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title: "Schneider Electric rachète Cognite pour 3,1 milliards de dollars et muscle son offre d'IA industrielle"
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description: "Schneider Electric acquiert Cognite pour 3,1 milliards de dollars et renforce AVEVA dans l'IA industrielle. L'action recule, la valorisation interroge."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-07-06T23:08:03.376Z"
updatedAt: "2026-07-06T23:08:03.398Z"
readingTimeMinutes: 5
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# Schneider Electric rachète Cognite pour 3,1 milliards de dollars et muscle son offre d'IA industrielle

> Schneider Electric acquiert le norvégien Cognite pour 3,1 milliards de dollars en numéraire afin de renforcer AVEVA dans l'intelligence artificielle industrielle. L'action a cédé 2,4 % à Paris, les analystes jugeant la valorisation élevée à 18 fois les revenus 2025 de la cible.

Schneider Electric a annoncé le 30 juin 2026 la signature d'un accord en vue d'acquérir **Cognite**, éditeur norvégien de logiciels de données et d'intelligence artificielle pour l'industrie, sur la base d'une valeur d'entreprise de **3,1 milliards de dollars** réglés intégralement en numéraire. L'opération, la plus importante sortie de logiciel et d'IA jamais réalisée en Norvège, doit être finalisée dans les prochains trimestres sous réserve des autorisations réglementaires habituelles.

Pour le groupe français, cette acquisition prolonge une stratégie engagée de longue date autour du logiciel industriel. Cognite sera consolidée au sein de l'activité Automatismes industriels et rapprochée d'**AVEVA**, la filiale logicielle déjà détenue à 100 % par Schneider Electric. L'enjeu dépasse la simple addition de revenus : il s'agit de positionner le groupe sur la couche de données qui alimente les futurs systèmes de pilotage des usines connectées.

## Une pépite née dans l'écosystème Aker

Fondée fin 2016 à Oslo, Cognite est issue d'un essaimage du conglomérat industriel norvégien **Aker ASA**. Ses fondateurs, dont John Markus Lervik, avaient conçu une plateforme capable de centraliser et de contextualiser les flux de données opérationnelles des sites industriels lourds. La société, dirigée depuis avril 2022 par Girish Rishi, emploie plus de 800 personnes réparties sur les continents américain, européen et asiatique.

Son chiffre d'affaires a dépassé **170 millions de dollars en 2025**, porté par une croissance de 36 % de ses prises de commandes récurrentes annuelles. Le portefeuille clients illustre son ancrage dans les secteurs à forte intensité capitalistique : Aker BP, BP, Saudi Aramco, Alfa Laval, le gestionnaire de réseau Statnett, Mitsubishi Heavy Industries ou encore TechnipFMC. Aramco détient d'ailleurs une participation minoritaire de 7,4 % dans le capital de la société.

## Le pari de l'IA agentique appliquée à l'usine

La technologie de Cognite repose sur deux briques. La première, **Data Fusion**, associée à un graphe de connaissances, unifie les données dispersées entre capteurs, automates et systèmes de gestion pour en restituer une lecture cohérente à l'échelle de l'entreprise. La seconde, **Atlas AI**, ajoute des capacités d'IA générative et agentique, c'est à dire des systèmes capables non seulement d'analyser les données mais aussi d'automatiser des tâches et d'agir sur les processus de production.

Ces outils viennent enrichir la plateforme **CONNECT** d'AVEVA, qui couvre la conception, la construction, l'exploitation et l'optimisation des sites industriels. Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric, a résumé la logique de l'opération : « Cognite a bâti quelque chose de rare, une plateforme d'IA véritablement de niveau industriel, qui transforme la complexité des données opérationnelles en avantage concurrentiel. »

> « Ensemble, cela crée une plateforme hautement complémentaire, avec une large offre logicielle, une base de clients internationale importante et une occasion unique de construire un champion européen de l'IA pour l'industrie. » (Øyvind Eriksen, président directeur général d'Aker ASA)

## Une valorisation qui interroge le marché

La réaction boursière a d'abord été négative pour l'acquéreur. L'action Schneider Electric a reculé de **2,4 %** le jour de l'annonce, autour de 278,50 euros, tandis que le vendeur norvégien Aker ASA bondissait de près de 7 % à la Bourse d'Oslo. Cette divergence traduit le scepticisme des investisseurs sur le prix payé.

Le montant de 3,1 milliards de dollars représente environ **18 fois** le chiffre d'affaires 2025 de Cognite, un multiple sans commune mesure avec la valorisation propre de Schneider Electric, proche de 4,5 fois ses ventes. Pour financer l'opération sans mobiliser sa trésorerie, le groupe a lancé une émission obligataire à double tranche de 1,5 milliard d'euros.

Les analystes restent partagés. Chez JPMorgan, la recommandation demeure à surpondérer avec un objectif de cours de 335 euros, mais la banque qualifie la valorisation de « très riche » et souligne que l'opération n'apporte qu'une contribution modeste aux ventes du groupe tout en accroissant sensiblement son endettement. Bernstein maintient un avis à l'achat, objectif 310 euros, tout en s'interrogeant sur le prix et sur l'historique de création de valeur des précédentes acquisitions logicielles de Schneider Electric. Bank of America a de son côté relevé son objectif à 330 euros.

## Une brique de plus dans la stratégie logicielle

L'acquisition s'inscrit dans une dynamique financière solide. Au premier trimestre 2026, Schneider Electric a publié un chiffre d'affaires record de **9,77 milliards d'euros**, en croissance organique de 11,2 %, soutenu par la demande des centres de données. Les revenus récurrents annuels d'AVEVA progressaient de 12 % au 31 mars 2026, et la demande liée aux data centers augmentait à un rythme à deux chiffres.

En absorbant Cognite, le groupe cherche à combiner son socle d'infrastructures énergétiques et d'automatismes avec une couche logicielle nativement intelligente. La bataille de l'IA industrielle se joue en effet moins sur les algorithmes que sur la capacité à structurer et à exploiter des données opérationnelles souvent hétérogènes et cloisonnées. Aker, de son côté, encaisse près de 14,7 milliards de couronnes norvégiennes et redéploie ce capital vers ses paris dans les infrastructures d'IA, notamment Nscale et Aize.

## Ce qu'il faut surveiller

Trois points méritent l'attention des investisseurs dans les mois à venir. D'abord, le calendrier réglementaire : la finalisation dépend des autorisations dans plusieurs juridictions, un processus qui peut s'étirer. Ensuite, la trajectoire d'endettement, l'émission obligataire venant alourdir le bilan à un moment où la Banque centrale européenne maintient des taux élevés. Enfin, l'exécution de l'intégration, la valeur promise reposant sur la fusion effective des technologies de Cognite avec la plateforme CONNECT d'AVEVA.

Pour l'épargnant français exposé à Schneider Electric, directement ou via des fonds indiciels du CAC 40, l'opération traduit un pari de long terme sur le logiciel industriel plutôt qu'un relais de croissance immédiat. La capacité du groupe à transformer une valorisation jugée élevée en avantage durable constituera le principal juge de paix.
