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title: "SpaceX : 911 millions d'actions libérées le 6 août après des premiers résultats à double visage"
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description: "Premiers résultats de SpaceX : 7,81 Md$ de revenus mais 18,37 Md$ d'investissements. Le 6 août, 911,5 millions d'actions deviennent cessibles."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-08-05T06:07:31.606Z"
updatedAt: "2026-08-05T06:07:31.626Z"
readingTimeMinutes: 7
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# SpaceX : 911 millions d'actions libérées le 6 août après des premiers résultats à double visage

> SpaceX a publié le 4 août ses premiers comptes de société cotée : 7,81 milliards de dollars de revenus, bien au dessus des attentes, mais 18,37 milliards d'investissements. L'action a cédé environ 8 % hors séance. Jeudi 6 août, 911,5 millions de titres deviennent cessibles.

SpaceX a franchi le 4 août 2026 une étape que toute société fraîchement cotée redoute : la publication de ses premiers comptes trimestriels face à Wall Street. Le groupe d'Elon Musk a battu les attentes de revenus de près d'un milliard de dollars. L'action a pourtant reculé d'environ 8 % dans les échanges d'après clôture. Deux jours plus tard, ce jeudi 6 août, 911,5 millions d'actions détenues par les salariés et les investisseurs historiques deviennent cessibles pour la première fois.

Pour les épargnants français qui ont souscrit à l'introduction en bourse du 12 juin via des courtiers comme Trade Republic, Revolut ou eToro, ces quarante huit heures concentrent deux mécanismes rarement expliqués : la réaction d'un marché à des comptes pourtant meilleurs que prévu, et la levée progressive d'une période de blocage.

## Des revenus qui doublent, des dépenses qui sextuplent

Au deuxième trimestre, SpaceX a dégagé **7,81 milliards de dollars de revenus**, contre 6,93 milliards attendus par le consensus LSEG, soit une progression de 92 % sur un an. La perte nette s'est réduite à 541 millions de dollars, contre 1 milliard un an plus tôt. Rapportée par action, la perte ressort à 9 cents quand les analystes en anticipaient 26.

La décomposition par segment éclaire la mécanique du groupe. La **connectivité**, qui regroupe Starlink, a généré 4,29 milliards de dollars pour 3,83 milliards attendus, avec un résultat opérationnel positif de 1,66 milliard. C'est le seul métier rentable. Le pôle spatial a produit 962 millions de revenus pour une perte opérationnelle de 542 millions. L'intelligence artificielle, née de la fusion de février avec xAI, a atteint 2,56 milliards de revenus mais perd 1,26 milliard.

Starlink revendique désormais **12 millions d'abonnés**, un doublement en un an et une hausse de 17 % sur le trimestre. Le revenu moyen par utilisateur s'établit toutefois à 66 dollars par mois, contre 85 dollars un an auparavant : la croissance du parc s'accompagne d'une dilution du panier moyen, effet classique d'une expansion vers des marchés moins solvables.

## Le chiffre qui a fait basculer la séance

L'élément déclencheur de la baisse tient en une ligne du compte de flux. Les **dépenses d'investissement ont atteint 18,37 milliards de dollars** sur le seul deuxième trimestre, un montant multiplié par plus de six en un an, dont 15,83 milliards consacrés à l'intelligence artificielle. Le consensus FactSet tablait sur 13,22 milliards. L'écart, de plus de cinq milliards, dépasse en valeur absolue la totalité du dépassement de revenus.

Le directeur financier Bret Johnsen a défendu cette trajectoire lors de la conférence téléphonique. « Tous les investissements ne se valent pas », a-t-il déclaré. « Sur la partie calcul IA en particulier, nous déployons le capital de telle sorte que nous obtenons un retour en moins d'un an. » Il a ajouté que le groupe visait 100 milliards de dollars de revenus annualisés récurrents d'ici la fin de l'année, et signalé 6,7 milliards de contrats de services cloud additionnels signés depuis le début du trimestre en cours.

Le bilan a changé de nature après l'introduction en bourse. La trésorerie et équivalents culminent à 93,5 milliards de dollars, contre 24,7 milliards fin mars. La dette et les contrats de location financement atteignent 36,8 milliards, contre 22 milliards trois mois plus tôt. Les analystes de Phillip Capital estiment que cette trésorerie restera globalement stable sur quatre ans pendant que l'endettement progressera de près de 150 %, ramenant le groupe à une position de dette nette de 3,3 milliards de dollars à l'horizon 2030.

