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title: "Safran ouvre des négociations exclusives pour racheter Exail à 128,50 euros par action"
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description: "Safran négocie le rachat du fabricant de drones marins Exail à 128,50 euros par action, près de 2,2 milliards d'euros. L'action Exail bondit de 25 %."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-06-26T23:08:38.360Z"
updatedAt: "2026-06-26T23:08:38.377Z"
readingTimeMinutes: 5
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# Safran ouvre des négociations exclusives pour racheter Exail à 128,50 euros par action

> Safran confirme des négociations exclusives pour acquérir le fabricant français de drones marins Exail Technologies à 128,50 euros par action, soit une valorisation proche de 2,2 milliards d'euros. L'action Exail a bondi de 25,28 % le 26 juin.

Safran a confirmé le 26 juin 2026 être entré en négociations exclusives pour prendre le contrôle d'Exail Technologies, le fabricant français de drones marins et de systèmes de navigation de haute précision. L'avionneur et motoriste propose **128,50 euros par action**, une valorisation qui rapproche l'opération de **2,2 milliards d'euros**. À la Bourse de Paris, le titre Exail s'est envolé de **25,28 %** pour clôturer à 116,70 euros, après une pointe à 122,50 euros en séance. L'action Safran a, elle, reculé de 3,2 %.

## Une cible au cœur de la souveraineté navale

Exail Technologies, ancien Groupe Gorgé, est née en 2022 de la fusion entre ECA Group et iXblue. La société conçoit des drones sous-marins et de surface, des robots d'identification et de neutralisation de mines, ainsi que des centrales inertielles capables de guider navires et sous-marins dans des environnements privés de signal GPS. Son système intégré de lutte contre les mines, baptisé UMIS, permet des opérations de déminage à distance, sans exposer les équipages.

Ce positionnement explique l'intérêt de Safran. Le groupe veut renforcer sa division défense, qui pèse environ 20 % de son activité, soit près de 6 milliards d'euros de revenus. La navigation inertielle militaire et les systèmes autonomes figurent parmi les technologies dont le développement interne réclamerait plusieurs années. Thomas Buret, codirigeant d'Exail, ambitionne d'ériger sa société en « SpaceX du drone marin », par une intégration verticale de la conception à la commercialisation destinée à abaisser le coût des opérations navales autonomes.

## Les faits clés de l'opération

La transaction se déroulerait en deux temps. Safran rachèterait d'abord le bloc de contrôle détenu par la famille Gorgé, qui représente environ **44 % du capital et 61,35 % des droits de vote**, avant de lancer une offre publique obligatoire sur le solde des titres. Le prix de 128,50 euros affiche une prime de 37,95 % sur le dernier cours de clôture précédant l'annonce. Au prix proposé, Exail serait valorisée près de 2,24 milliards d'euros, contre une capitalisation d'environ 1,6 milliard avant l'opération.

Les deux groupes ont pris soin de rappeler la prudence d'usage. « Il n'existe aucune certitude que ces discussions aboutissent à un accord ou à la réalisation de l'opération envisagée », a précisé Exail dans son communiqué. L'opération resterait par ailleurs soumise aux autorisations réglementaires, notamment au titre du contrôle des investissements étrangers et du droit de la concurrence.

## Des fondamentaux en forte progression

Exail aborde ces discussions en position de force. Pour l'exercice 2025, publié le 18 mars 2026, le chiffre d'affaires a progressé de 28,3 %, à **479 millions d'euros** contre 373 millions un an plus tôt. Les prises de commandes ont atteint un niveau record de 844 millions d'euros, en hausse de 87 %, portant le carnet de commandes à 1,07 milliard d'euros fin décembre, soit une progression de 52 % sur un an. Le groupe a renoué avec un résultat net positif de 3 millions d'euros, après une perte de 4 millions en 2024.

Cette trajectoire reflète la vague de réarmement qui traverse l'Europe. Les marines européennes investissent massivement dans la guerre des mines et les systèmes autonomes, segments sur lesquels Exail occupe une position de référence. Le groupe revendique une part importante de son activité à l'export, ce qui ajoute à sa valeur stratégique pour un acquéreur cherchant à consolider une filière souveraine.

## Perspectives d'experts : un prix qui divise

Les analystes saluent la logique industrielle, mais s'interrogent sur le prix et sur les risques réglementaires. Chez AlphaValue, Saïma Hussain juge la rationalité « convaincante » : l'acquisition « renforcerait la position de Safran dans les systèmes de navigation et les systèmes autonomes haut de gamme, élargirait son offre de défense navale et sécuriserait des technologies dont le développement interne demanderait plusieurs années ». L'analyste relève toutefois une valorisation tendue, avec un multiple de résultat de l'ordre de 63 fois le bénéfice par action attendu en 2026, estimé à 2,05 euros.

> « Cette nouvelle soulève plus de questions qu'elle n'en résout », estime Julien Thomas, analyste chez TP ICAP Midcap, qui se dit « perplexe » face à l'annonce.

Pour TP ICAP Midcap, la prime offerte aux actionnaires minoritaires apparaît modeste rapportée au cours moyen des douze derniers mois, ce qui pourrait imposer un relèvement de l'offre. Le bureau d'études, qui vise 135 euros par action, pointe aussi des risques au regard du droit de la concurrence sur la navigation inertielle destinée aux sous-marins et à la Marine nationale. De son côté, Stifel anticipe une croissance annuelle des revenus d'environ 21 % jusqu'en 2030, qui porterait le chiffre d'affaires d'Exail vers 1,2 milliard d'euros.

## Implications pour les investisseurs

Pour les épargnants exposés aux valeurs de défense, l'opération illustre la dynamique de consolidation du secteur. Safran cible une marge opérationnelle de 15 % dans la défense et l'équipement spatial à l'horizon 2028, contre 12,7 % en 2025, et cette acquisition s'inscrit dans une série de mouvements destinés à muscler son portefeuille technologique. Le repli de 3,2 % du titre Safran traduit les interrogations du marché sur le prix payé et sur la dilution potentielle, un signal classique lors d'une acquisition jugée chère par une partie des investisseurs.

Pour les détenteurs d'actions Exail, le scénario d'une offre publique obligatoire ouvre une fenêtre de liquidité à un cours nettement supérieur à celui des semaines précédentes. La question du relèvement éventuel du prix, soulevée par plusieurs analystes, reste néanmoins ouverte tant que les modalités définitives de l'offre ne sont pas arrêtées.

## Ce qu'il faut surveiller

Trois jalons rythmeront les prochaines semaines : l'issue des négociations exclusives entre Safran et la famille Gorgé, le prix définitif de l'offre publique obligatoire adressée aux minoritaires, et l'examen du dossier par les autorités de la concurrence et de contrôle des investissements. Le marché surveillera également la réaction de Thales, cité par certains analystes comme un acteur dont le rapprochement avec Exail offrirait des synergies dans la lutte sous-marine via Naval Group. La concrétisation de l'opération confirmerait la place de Safran parmi les champions européens des systèmes autonomes de défense.
