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description: "Tokyo et Washington ont acheté du yen ensemble le 31 juillet, une première depuis 1998. Ce que l'opération change pour les épargnants."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-08-03T06:53:43.498Z"
updatedAt: "2026-08-03T06:53:43.519Z"
readingTimeMinutes: 7
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# Yen : Washington et Tokyo interviennent ensemble, une première depuis 1998

> Tokyo et Washington ont acheté du yen de concert le 31 juillet, une première depuis 1998. La Réserve fédérale de New York a vendu des euros pour financer l'opération. La devise japonaise a repris près de 5 %, mais l'écart de taux avec la Fed reste entier.

Le ministère japonais des Finances a confirmé lundi 3 août que Tokyo et Washington avaient acheté du yen de concert sur le marché des changes de New York, le vendredi 31 juillet. L'opération est la première intervention conjointe des deux capitales destinée à soutenir la devise japonaise depuis 1998, soit vingt-huit ans. Elle intervient après que le dollar a atteint 163,99 yens en juillet, un niveau que la monnaie nippone n'avait plus connu depuis 1986.

La confirmation officielle a fait remonter le yen sous les 156 pour un dollar. Selon les données de marché arrêtées lundi, le dollar s'échangeait autour de 156,76 yens, en repli de 0,43 % sur la séance. La devise japonaise a regagné environ 5 % en trois séances et 3,28 % sur un mois, tout en restant en baisse de 6,79 % sur douze mois.

## Deux opérations en deux jours

La séquence a commencé le jeudi 30 juillet, quand Tokyo est intervenu seul sur la place de New York. Les données de la Banque du Japon laissent estimer que le ministère des Finances a pu mobiliser jusqu'à 58,97 milliards de dollars pour acheter du yen ce jour-là. Le mouvement a été brutal : le dollar a perdu près de cinq yens en quelques minutes, tandis que le change de l'euro contre le yen reculait de plus de 400 points de base, soit 2,54 % sur la journée.

Le lendemain, le Trésor américain est entré à son tour sur le marché. D'après le _Financial Times_, dont l'information a été reprise par Reuters, la Réserve fédérale de New York a vendu des euros et acheté des yens pour le compte du Trésor, les transactions ayant été exécutées par Goldman Sachs et Morgan Stanley. Une photographie prise par Reuters lors d'un conseil des ministres à Camp David montrait le bloc notes du secrétaire au Trésor Scott Bessent portant la mention « To Do » suivie de « Buy Japanese Yen (JPY) $5-10 bil. ».

Ces montants restent modestes rapportés aux moyens déjà engagés par Tokyo. Entre fin avril et début mai 2026, le ministère japonais des Finances avait dépensé un record de 11 730 milliards de yens, environ 73 milliards de dollars, après le franchissement du seuil de 160 yens pour un dollar. Cet effort n'avait pas inversé la tendance.

## Pourquoi Washington est entré dans la danse

La ministre japonaise des Finances, Satsuki Katayama, a présenté l'action commune comme une réponse à « une volatilité excessive et des mouvements désordonnés » du yen ces derniers mois. Elle a précisé que Tokyo restait en contact étroit avec le Trésor américain et n'hésiterait pas à conduire de nouvelles opérations conjointes.

Côté américain, Scott Bessent a écrit sur X : « Nous soutenons fermement les mesures de marché et de politique monétaire prises par le Japon », ajoutant que Washington « n'hésiterait pas à participer à de nouvelles interventions conjointes ». Donald Trump a livré une explication plus directe. « Ils ont un yen qui s'affaiblit, et ils voulaient un petit coup de main », a déclaré le président américain, qui a qualifié l'opération de « signal d'amitié » envers le Japon et de mesure « bonne pour l'économie mondiale ».

Un motif plus technique circule chez les opérateurs. Le Japon est le premier détenteur étranger de dette souveraine américaine, avec de l'ordre de 1 200 milliards de dollars de bons du Trésor. Une défense unilatérale prolongée du yen obligerait Tokyo à liquider une partie de ce portefeuille pour se procurer des dollars, ce qui exercerait une pression à la hausse sur les rendements obligataires américains. En vendant des euros plutôt que des dollars, la Réserve fédérale de New York a précisément évité d'alimenter ce mécanisme.