## Ce que recouvre l'échéance du 6 août

La période de blocage retenue par SpaceX s'écarte du standard de 180 jours. Le groupe a opté pour un calendrier échelonné, censé étaler les cessions et limiter la volatilité. La publication des premiers résultats en constitue le déclencheur : le deuxième jour de bourse plein qui suit, soit le 6 août, les détenteurs peuvent céder **20 % de leurs titres bloqués éligibles, plafonnés à 911,5 millions d'actions**.

L'ordre de grandeur mérite d'être posé. Ce volume dépasse les quelque 640 millions de titres actuellement disponibles à la négociation. Autrement dit, le flottant peut plus que doubler en une séance si l'intégralité des porteurs éligibles vendait, hypothèse théorique que personne n'anticipe mais qui fixe la borne haute du risque. Une tranche supplémentaire de 10 % serait libérée si le titre clôturait au moins 30 % au dessus du prix d'introduction pendant cinq des dix séances précédant la publication, condition qui n'a pas été remplie.

Cette configuration explique la pression vendeuse observée depuis plusieurs semaines. Le titre a ouvert à 150 dollars le 12 juin pour un prix d'introduction fixé à 135 dollars, avant d'inscrire un plus haut en séance à 225,64 dollars le 16 juin et un record en clôture de 211,39 dollars le même jour. Mardi 4 août, il a clôturé à 125,33 dollars, en hausse de 9,4 % sur la séance, sa meilleure performance depuis le 15 juin, avant de céder du terrain après la publication.

## Deux lectures s'affrontent chez les analystes

Les vendeurs à découvert ont accumulé environ 8,3 milliards de dollars de plus values latentes depuis l'introduction, selon Matthew Unterman, responsable de la recherche chez S3 Partners. « C'est l'une des constructions baissières les plus agressives et les plus rapides que nous ayons observées sur une méga capitalisation à l'approche de ses premiers résultats post introduction », a-t-il indiqué. Le positionnement vendeur a atteint environ un tiers du flottant public.

À l'inverse, Ben Harwood, analyste chez New Street Research, considère le repli comme un point d'entrée. « Pour un investisseur de long terme, nous pensons que le niveau est attractif », a-t-il écrit. « Le potentiel de croissance est considérable et SpaceX dispose de l'une des barrières à l'entrée les plus larges du marché aujourd'hui. » Sa maison avait initié la couverture juste avant l'introduction avec un objectif de 165 dollars.

Les analystes de Bernstein, qui recommandent l'achat avec un objectif de 239 dollars, avaient prévenu avant la publication : « Nous pensons que les résultats trimestriels ne devraient pas compter. Ce qui importera, c'est le niveau de confiance affiché par la direction sur la trajectoire de croissance. » Ils identifient quatre sujets déterminants pour justifier la valorisation : la réussite de Starship, la disponibilité des semi conducteurs, les procédures réglementaires et la capacité de calcul.

## Starship reste la variable pivot

Le lanceur de nouvelle génération conditionne l'essentiel de la thèse d'investissement. SpaceX l'a écrit dans son document d'introduction : si Starship n'atteint pas la réutilisabilité complète ou une cadence rapide, le groupe anticipe des coûts par lancement plus élevés, des déploiements de constellation ralentis, une croissance des revenus décalée et des besoins en capitaux accrus. La société y indiquait viser une mise en orbite de charges utiles au second semestre 2026.

Le treizième vol d'essai, mené le 24 juillet depuis Starbase au Texas, a été partiellement concluant. Le propulseur Super Heavy s'est séparé environ deux minutes après le décollage, mais lors de la tentative de rallumage pour la manœuvre de récupération, seule une partie des moteurs s'est allumée, provoquant selon le communiqué de la société un amerrissage brutal.

## Ce qu'il faut surveiller

Trois éléments détermineront la trajectoire des prochaines semaines. Le premier est le comportement effectif des porteurs le 6 août : un volume de cession contenu invaliderait le scénario baissier le plus sombre, une vague de ventes le confirmerait. Le deuxième tient à la tenue de la promesse de 100 milliards de revenus annualisés récurrents en fin d'année, jalon vérifiable au trimestre suivant. Le troisième concerne le rythme des investissements : à 18,37 milliards par trimestre, la question de leur financement dans la durée se posera indépendamment du niveau de trésorerie actuel.

Pour un épargnant français exposé au titre, deux points de vigilance dépassent le cas SpaceX. Les actions se négocient en dollars : le rendement final dépend autant du change que du cours. Et une position sur une valeur dont la volatilité implicite dépasse celle de la quasi totalité du S&P 500 relève d'une allocation satellite, non d'un socle de portefeuille. La comparaison souvent citée avec Facebook, dont l'introduction de 2012 avait été suivie de plusieurs mois de baisse avant un redressement durable, rappelle surtout qu'une trajectoire boursière post introduction se juge sur des années, pas sur des séances.
