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title: "Restauration traditionnelle : 997 défaillances au deuxième trimestre, l'activité la plus touchée de France"
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description: "Étude Altares : 997 défaillances en restauration traditionnelle au T2 2026, l'hébergement bondit de 41,5 %. Ce que cela change pour la couverture des CHR."
keywords: [défaillances restauration 2026, Altares deuxième trimestre 2026, assurance hôtellerie restauration, "perte d'exploitation restaurant", multirisque professionnelle CHR, liquidation judiciaire restaurant, règle proportionnelle L121-5, GHR moratoire charges 2027, "surprime catastrophes naturelles 20 %", sinistralité entreprises France Assureurs]
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canonical: "https://www.france-epargne.fr/news/restauration-traditionnelle-997-defaillances-au-deuxieme-trimestre-lactivite-la-plus-touchee-de-fran"
author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-08-10T09:06:50.380Z"
updatedAt: "2026-08-10T09:06:50.405Z"
readingTimeMinutes: 7
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# Restauration traditionnelle : 997 défaillances au deuxième trimestre, l'activité la plus touchée de France

> Selon l'étude Altares du 16 juillet 2026, la restauration à table concentre 997 procédures collectives au deuxième trimestre, en hausse de 6,4 %. L'hébergement décroche de 41,5 %. Deux tiers des dossiers partent en liquidation directe, sans phase de redressement.

La restauration traditionnelle est devenue, au deuxième trimestre 2026, l'activité la plus touchée par les procédures collectives en France, toutes branches confondues. L'étude publiée le 16 juillet 2026 par le cabinet Altares recense 997 procédures ouvertes sur ce seul segment, en progression de 6,4 % sur un an. Aucun autre code d'activité ne fait pire en volume.

Le chiffre s'inscrit dans un mouvement plus large. Sur l'ensemble du trimestre, 17 486 procédures collectives ont été ouvertes en France, soit 5,4 % de plus qu'un an plus tôt, portant le cumul depuis janvier à 37 700 entreprises. Les emplois menacés sur le trimestre s'établissent à 58 830 salariés, en repli de 9,5 %, signe que la vague frappe surtout des structures de très petite taille.

## Un secteur qui décroche plus vite que l'économie

L'ensemble café, hôtel, restaurant totalise 2 390 défaillances au deuxième trimestre, en hausse de 9,5 % sur un an, soit près du double du rythme national. La restauration en concentre l'essentiel avec 1 969 procédures, en progression de 9,9 %.

Le détail par segment révèle des trajectoires très différentes. La restauration rapide se dégrade plus vite que la restauration à table, avec 907 procédures et une hausse de 13,9 %. Les débits de boissons font exception et reculent de 2,7 %, à 288 dossiers. L'hébergement enregistre la détérioration la plus brutale : 133 procédures ouvertes, en hausse de 41,5 % sur un an.

Cette bascule mérite d'être soulignée car elle inverse la lecture du début d'année. Au premier trimestre 2026, la restauration à table reculait encore de 2,5 % à 1 071 procédures, tandis que la restauration rapide progressait modérément de 2,4 % à 952 dossiers. Le deuxième trimestre a renversé les positions.

## Deux tiers de liquidations directes

La nature des procédures compte autant que leur nombre. Dans le secteur, environ deux tiers des dossiers ouverts sont des liquidations judiciaires directes, sans passage par une phase de redressement. À l'échelle nationale, Altares comptabilise 11 591 liquidations judiciaires sur le trimestre, soit 66,3 % du total, contre 5 546 redressements et 349 sauvegardes.

La liquidation directe signale que le tribunal juge le rétablissement impossible dès l'ouverture. La trésorerie est déjà épuisée quand le dossier arrive devant le juge, et l'entreprise n'a plus les moyens de financer une période d'observation. Les entreprises de moins de trois ans sont particulièrement exposées : 2 248 procédures les concernent sur le trimestre, en hausse de 12,7 %, avec un taux de liquidation immédiate supérieur à 75 %.

Les très petites structures portent l'essentiel de la charge. Les entreprises de moins de trois salariés totalisent 13 185 défaillances, soit 75 % du total national, en progression de 8,3 %. Les établissements de 3 à 19 salariés reculent au contraire de 3,3 %.

## Ce que dit la profession

Le Groupement des Hôtelleries et Restaurations de France a saisi le gouvernement le 22 juillet 2026. Dans un courrier adressé au Premier ministre et au ministre de l'Économie, sa présidente Catherine Quérard demande un moratoire sur toute nouvelle charge fiscale, sociale ou réglementaire pesant sur les hôtels, cafés et restaurants en 2027.

> « Cette succession de chiffres ne traduit pas une difficulté passagère. Elle révèle une fragilisation profonde du tissu économique de l'hôtellerie-restauration », écrit Catherine Quérard, présidente du GHR.

L'organisation professionnelle décrit un enchaînement mécanique : « Dans ces conditions, les marges se réduisent, les trésoreries s'épuisent et un nombre croissant d'établissements ne parvient plus à absorber le moindre surcoût. » Le GHR chiffre à 5 815 euros le surcoût annuel minimal pour un restaurant employant cinq salariés au SMIC, dont 2 580 euros liés au gel des allègements.

