA.
Perspectives : un point haut historique pour la guidance annuelle
Pour le quatrième trimestre fiscal 2026, qui se clôturera fin juillet, Cisco anticipe un chiffre d'affaires compris entre 16,7 et 16,9 milliards de dollars, et un bénéfice par action non GAAP compris entre 1,16 et 1,18 $. Sur l'ensemble de l'exercice fiscal 2026, la prévision est relevée à 62,8 à 63,0 milliards de dollars de chiffre d'affaires, contre une fourchette précédente de 61,2 à 61,7 milliards.
Cette révision haussière, de l'ordre de 1,5 milliard de dollars sur la borne supérieure, est explicitement attribuée par la direction à la forte demande des hyperscalers en infrastructures d'IA. Le bénéfice par action non GAAP sur l'année est désormais attendu entre 4,27 et 4,29 $.
Au troisième trimestre, nous avons une nouvelle fois enregistré une croissance à deux chiffres sur le chiffre d'affaires et sur le résultat, ce qui a dépassé le haut de notre fourchette de prévisions.
Mark Patterson, directeur financier de Cisco Systems
Réactions de marché : un rebond sans précédent depuis 2011
L'action a clôturé la séance régulière à 101,87 $, en hausse de 2,6 %, avant de gagner près de 15 % en après séance. Si ce mouvement se confirme à l'ouverture du 14 mai, il s'agirait de la plus forte progression quotidienne du titre depuis 2011, selon les données de marché compilées par les flux financiers internationaux.
Avant la publication, les analystes restaient majoritairement à l'achat. UBS visait 95 $ par action avec une recommandation positive, tandis qu'Evercore avait relevé son objectif de 100 à 110 $ une semaine plus tôt. Jay Woods, stratégiste en chef de Freedom Capital Markets, évoquait des cibles réalistes à 110 à 120 $ sur les prochains mois. Les sceptiques pointaient surtout le risque de compression séquentielle de la marge brute et le caractère déjà tendu de la valorisation après le rallye accumulé depuis fin 2025.
Vue européenne : un sous jacent pertinent pour les portefeuilles diversifiés
Pour les épargnants français exposés aux valeurs technologiques américaines via des fonds indiciels ou des fonds gérés activement, la publication de Cisco apporte un signal supplémentaire sur la profondeur du cycle d'investissement en infrastructures d'IA. Les fournisseurs d'équipements réseau bénéficient désormais d'un effet d'entraînement qui dépasse le seul cœur logiciel et silicon. La zone EMEA, qui inclut la France, affiche une croissance de 9 % du chiffre d'affaires, témoignant d'une dynamique d'investissement européenne moins spectaculaire mais réelle.
Cisco emploie en Europe plusieurs milliers de salariés, dont des équipes en France. La direction n'a pas précisé la répartition géographique des suppressions de postes, qui devraient être communiquées dans les prochaines semaines via les instances de représentation du personnel concernées.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochains mois
- Le rythme effectif de conversion des 9 milliards de dollars de commandes IA en chiffre d'affaires reconnu sur l'exercice 2027
- La trajectoire de la marge brute non GAAP, sous surveillance étroite des analystes
- Le calendrier exact des suppressions de postes et la répartition entre zones géographiques
- L'évolution de la croissance organique de la branche sécurité, hors effet périmètre Splunk
- La capacité de Silicon One à conquérir de nouveaux clients hyperscalers face à la concurrence de Broadcom et Marvell
Conclusion
La publication trimestrielle de Cisco confirme que le groupe est entré dans une phase de croissance accélérée tirée par les infrastructures d'IA, tout en assumant un effort de restructuration significatif pour redéployer ses ressources humaines vers les segments les plus dynamiques. Le rallye boursier qui en résulte traduit le soulagement des investisseurs sur la lecture des commandes IA, point d'inquiétude au cours des trimestres précédents. Reste à vérifier dans la durée la conversion de ce carnet en marge opérationnelle effective.