## L'écart de taux, obstacle central

Le cœur du problème demeure la divergence monétaire. La Banque du Japon a maintenu son taux directeur à 1 % le 31 juillet, par huit voix contre une, le membre du conseil Hajime Takata plaidant pour un relèvement à 1,25 %. La Réserve fédérale, elle, laisse ses taux dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %. L'écart, proche de deux points et demi, continue d'alimenter les opérations de portage qui consistent à emprunter en yens pour investir sur des actifs mieux rémunérés.

Le ton de la banque centrale japonaise s'est toutefois durci. L'institution anticipe désormais une inflation sous-jacente « nettement supérieure » à 2 % à partir du second semestre de son exercice 2026, en invoquant la répercussion des hausses de salaires sur les prix de vente, la remontée du brut et la dépréciation du yen. L'inflation sous-jacente ressortait encore à 1,6 % en juillet. Le gouverneur Kazuo Ueda a prévenu : « Dès lors que l'inflation sous-jacente se rapproche de notre cible de 2 %, nous devons examiner les risques haussiers sur les prix plus attentivement que jamais. »

La pression politique joue également. La première ministre Sanae Takaichi voit sa popularité affectée par un yen faible qui renchérit les importations et nourrit l'inflation domestique.

## Un scepticisme persistant chez les analystes

Les stratégistes de marché saluent la portée symbolique du geste sans lui accorder de vertu durable. Michael Wan, analyste chez MUFG, rappelle que les interventions conjointes se produisent généralement « autour de points d'inflexion majeurs », mais que « les fondamentaux doivent encore évoluer pour obtenir un mouvement plus durable ».

Masahiko Loo, stratégiste obligataire senior chez State Street Investment Management à Tokyo, déplace le regard vers la politique monétaire : « Septembre et octobre sont désormais des échéances crédibles, et une nouvelle hausse d'ici début 2027 devient de plus en plus plausible. » La majorité des économistes anticipe un relèvement de 25 points de base, à 1,25 %, avant la fin 2026.

Eric Theoret, stratégiste changes chez Scotiabank, invite à la prudence dans l'interprétation des mouvements récents, jugeant difficile de distinguer l'effet d'une intervention effective de celui des positions prises par anticipation.

## Les canaux vers l'épargne française

L'épisode concerne les détenteurs de contrats d'assurance vie investis en unités de compte par trois voies principales.

-   **Le débouclage des positions de portage.** Un raffermissement rapide du yen renchérit le remboursement des emprunts libellés dans cette devise et pousse les investisseurs à solder leurs positions sur les actions internationales et les obligations. Ce mécanisme avait provoqué une secousse mondiale sur les marchés actions en août 2024.
-   **Les taux longs américains.** Toute liquidation massive de bons du Trésor par Tokyo se propagerait aux rendements américains, puis aux taux européens qui déterminent la rémunération future des fonds en euros et le coût du crédit immobilier.
-   **Le change de l'euro contre le yen.** Le financement de l'opération par des réserves en euros et le rebond de la devise japonaise modifient la compétitivité relative des exportateurs européens face à leurs concurrents nippons, un paramètre suivi de près sur les valeurs industrielles et automobiles cotées à Paris et à Francfort.

## Points de vigilance

Trois échéances méritent l'attention des épargnants exposés aux marchés internationaux. La publication mensuelle des données d'intervention par le ministère japonais des Finances permettra de chiffrer précisément les montants engagés fin juillet. Les réunions de la Banque du Japon de septembre et d'octobre diront si Tokyo choisit de resserrer sa politique plutôt que de s'en remettre aux achats de devises. Enfin, la trajectoire de la Réserve fédérale déterminera l'ampleur du différentiel de taux, variable qui a jusqu'ici dominé toutes les tentatives de soutien du yen.

Une intervention réussie sur le marché des changes suppose un effet de surprise et un alignement avec les fondamentaux. Le premier a bien joué le 31 juillet. Le second reste à construire.
