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title: "Uniper : Apollo dépose une offre, cinq candidats visent 74 % de l'énergéticien allemand"
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description: "Apollo rejoint EPH, Equinor, KKR et RWE dans la vente d'Uniper. Berlin cède jusqu'à 74,12 % du capital ; l'offre obligatoire protège les minoritaires."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-10-08T06:12:11.188Z"
updatedAt: "2026-10-08T06:12:11.224Z"
readingTimeMinutes: 7
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# Uniper : Apollo dépose une offre, cinq candidats visent 74 % de l'énergéticien allemand

> Apollo a remis une offre non engageante pour Uniper, selon Reuters. Berlin veut céder jusqu'à 74,12 % du groupe, valorisé autour de 10 milliards d'euros dans l'enchère, contre 19,2 milliards en Bourse sur un flottant de 0,88 %.

**Apollo Global Management** a déposé une offre non engageante pour Uniper, premier importateur de gaz naturel d'Allemagne, ont indiqué mercredi 7 octobre deux sources à Reuters. Le gestionnaire d'actifs américain devient le cinquième candidat dans la vente que Berlin organise pour céder jusqu'à 74,12 % du groupe de Düsseldorf. Apollo et Uniper ont refusé de commenter. D'après des sources de l'agence, une cession valoriserait Uniper autour de 10 milliards d'euros. En Bourse, le groupe pèse 19,2 milliards d'euros.

## Cinq offres indicatives déposées avant le 21 septembre

Les prétendants avaient jusqu'au **21 septembre** pour remettre une offre indicative. D'après Reuters, le groupe tchèque **EPH** du milliardaire Daniel Kretinsky en a déposé une. Le gestionnaire canadien Brookfield a déposé une offre commune avec le fonds de pension CPPIB (Canada Pension Plan Investment Board). Le norvégien Equinor et l'alliance du fonds KKR avec l'électricien allemand RWE ont fait de même, selon l'une des sources de l'agence.

KKR, RWE et Equinor n'ont pas commenté. Les candidats sauront « dans les semaines à venir » s'ils accèdent au tour suivant, a indiqué une troisième source à Reuters. Le ministère fédéral des Finances, qui gère la participation publique, travaille avec les banques UBS et JPMorgan.

RWE a réduit la portée de sa candidature le jour même. Son président du directoire, Markus Krebber, a expliqué qu'une prise de contrôle d'Uniper était impossible pour RWE en raison de sa position déjà forte sur le marché allemand de l'énergie, selon Bloomberg News (dépêche reprise sur MarketScreener). Il décrit l'implication de son groupe dans l'offre commune avec KKR comme « très limitée ». À la Bourse de Francfort, l'action RWE a cédé 0,82 % à 57,90 euros mercredi.

## L'engagement de 2022 envers Bruxelles

L'État fédéral détient **99,12 %** d'Uniper depuis le sauvetage de décembre 2022, décidé après l'arrêt des livraisons de gaz russe. Le 20 décembre 2022, la Commission européenne a autorisé ce plan au titre des **aides d'État** (les soutiens publics aux entreprises, que Bruxelles contrôle pour préserver la concurrence). L'État fédéral a alors souscrit une augmentation de capital de 8 milliards d'euros au prix de 1,70 euro par action, qui lui a donné environ 93 % du capital, selon le communiqué du ministère des Finances du 22 décembre 2022.

Cette autorisation comporte une condition de sortie. « L'État fédéral est tenu de réduire sa participation à 25 % plus une action au maximum, au plus tard en 2028 », écrit le ministère dans ce même communiqué. Toute prolongation du délai exige l'accord de la Commission. Dans une réponse au Bundestag (document 21/2397), le gouvernement fixe cette échéance à fin 2028.

Le seuil de 25 % plus une action forme une **minorité de blocage** : en droit allemand, une modification des statuts exige trois quarts du capital représenté en assemblée générale (article 179 de la loi sur les sociétés par actions). Avec ce seuil, Berlin conserverait un droit de veto sur les décisions de structure. Le sauvetage a coûté 13,5 milliards d'euros. L'État a récupéré depuis environ 3,5 milliards d'euros, dont des remboursements d'aides et des dividendes, selon Reuters.

## La position du comité d'entreprise

Le ministère mène une **double voie** : il prépare une vente de gré à gré et étudie en parallèle une introduction en Bourse. Les représentants des salariés, qui occupent la moitié des sièges du conseil de surveillance, défendent la seconde option. « Seule une introduction en Bourse préserverait Uniper dans son ensemble », a déclaré le 24 septembre à Reuters **Martin Geilhorn**, président du comité d'entreprise.

