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title: "SLB rachète Kelvion 4,1 milliards de dollars, Apollo sort en moins de huit mois"
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-08-31T18:16:26.469Z"
updatedAt: "2026-08-31T18:16:26.509Z"
readingTimeMinutes: 9
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# SLB rachète Kelvion 4,1 milliards de dollars, Apollo sort en moins de huit mois

> SLB acquiert l'allemand Kelvion pour 3,4 milliards de dollars en numéraire et 0,7 milliard de dette reprise, soit 11 fois l'EBITDA 2026 estimé. Apollo avait bouclé son entrée au capital le 13 janvier. L'action SLB gagne 3,52 % et inscrit un plus haut de 52 semaines.

## Un actif passé de main en main en sept mois

SLB, premier groupe mondial de services pétroliers, a annoncé lundi 31 août 2026 la signature d'un accord portant sur l'acquisition de l'allemand **Kelvion**, spécialiste des échangeurs thermiques et du refroidissement. Le communiqué diffusé depuis Houston à 16 heures, heure de Paris, fixe le prix à **3,4 milliards de dollars en numéraire**, auxquels s'ajoute la reprise d'environ 0,7 milliard de dollars de dette. La valeur totale de la transaction ressort à quelque 4,1 milliards de dollars, soit environ 3,54 milliards d'euros au cours de référence de la Banque centrale européenne du jour, fixé à 1,1596 dollar pour un euro.

Le vendeur est un fonds géré par **Apollo Global Management**, actionnaire majoritaire, accompagné de fonds conseillés par Triton, qui détenaient une part minoritaire. Les deux cèdent la totalité du capital. La date d'entrée d'Apollo mérite d'être relevée : le gestionnaire américain avait annoncé son accord le 13 août 2025 et bouclé l'opération le 13 janvier 2026, selon le communiqué de sortie publié le jour même par Triton. Entre cette prise de contrôle et l'accord signé lundi, il s'est écoulé sept mois et dix-huit jours.

## Ce que SLB achète exactement

Les chiffres publiés par l'acquéreur dessinent une cible de taille industrielle. Kelvion doit dégager en 2026 un chiffre d'affaires compris entre **2,3 et 2,4 milliards** et un EBITDA ajusté de 350 à 400 millions, en dollars. Les data centers en constituent le premier débouché et le plus dynamique, avec un chiffre d'affaires attendu entre 1,2 et 1,3 milliard sur l'exercice. Le reste du portefeuille couvre les pompes à chaleur, les renouvelables, le captage de carbone et divers procédés industriels.

Sur cette base, SLB paie **environ 11 fois l'EBITDA 2026 estimé** avant synergies, ou environ 8,5 fois une fois intégrées les synergies annuelles attendues en rythme de croisière. Le groupe table sur près de 120 millions de synergies d'EBITDA par an sous trois ans, provenant d'économies de coûts et de revenus additionnels. L'opération est présentée comme relutive sur le bénéfice par action et sur le flux de trésorerie disponible par action dans les douze mois suivant la clôture, attendue au premier semestre 2027 sous réserve des autorisations réglementaires.

« L'intelligence artificielle alimente le cycle d'investissement en infrastructures le plus significatif de notre existence », déclare dans le communiqué **Olivier Le Peuch**, directeur général de SLB. Il ajoute que la transaction « plus que double notre opportunité de revenus par gigawatt de capacité livrée ». Gavin Rennick, président de l'activité New Energy and Industrial du groupe, situe l'enjeu technique : « La gestion thermique est au cœur de ce défi. »

## La plus-value d'Apollo, ordre de grandeur

Ni Apollo ni Triton n'ont jamais communiqué le prix de la transaction de 2025. Bloomberg l'avait alors chiffrée à environ 2 milliards d'euros, dette comprise, un montant que les parties n'ont pas confirmé. Rapportée à une valeur d'entreprise d'environ 3,54 milliards d'euros aujourd'hui, cette estimation impliquerait une progression de l'ordre de 75 % en un peu plus de sept mois de détention effective. Le chiffre doit être manié avec prudence : il repose sur une donnée de presse, il ignore la structure de la dette d'acquisition et il ne dit rien du rendement net revenant aux porteurs de parts après frais.

