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title: "Sécurité économique : un rapport veut brancher la retraite des salariés sur l'industrie française"
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description: "Un rapport remis le 21 juillet 2026 propose des fonds de pension pour financer l'industrie. Ce que cela implique pour le PER d'entreprise obligatoire."
keywords: [PER obligatoire, épargne retraite entreprise, fonds de pension France, retraite par capitalisation, sécurité économique, souveraineté industrielle, actifs non cotés gestion pilotée, encours PER 2026, réforme des retraites, épargne salariale]
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-07-29T21:17:06.572Z"
updatedAt: "2026-07-29T21:17:06.590Z"
readingTimeMinutes: 9
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# Sécurité économique : un rapport veut brancher la retraite des salariés sur l'industrie française

> Trois députés proposent, dans un rapport sur la sécurité économique remis le 21 juillet 2026, de créer des fonds de pension pour financer les entreprises stratégiques. Les plans d'épargne retraite d'entreprise pèsent déjà près de 62 milliards d'euros.

Le financement de l'industrie française vient de rattraper l'épargne retraite. Dans un rapport intitulé « La sécurité économique de la France », remis le 21 juillet 2026 au ministre de l'Économie Roland Lescure, trois députés du socle commun proposent de créer des **fonds de pension** dont les ressources seraient orientées vers les entreprises jugées stratégiques. Le véhicule n'est pas à inventer de zéro : les plans d'épargne retraite souscrits en entreprise totalisaient déjà 61,9 milliards d'euros d'encours à la fin de 2025.

La mission avait été confiée au printemps par le Premier ministre Sébastien Lecornu à Christophe Plassard (Horizons), Charles Rodwell (Ensemble pour la République) et Jean-Louis Thiériot (Droite républicaine), par trois décrets du 11 mars 2026 selon le Portail de l'IE. Son point de départ n'avait rien de patrimonial. La cession, autorisée fin décembre 2025, de LMB Aerospace au groupe américain Loar Group avait rouvert la question du contrôle des investissements étrangers dans les entreprises de défense. Le motoriste corrézien fournit notamment des ventilateurs et moteurs électriques pour le Rafale, les sous marins nucléaires lanceurs d'engins et le porte avions Charles de Gaulle.

## Un rapport de souveraineté qui bifurque vers les retraites

Le document réclame « un changement radical de posture » sur la capacité d'intervention financière de l'État dans les secteurs clés, et juge nécessaire l'élaboration d'une doctrine stratégique de sécurité économique et de souveraineté technologique, assumée politiquement et largement diffusée. Il propose aussi de revoir les seuils du contrôle des investissements étrangers, aujourd'hui déclenché lorsqu'un acteur non européen acquiert 10 % des droits de vote d'une société française cotée, ou 25 % d'une société non cotée, dans un secteur sensible comme la défense, la cybersécurité, les puces électroniques ou l'intelligence artificielle.

Les rapporteurs élargissent volontairement le cadre. « Quand on parle de la sécurité économique, on a tendance à parler uniquement des investissements étrangers en France », observe Christophe Plassard, cité par Banque des Territoires le 28 juillet. Le député ajoute que « le maillon faible, c'est les petites entreprises », celles qui n'ont ni direction juridique ni service de sûreté et qui restent les plus exposées aux prises de contrôle opportunistes.

## Ce que les trois députés mettent sur la table

Le volet financier du rapport comporte trois briques. La première autoriserait l'Agence des participations de l'État à réinvestir ses dividendes dans les secteurs stratégiques plutôt que de les reverser au budget général. La deuxième créerait des fonds de pension dont les ressources pourraient être fléchées vers des investissements de souveraineté. La troisième conditionne la précédente : les rapporteurs appellent à une **réforme systémique des retraites** introduisant une mécanique de capitalisation, seule manière selon eux d'alimenter durablement de tels fonds. Charles Rodwell défend publiquement cette « réforme systémique » comme le préalable au financement des entreprises françaises par l'épargne retraite.

Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle énergétique et numérique, a réagi le jour même en annonçant des assises de la sécurité économique en septembre 2026, puis la rédaction d'une doctrine globale confiée au Service de l'information stratégique et de la sécurité économiques d'ici la fin de l'année. « Les enjeux de sécurité économique sont bien plus larges que les seuls enjeux capitalistiques », a déclaré le ministre selon l'AFP. Aucun engagement n'a en revanche été pris sur le volet retraite, qui relève d'un autre arbitrage.

