---
title: "Von der Leyen juge l'épargne européenne « paresseuse » et vise 10 000 milliards"
slug: von-der-leyen-juge-lepargne-europeenne-paresseuse-et-vise-10-000-milliards
category: funds-investments
description: "Von der Leyen vise les 10 000 milliards d'euros déposés par les ménages européens. Trois textes en discussion à Bruxelles, un accord visé avant décembre."
keywords: ["union de l'épargne et de l'investissement", épargne européenne, von der Leyen épargne, dépôts des ménages zone euro, ETF synthétiques PEA, titrisation européenne, Commission européenne épargne, épargne des Français, PEA 2027, marché des capitaux européen]
tags: [union-epargne-investissement, von-der-leyen, commission-europeenne, epargne, pea, etf-synthetiques, titrisation, zone-euro, bce, medef, depots-bancaires, david-amiel]
canonical: "https://www.france-epargne.fr/news/von-der-leyen-juge-lepargne-europeenne-paresseuse-et-vise-10-000-milliards"
author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-08-30T18:17:29.578Z"
updatedAt: "2026-08-30T18:17:29.611Z"
readingTimeMinutes: 7
---
# Von der Leyen juge l'épargne européenne « paresseuse » et vise 10 000 milliards

> Devant le Medef, le 27 août, Ursula von der Leyen a qualifié l'épargne européenne de « paresseuse » et cité 10 000 milliards d'euros immobilisés sur des dépôts bancaires. Les données de la BCE confirment le chiffre. Bruxelles réclame un accord avant décembre.

Ursula von der Leyen a choisi la tribune du patronat français pour remettre l'épargne des ménages au centre de l'agenda économique européen. Devant les chefs d'entreprise réunis à Paris le 27 août pour La Rencontre des Entrepreneurs de France, la présidente de la Commission européenne s'est exprimée en français et a livré une formule qui a immédiatement circulé : « Mais l'Europe a de l'épargne. Malheureusement, cette épargne est paresseuse. »

Le chiffre qu'elle avance est vérifiable, et il l'est au million près. Les données de la Banque centrale européenne montrent que les ménages de la zone euro détenaient **9 974,8 milliards d'euros de dépôts bancaires** fin juillet 2026. La formule choc repose donc sur un constat statistique solide, ce qui n'épuise pas le débat sur la solution proposée.

## Un discours en français devant le patronat

Le discours, publié par la Commission sous la référence SPEECH/26/1765, s'adressait à Patrick Martin, président du Medef, à Stéphane Séjourné, membre de la Commission européenne, ainsi qu'à des ministres et des parlementaires. Le financement des entreprises y constitue le deuxième des six chantiers énumérés par la présidente.

Son diagnostic porte moins sur le volume de l'épargne que sur sa destination. La présidente a résumé le problème en cinq phrases : « Nos entreprises savent naître en Europe. Mais elles doivent aussi pouvoir y grandir. Trop souvent, elles vont chercher ailleurs les financements qui leur manquent. Elles déplacent leur centre de gravité. Ou elles sont rachetées. » Elle ajoute qu'« une importante partie de l'épargne européenne est investie hors de notre continent ».

## Près de 10 000 milliards sur les comptes bancaires

La répartition de ce gisement éclaire les rapports de force. Toujours selon la série des bilans monétaires de la BCE arrêtée à fin juillet 2026, l'Allemagne concentre 3 027,0 milliards d'euros de dépôts des ménages, soit 30,3 % du total de la zone euro. La **France arrive au deuxième rang avec 1 975,3 milliards**, soit 19,8 %. Suivent l'Italie (1 302,8 milliards), l'Espagne (1 118,1 milliards) et les Pays Bas (678,0 milliards).

Deux dynamiques opposées se dessinent. À l'échelle de la zone euro, ces dépôts ont progressé de 3,40 % sur un an. En France, la hausse se limite à 0,74 % sur la même période. Les ménages français alimentent donc leurs comptes bancaires nettement moins vite que leurs voisins, alors même qu'ils figurent parmi les principaux détenteurs du stock.

Le portrait change encore lorsqu'on élargit la focale. Les comptes financiers trimestriels de la BCE créditent les ménages français de 7 289 milliards d'euros d'actifs financiers à fin mars 2026, dont 2 191 milliards en actions et parts de fonds, soit 30,1 % de leur patrimoine financier. Les dépôts bancaires en représentent un peu plus du quart. L'image d'une épargne intégralement immobilisée sur des livrets mérite donc d'être nuancée.