La chaîne complète est plus instructive encore. Triton avait racheté en 2014 l'activité échangeurs thermiques du groupe GEA pour 1,3 milliard d'euros dette comprise, selon Private Equity Wire, avant de la rebaptiser Kelvion. Le fonds européen a donc porté l'actif onze ans, l'a repositionné sur les data centers et la transition énergétique, puis a cédé le contrôle à un acteur capable d'accélérer la dernière séquence. Triton indique avoir réalisé dix cessions sur son fonds mid-market depuis début 2024, pour environ 7,3 milliards d'euros de produits cumulés.

## Un pétrolier qui achète une thèse sur l'IA

Le marché a validé le mouvement. Vers 14 h 08 à New York, l'action SLB s'échangeait à **59,35 dollars, en hausse de 3,52 %** par rapport à sa clôture précédente de 57,33 dollars, après avoir inscrit en séance un plus haut de 52 semaines à 60,46 dollars. La capitalisation boursière atteint 88,08 milliards de dollars pour 1,48 milliard de titres, soit un multiple de 27,8 fois les bénéfices publiés et 20,2 fois les bénéfices attendus.

Cet accueil s'explique par le contraste entre les deux moitiés du groupe. Le métier historique se contracte : le chiffre d'affaires 2025 de SLB est ressorti à 35,71 milliards, en repli de 1,60 %, et le résultat net à 3,37 milliards, en baisse de 24,37 %. À l'inverse, l'activité Data Center Solutions affiche une croissance annuelle moyenne supérieure à 90 % entre 2024 et 2026 selon le communiqué, pour une capacité cumulée livrée qui doit dépasser 2 gigawatts d'ici la fin de l'année. SLB revendique une approche modulaire réduisant jusqu'à 40 % le délai de mise en service d'un site.

Le groupe fixe une cible pour l'ensemble data centers en 2028 : 4,5 à 5 milliards de chiffre d'affaires et 700 à 800 millions d'EBITDA ajusté, contre plus de 2 milliards de revenus et environ 300 millions d'EBITDA ajusté en pro forma 2026. Le bilan reste calibré, avec un ratio dette nette sur EBITDA maintenu sous la cible de cycle de 1,5 fois, et l'engagement de restituer plus de 4 milliards aux actionnaires en 2026 est réaffirmé.

## Deux sites français dans le périmètre

L'opération n'est pas abstraite pour l'emploi industriel français. Le registre national des entreprises recense deux entités actives portant le nom du groupe. Kelvion, immatriculée sous le numéro 313 670 747 avec un siège à Carvin, déclarait une tranche d'effectif de 100 à 199 salariés en 2023 pour trois établissements ouverts. Kelvion Thermal Solutions, numéro 331 531 574, dont le siège est à Nantes, déclarait 200 à 249 salariés sur le même exercice. Les deux relèvent de la fabrication d'équipements aérauliques et frigorifiques industriels. Aucune des parties n'a évoqué de conséquence sur ces implantations à ce stade.

Le lien avec la place de Paris est par ailleurs plus ténu qu'il n'y paraît. SLB, héritier de Schlumberger, a retiré volontairement ses actions d'Euronext Paris en 2024, invoquant la faiblesse des volumes et le coût d'une double cotation. Le titre ne se traite plus qu'au New York Stock Exchange.

## La mise en garde de la Banque des règlements internationaux

Le calendrier de l'opération croise un avertissement institutionnel. Dans son Rapport économique annuel publié en juin 2026, la Banque des règlements internationaux relève que les cinq plus grands hyperscalers doivent engager plus de mille milliards de dépenses d'investissement liées à l'IA sur 2025 et 2026, un rythme qui « dépasse les bénéfices et la trésorerie disponible de ces entreprises », certaines s'endettant pour financer l'écart.