## Le PER d'entreprise, une tuyauterie déjà partiellement posée

Le dispositif que les députés décrivent existe déjà sous une forme embryonnaire. Successeur des contrats article 83, le [PER obligatoire](https://www.france-epargne.fr/products/epargne-retraite/per-obligatoire-pero) repose sur des cotisations décidées par l'employeur et imposées à une catégorie de salariés, avec une sortie en rente viagère pour la part issue de ces versements obligatoires. Son encours atteignait 28,04 milliards d'euros à la fin de 2025, en progression de 13 % sur l'année, selon le ministère de l'Économie. Le PER collectif, à adhésion facultative, pesait 33,86 milliards d'euros, en hausse de 22 %.

Ces plans sont déjà soumis à une obligation d'investissement productif. La loi Industrie verte du 23 octobre 2023, complétée par le décret du 24 juillet 2024, impose une part minimale d'actifs non cotés dans les grilles de gestion pilotée des plans d'épargne retraite. La règle s'applique aux PER individuels depuis octobre 2024. Pour les PER d'entreprise, collectifs comme obligatoires, l'échéance initiale du 30 juin 2026 a été repoussée au 31 décembre 2026 par un arrêté du 10 mars 2026 publié au Journal officiel du 14 mars. Les teneurs de comptes disposent donc d'un semestre pour livrer des grilles conformes, et les entreprises d'autant pour vérifier la conformité de leur plan.

La base installée est loin d'être marginale. L'Association française de la gestion financière chiffrait à 229,4 milliards d'euros l'encours cumulé de l'épargne salariale et de l'épargne retraite d'entreprise à la fin de 2025, en progression de 14,7 % sur un an, pour 13,2 millions d'épargnants et 442 000 entreprises équipées, soit 26 000 de plus en un an.

## Où vont réellement les 150 milliards du plan d'épargne retraite

Le rapport parlementaire mise sur un flux d'épargne longue que les chiffres officiels confirment. « Le PER franchit un seuil symbolique avec plus de 150 milliards d'euros d'encours », soulignait Roland Lescure dans un communiqué du 17 mai 2026. Au 31 décembre 2025, le total s'établissait à 150,4 milliards d'euros pour 12,9 millions de titulaires, répartis entre 88,5 milliards pour les PER individuels, 33,86 milliards pour les PER collectifs et 28,04 milliards pour les PER obligatoires.

Bercy avance que plus de 60 % des actifs du PER financent directement les entreprises, dont plus de 5 milliards d'euros en actifs non cotés. Ce dernier montant remet la proposition des députés en perspective : le non coté représente environ 3,3 % de l'encours total, malgré une obligation réglementaire déjà en vigueur pour les contrats individuels. Le rythme d'alimentation, lui, reste modeste au regard des besoins industriels. La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques a recensé 21,4 milliards d'euros de cotisations de retraite supplémentaire en 2024, dont 2,8 milliards sur les PER obligatoires et 3,6 milliards sur les PER collectifs. Les plans d'épargne retraite captaient 77 % de ces cotisations, contre 69 % deux ans plus tôt.

## Les objections dépassent le clivage syndical

La CGT conteste le principe même du mécanisme : le risque démographique, économique ou politique reposerait sur les seuls salariés, sans contribution ni garantie de l'État. À gauche, la crainte formulée est celle d'une privatisation progressive du système par répartition. Le calendrier budgétaire alimente la défiance. La suspension de la réforme des retraites de 2023, qui gèle la montée vers 64 ans et l'allongement de la durée de cotisation jusqu'à janvier 2028, coûtera 100 millions d'euros en 2026 puis 1,4 milliard en 2027, et sa facture est partiellement adressée aux complémentaires santé et aux retraités par une moindre indexation des pensions.

La fiscalité de l'enveloppe s'est par ailleurs durcie au 1er janvier 2026, ce qui pèse sur l'argument du rendement. Les prélèvements sociaux applicables aux gains du PER sont passés de 17,2 % à 18,6 %, sous l'effet d'une hausse de 1,4 point de la contribution sociale généralisée votée dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, dont l'assurance vie a été exonérée. La loi de finances pour 2026 a supprimé la déductibilité des versements effectués après 70 ans, tout en portant de trois à cinq ans le report des plafonds de déduction non utilisés.