Une lecture différente circule chez les analystes sectoriels. La hausse des procédures traduit aussi un rattrapage : le nombre de défaillances était artificiellement comprimé pendant la période des aides publiques, et le niveau actuel dépasse d'environ 40 % la moyenne trimestrielle observée avant 2020. Une partie du mouvement corrige donc une anomalie statistique plutôt qu'elle ne signale un effondrement inédit. Altares anticipe 34 000 à 35 000 nouvelles procédures pour le second semestre 2026.

## Le coût de l'arrêt, angle mort des contrats

Pour les exploitants encore en activité, ces chiffres déplacent la question de la couverture. Un établissement de restauration vit d'un flux quotidien : la recette cesse le jour de la fermeture, alors que le loyer, les salaires et les échéances d'emprunt continuent de courir. C'est cet écart, et non le sinistre matériel lui-même, qui décide de la réouverture.

La garantie perte d'exploitation répond précisément à ce décalage en reconstituant la marge brute et en finançant les charges fixes pendant la période de fermeture. Elle ne se souscrit pas isolément et s'adosse à un contrat de dommages aux biens, le plus souvent une multirisque professionnelle. Sa limite tient à son déclenchement : sans dommage matériel aux biens assurés, la garantie classique reste inactive, même quand l'activité s'arrête réellement.

Le profil de risque du secteur explique la structure de ces contrats. Les dégâts des eaux représentent environ 31 % des sinistres déclarés, devant les incendies et les vols à 20 %, puis les intoxications alimentaires à 15 %, ces dernières ouvrant souvent des procédures longues. Les installations de friture font l'objet d'un traitement tarifaire spécifique, avec un coefficient majoré, et les contrats subordonnent fréquemment la garantie incendie au dégraissage régulier des conduits, justificatifs à l'appui. [L'assurance hôtellerie-restauration](https://www.france-epargne.fr/products/assurances-professionnelles/assurance-hotellerie-restauration) combine ainsi responsabilité civile professionnelle, dommages aux biens et perte d'exploitation dans une architecture propre au métier.

## La sous-déclaration, un risque juridique documenté

Un second écueil pèse sur l'indemnisation, indépendant du niveau de prime. L'article L121-5 du Code des assurances, en vigueur depuis le 21 juillet 1976, dispose que « s'il résulte des estimations que la valeur de la chose assurée excède au jour du sinistre la somme garantie, l'assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent, et supporte, en conséquence, une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire ».

Cette règle proportionnelle de capitaux s'applique de plein droit, sauf clause contraire, et la bonne foi de l'assuré n'entre pas en compte. Un exploitant qui déclare 200 000 euros de chiffre d'affaires alors que son activité atteint 350 000 euros voit son indemnité réduite dans la même proportion, soit environ 43 % de moins. Dans un secteur où les volumes ont fortement bougé depuis 2022, l'écart entre les capitaux déclarés à la souscription et l'activité réelle constitue une exposition rarement mesurée.

## Un marché assurantiel sous tension

Le contexte tarifaire n'allège pas la contrainte. Les primes des contrats multirisques professionnels progressent d'environ 6 à 7 % en 2026 selon les études de marché, sous l'effet conjugué de l'inflation des coûts de reconstruction et du relèvement du taux de la surprime catastrophes naturelles, porté de 12 % à 20 % au 1er janvier 2025 sur les contrats couvrant les dommages aux biens.

Du côté des assureurs, France Assureurs relevait en mars 2026 que la sinistralité des risques professionnels et d'entreprise était restée en 2025 supérieure de 25 % à la moyenne des dix dernières années, faisant de cet exercice le deuxième plus coûteux des vingt dernières années. La charge des sinistres graves a atteint 935 millions d'euros.

Le risque numérique s'ajoute à cette équation. Le secteur manipule des données de paiement, des pièces d'identité et des fichiers de fidélité, ce qui en fait une cible régulière. Les garanties cyber des contrats professionnels classiques restent souvent limitées ou exclues, et relèvent d'une extension distincte.

## Ce qu'il faut surveiller

Trois échéances structureront la fin d'année. La publication des chiffres Altares du troisième trimestre, attendue en octobre, dira si la bascule observée entre avril et juin se confirme ou relève d'un effet de saison. Les arbitrages du projet de loi de finances pour 2027 trancheront la demande de moratoire portée par le GHR. Le renouvellement des contrats au 1er janvier donnera enfin la mesure réelle des hausses tarifaires appliquées au secteur, au delà des moyennes de marché.

Pour les exploitants, la vérification utile porte moins sur le montant de la prime que sur trois paramètres du contrat : la cohérence entre le chiffre d'affaires déclaré et l'activité constatée, la durée de la période d'indemnisation retenue en perte d'exploitation, et la liste précise des événements déclencheurs. Ce sont ces clauses, et non le tarif, qui déterminent si une fermeture de plusieurs semaines se solde par une réouverture ou par une inscription de plus dans les statistiques du trimestre suivant.