L'institution de Bâle formule ensuite le risque en termes explicites : « La concurrence intense accroît le risque que les entreprises engagent trop de ressources dans des projets d'investissement aux rendements encore incertains, ce qui les expose toutes à des déceptions sur les gains de l'IA. » Elle ajoute qu'une déception sur ces rendements « pourrait déclencher un retrait soudain des financements et transformer le boom d'investissement en une longue phase de correction ». La BRI cite également les goulets d'étranglement sur l'électricité, les semi-conducteurs avancés et les équipements de réseau.

Ce point de vue ne condamne pas la transaction. Il rappelle que le multiple de 11 fois l'EBITDA payé par SLB est adossé à une trajectoire de commandes qui dépend d'un cycle de dépenses tiers. Kelvion vend des équipements de refroidissement, pas des modèles d'IA, ce qui la place à un cran du risque de valorisation le plus visible, sans l'en soustraire.

## Ce que cela dit aux épargnants français

L'opération éclaire un mécanisme auquel les détenteurs de contrats français sont désormais exposés par construction. Le décret n° 2024-713 du 5 juillet 2024, applicable depuis le 24 octobre 2024, a modernisé l'univers d'investissement des contrats d'assurance vie, de capitalisation et des plans d'épargne retraite, en ouvrant l'accès à des véhicules investis en actifs non cotés et en imposant une part minimale de ces actifs dans certains profils de gestion pilotée.

Concrètement, une fraction de l'épargne placée en gestion pilotée finance des sociétés comme Kelvion. Le dossier illustre les deux faces de cette exposition. D'un côté, un fonds a créé une plus-value substantielle en repositionnant un industriel centenaire sur un débouché en forte croissance. De l'autre, la valeur créée provient en grande partie d'une revalorisation du multiple sur un thème unique, l'infrastructure d'intelligence artificielle, et non d'une décennie de croissance organique. Les véhicules distribués au grand public restent par ailleurs faiblement liquides, avec des mécanismes de rachat encadrés et des frais de gestion supérieurs à ceux d'un support coté.

## Ce qu'il faut surveiller

-   Les autorisations réglementaires, notamment en matière de concurrence en Europe, avec une clôture visée au premier semestre 2027.
-   La révision éventuelle par SLB de ses objectifs 2027, que le groupe indique vouloir finaliser lors de son processus annuel de planification.
-   La tenue des carnets de commandes des hyperscalers, seule variable capable de valider ou d'invalider la cible de 4,5 à 5 milliards en 2028.
-   Le sort des implantations françaises de Carvin et de Nantes une fois l'intégration engagée.
-   Les publications de résultats d'Apollo, susceptibles de préciser le rendement effectivement réalisé sur ce dossier.

## Sources

-   SLB, communiqué « SLB to Acquire Kelvion, Expanding its Role Across Data Center Infrastructure », Houston, 31 août 2026.
-   Apollo Global Management, communiqué de cession, New York et Herne, 31 août 2026.
-   Apollo Global Management, communiqué d'acquisition, 13 août 2025, et communiqué de Kelvion du même jour.
-   Triton Partners, communiqué de finalisation de la cession, 13 janvier 2026.
-   Bloomberg, « Apollo Funds to Sell Data Center Cooling Firm Kelvion to SLB », 31 août 2026.
-   Banque des règlements internationaux, Rapport économique annuel, juin 2026.
-   Banque centrale européenne, taux de change de référence euro dollar du 31 août 2026.
-   Répertoire des entreprises, données INSEE via l'API Recherche d'entreprises.
-   StockAnalysis.com, données de marché SLB, sources S&P Global Market Intelligence et CBOE.