Reste la question de la liquidité. Les actifs non cotés supposent un horizon de détention long, ce qui convient à une épargne bloquée jusqu'à la retraite mais complique la valorisation et les arbitrages en cours de vie du contrat. Les gestionnaires plaident pour un effort de pédagogie préalable, faute de quoi les salariés découvriront ces poches à la première secousse de valorisation.

## Ce qui se joue à la rentrée

Trois échéances méritent une surveillance rapprochée. Les assises de septembre diront si le volet retraite du rapport survit à l'arbitrage interministériel ou reste au stade de la proposition parlementaire. Le 31 décembre 2026 marque la mise en conformité des grilles de gestion pilotée des PER d'entreprise, seul engagement contraignant du dossier à ce jour. Les débats sur les textes financiers pour 2027 diront enfin si la doctrine promise par le ministère se traduit par des incitations fiscales ou par un nouveau tour de vis.

Le terrain intellectuel, lui, se prépare depuis des mois. L'Association française de la gestion financière a publié le 17 juin 2026 un livre blanc intitulé « Retraites, bâtir ensemble le complément par capitalisation indispensable aux Français », qui plaide pour un troisième étage de capitalisation ouvert à tous les salariés du privé et pour une extension du PER collectif. Les députés ont repris cette architecture en y ajoutant une finalité industrielle. Pour les entreprises qui gèrent déjà un plan obligatoire, la conséquence pratique est immédiate : l'allocation de leur plan devient un sujet de négociation sociale autant qu'un choix financier.

## Sources

-   [AFP via Boursorama, « Le gouvernement annonce des assises et une doctrine sur la sécurité économique », 21 juillet 2026](https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/le-gouvernement-annonce-des-assises-et-une-doctrine-sur-la-securite-economique-2a8f4dcf3953b2d03e06d246da653fb4)
-   [Banque des Territoires, « Sécurité économique : vers un renforcement du rôle des collectivités ? », 28 juillet 2026](https://www.banquedesterritoires.fr/securite-economique-vers-un-renforcement-du-role-des-collectivites)
-   [Ministère de l'Économie, communiqué sur les encours du PER, 17 mai 2026](https://presse.economie.gouv.fr/epargne-retraite-record-battu-pour-le-per-avec-plus-de-150-milliards-deuros-dencours-au-4e-trimestre-2025-et-129-millions-de-titulaires/)
-   [Légifrance, arrêté du 10 mars 2026 modifiant l'arrêté du 7 août 2019](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053669179)
-   [AFG, enquête annuelle épargne salariale et retraite d'entreprise, 19 mars 2026](https://www.afg.asso.fr/fr/publication/cp_afg_epargne_salariale_retraite_2026/)
-   [AFG, livre blanc sur la retraite par capitalisation, 17 juin 2026](https://www.afg.asso.fr/fr/livre_blanc_retraite_capitalisation_etudes/)
-   [DREES, cotisations de retraite supplémentaire en 2024, 3 février 2026](https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/communique-de-presse-jeux-de-donnees/jeux-de-donnees/les-plans-epargne-retraite-cotisation)
-   [Portail de l'IE, lancement de la mission parlementaire sur la sécurité économique, 26 mars 2026](https://www.portail-ie.fr/univers/2026/mission-parlementaire-securite-economique/)
-   [6Médias avec L'Express, « La capitalisation de nouveau défendue dans un rapport parlementaire », 23 juillet 2026](https://actu.orange.fr/france/retraites-la-capitalisation-de-nouveau-defendue-dans-un-rapport-parlementaire-signe-par-des-deputes-du-socle-commun-magic-CNT000002qDH3C.html)
-   [Euronews, la vente de LMB Aerospace à Loar Group, 30 janvier 2026](https://fr.euronews.com/2026/01/30/pourquoi-la-vente-de-lmb-aerospace-a-un-groupe-americain-suscite-un-tolle-en-france)
-   [Service public, règles du PER d'entreprise obligatoire](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F36526/2)
-   [LégiFiscal, hausse de la CSG sur les placements financiers au 1er janvier 2026](https://www.legifiscal.fr/actualites-fiscales/4369-janvier-2026-hausse-csg-appliquera-certains-placements-financiers.html)
-   [France Info, coût de la suspension de la réforme des retraites](https://www.franceinfo.fr/economie/retraite/reforme-des-retraites/la-suspension-de-la-reforme-des-retraites-coutera-1-4-milliard-d-euros-en-2027-les-complementaires-sante-et-les-retraites-mis-a-contribution_7570171.html)