## Trois textes déjà sur la table à Bruxelles

La présidente de la Commission a détaillé le contenu du projet baptisé Union de l'épargne et de l'investissement, dont la stratégie a été adoptée le 19 mars 2025. « Nous avons mis les propositions sur la table : sur la titrisation, sur les investissements des banques et des assurances, sur l'intégration de nos marchés et de leur supervision. Ensemble, elles peuvent libérer jusqu'à 470 milliards d'euros d'investissements supplémentaires. »

Le volet titrisation vise à relancer un marché européen atrophié depuis la crise de 2008, afin que les banques puissent céder des portefeuilles de crédits et libérer du bilan pour prêter davantage aux entreprises. Le Conseil de l'Union européenne a arrêté sa position de négociation le 19 décembre 2025, et la commission des affaires économiques du Parlement européen a adopté son rapport en mai 2026. Les négociations finales entre les deux institutions se déroulent au second semestre 2026.

Le second chantier concerne les règles prudentielles qui déterminent le coût en capital d'une action détenue par une banque ou un assureur. Le troisième, présenté le 4 décembre 2025 sous le nom de paquet sur l'intégration et la supervision des marchés, entend démanteler les obstacles aux flux de capitaux transfrontaliers et transférer une partie de la surveillance au niveau européen.

## Pourquoi le chantier bute sur la supervision

Ce troisième volet cristallise l'opposition. Les ministres des Finances réunis en Conseil Ecofin en mai 2026 ont écarté l'idée d'une supervision directe et intégralement européenne des marchés financiers. L'Irlande et le Luxembourg, dont les places financières vivent en grande partie de la gestion de fonds transfrontaliers, défendent leurs autorités nationales et contestent les gains d'efficacité attendus d'une surveillance centralisée. Les six plus grandes économies de l'Union ont au contraire plaidé pour une centralisation accrue.

D'où l'avertissement lancé à Paris. « Il faut maintenant trouver un accord avant la fin de l'année. À 27 États membres, de préférence. Mais si cela ne marche pas, avec ceux qui sont prêts, si nécessaire, on va faire cela. » La menace d'une coopération à géométrie variable constitue le principal levier de pression de la Commission sur les capitales réticentes.

## Paris vient de reculer sur le PEA

La difficulté de l'exercice vient d'être illustrée en France. Fin août, la presse économique a révélé un projet de la direction générale du Trésor visant à retirer du plan d'épargne en actions les fonds indiciels dits synthétiques. Ces produits détiennent des actions européennes, comme l'exige le PEA, mais échangent leur performance contre celle d'un indice mondial ou américain au moyen d'un contrat d'échange. Ils permettent à un épargnant français de suivre le MSCI World, le S&P 500 ou le Nasdaq dans une enveloppe fiscalement avantageuse conçue pour financer les entreprises européennes.

L'objectif de Bercy recoupait exactement celui de la Commission : réorienter l'épargne vers le continent. Le recul a été immédiat. Le 26 août, David Amiel, ministre des Comptes publics, a annoncé que le gouvernement ne proposerait aucune mesure d'exclusion ni de modification des conditions d'éligibilité. « Les Français peuvent continuer à investir comme aujourd'hui », a rapporté _Les Échos_. _Le Monde_, _Le Figaro_, _La Tribune_ et _L'Agefi_ ont confirmé l'abandon dans les jours suivants, et le quotidien économique a recueilli le soulagement des néobanques, qui ont salué « une sage décision ».

48 heures séparent le renoncement français du discours européen. Le premier mesure la résistance politique que suscite toute retouche d'un dispositif d'épargne grand public. Le second réclame un accord en quatre mois.

## Quelles conséquences pour un épargnant français ?

Aucune, à court terme. Les trois textes bruxellois agissent sur la tuyauterie du système financier : le traitement comptable des créances cédées, les exigences en fonds propres des banques et des assureurs, la répartition des compétences entre superviseurs. La fiscalité du PEA, celle de l'assurance vie et la rémunération des livrets réglementés restent hors de leur champ.

Le mécanisme envisagé passe par les institutions financières plutôt que par une contrainte imposée aux particuliers. Abaisser le coût en capital d'une action détenue par un assureur revient à rendre les unités de compte en actions européennes plus attractives pour les distributeurs. L'épisode du PEA rappelle toutefois que l'enveloppe fiscale reste le point où un État peut agir vite, et que cette voie expose à une réaction rapide des épargnants.

Deux lectures s'affrontent. Les partisans du projet avancent qu'un marché de capitaux plus profond améliorerait le financement des entreprises et, à terme, le rendement offert aux épargnants européens. Les opposants soulignent que la relance de la titrisation réactive des instruments associés à la crise de 2008 et que la liberté de choix du placement ne se décrète pas depuis Bruxelles.

## Le calendrier à surveiller d'ici décembre

Trois échéances méritent l'attention. Les négociations finales sur la titrisation doivent aboutir au second semestre, sous présidence irlandaise du Conseil. Le paquet sur la supervision reste bloqué sur la question du transfert de compétences. Enfin, le débat budgétaire français de l'automne offrira un test grandeur nature : la déclaration d'un ministre n'a pas valeur de loi, et des amendements sur l'éligibilité au PEA restent possibles lors de l'examen du projet de loi de finances pour 2027.