Martin Geilhorn juge inacceptable une vente à un acteur industriel comme EPH. Les représentants des salariés redoutent un démantèlement du groupe, des suppressions d'emplois et des fermetures de sites. EPH possède déjà l'énergéticien est-allemand LEAG.

## Pourquoi la Bourse valorise Uniper près du double de l'enchère ?

L'action Uniper a clôturé à **46,05 euros** le 7 octobre sur Xetra, en baisse de 0,75 %. Avec 416,48 millions d'actions, le groupe pèse 19,18 milliards d'euros en Bourse, selon les données de Stock Analysis. Si l'estimation de 10 milliards d'euros porte sur la totalité du capital, elle équivaut à environ 24 euros par action.

Le cours repose sur un **flottant** (la part du capital librement négociable) de 0,88 %, soit environ 3,66 millions de titres. Mercredi, 11 964 actions ont changé de mains sur Xetra, pour environ 550 000 euros. Le cours se forme sur ces faibles volumes et ne reflète aucune transaction portant sur le bloc de l'État. Sur un an, le titre a évolué entre 27,30 et 56,20 euros. Le directeur financier Christian Barr évaluait en août les fonds propres du groupe à « environ 12 milliards d'euros ».

### Le régime allemand de l'offre obligatoire

Le droit boursier allemand encadre une cession de bloc. La **loi sur les offres publiques** (WpÜG, Wertpapiererwerbs und Übernahmegesetz) définit le contrôle comme la détention d'au moins 30 % des droits de vote. Son article 35 oblige l'acquéreur à publier puis à lancer une offre sur le reste du capital dans un délai de quatre semaines.

Le prix de cette offre doit atteindre au moins la moyenne des cours pondérée par les volumes des trois mois précédant l'annonce, selon l'article 5 du règlement d'application. Il ne peut être inférieur au prix le plus élevé que l'acquéreur a payé dans les six mois précédents. Au cours actuel, racheter les 3,66 millions de titres du flottant coûterait environ 170 millions d'euros. L'autorité de surveillance BaFin peut accorder une dispense sur demande, en vertu de l'article 37 de la même loi. Dans une introduction en Bourse avec un placement dispersé, aucun acquéreur ne franchirait le seuil de 30 % et l'obligation d'offre ne s'appliquerait pas.

## Les résultats du premier semestre 2026

Uniper a dégagé au premier semestre 2026 un **Ebitda ajusté** (résultat brut d'exploitation hors éléments exceptionnels) de 711 millions d'euros, contre 379 millions un an plus tôt. Son résultat net ajusté atteint 388 millions d'euros, contre 135 millions. Le groupe vise pour l'exercice un Ebitda ajusté de 1,1 à 1,3 milliard d'euros et un résultat net ajusté de 500 à 600 millions. Sa trésorerie nette s'élevait à 4,55 milliards d'euros fin juin.

L'assemblée générale de 2026 a voté le premier dividende depuis le sauvetage : 0,72 euro par action, soit 300 millions d'euros. « Je me félicite que le ministère fédéral des Finances ait lancé le processus de reprivatisation d'Uniper », avait alors déclaré le directeur général Michael Lewis. Uniper emploie environ 7 000 personnes, exploite 18,5 gigawatts de capacités de production électrique et reste le premier opérateur de stockage de gaz en Allemagne.

## Les échéances à surveiller

-   **Sélection des candidats** : le ministère doit retenir les offres admises au second tour dans les prochaines semaines, selon Reuters.
-   **Résultats trimestriels** : Uniper publiera ses comptes du troisième trimestre le 10 novembre 2026, selon le calendrier recensé par Stock Analysis.
-   **Fin 2028** : l'État doit avoir ramené sa participation à 25 % plus une action, sauf prolongation accordée par Bruxelles.

Pour un épargnant français, l'action Uniper reste accessible sur un compte titres ou un **PEA** (Plan d'Épargne en Actions, ouvert aux actions de sociétés ayant leur siège dans l'Union européenne). Avec 0,88 % du capital en circulation, il s'est échangé entre 2 045 et 12 501 actions par séance sur Xetra depuis le 9 septembre. L'issue de la procédure fixera le prix de référence des minoritaires. Une vente de bloc entraîne une offre obligatoire au prix plancher légal, sauf dispense de la BaFin. En cas de cotation, l'État placerait de nouveaux titres sur le marché à un prix qu'il n'a pas encore fixé.
