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title: "Recordati : CVC et GBL lancent une OPA de 10,7 milliards d'euros pour retirer le laboratoire italien de la Bourse"
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description: "CVC et GBL déposent une OPA à 51,29 euros par action sur Recordati, valorisant le laboratoire italien à 10,7 milliards d'euros, en vue d'un délistage."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-05-22T10:45:54.570Z"
updatedAt: "2026-05-22T10:45:54.585Z"
readingTimeMinutes: 8
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# Recordati : CVC et GBL lancent une OPA de 10,7 milliards d'euros pour retirer le laboratoire italien de la Bourse

> Le consortium formé par CVC Capital Partners et Groupe Bruxelles Lambert a déposé ce vendredi 22 mai une OPA totalitaire à 51,29 euros par action sur Recordati, valorisant le groupe pharmaceutique italien à 10,7 milliards d'euros.

Le consortium d'investisseurs constitué par **CVC Capital Partners** et **Groupe Bruxelles Lambert (GBL)** a officiellement lancé, vendredi 22 mai 2026, une offre publique d'achat volontaire et totalitaire sur le capital du laboratoire pharmaceutique italien Recordati. Le prix proposé s'établit à 51,29 euros par action, soit une valorisation globale d'environ 10,73 milliards d'euros pour les 209 125 156 titres composant le capital du groupe milanais. Objectif annoncé : retirer Recordati de la cote d'Euronext Milan d'ici la fin de l'année.

L'opération sera portée par _Respighi BidCo_, véhicule italien créé le 11 mai 2026 et détenu à parité par CVC Fund IX et GBL. Elle se déploiera en deux temps : versement initial de 51,29 euros par titre, complété par un détachement de coupon de 0,71 euro versé le 20 mai, ce qui ramène la valeur globale offerte aux actionnaires à 52,00 euros par action, dividende inclus.

## Une prime contenue après un parcours boursier déjà soutenu

Selon le communiqué officiel du consortium, le prix de 51,29 euros représente une prime de 12,89 % par rapport au cours de clôture du 25 mars 2026, dernière séance avant que la rumeur d'un projet de rachat ne fasse réagir le titre. La prime apparaît plus modeste sur les périodes plus longues : 9,9 % par rapport à la moyenne pondérée sur trois mois, 6,56 % sur six mois et seulement 3,29 % sur douze mois.

Cette modération reflète la trajectoire haussière du titre depuis l'été 2025, portée notamment par la division Maladies rares. L'action Recordati avait été suspendue le 26 mars pour volatilité excessive après une hausse de 9 %, le titre atteignant alors 50,45 euros. Les analystes de RBC Capital Markets fixaient un objectif de cours moyen à douze mois autour de 59,13 euros avant l'opération, sur la base d'une recommandation à l'achat partagée par sept analystes sur sept.

## Un consortium élargi de fonds souverains et institutionnels

CVC et GBL n'agissent pas seuls. Le tour de table assemblé pour financer la part en fonds propres, estimée entre 5,5 et 6 milliards d'euros, intègre plusieurs poids lourds de l'investissement institutionnel : Luxinva (filiale de l'Abu Dhabi Investment Authority), CPP Investment Board, PSP Europe, ainsi que les véhicules StepStone, AlpInvest, MGG Strategic et CapSol. Le financement repose sur une structure mixte combinant capitaux propres et dette bancaire, des engagements ayant déjà été obtenus auprès des banques et fonds de crédit avant le dépôt de l'offre.

Du côté de GBL, l'opération mobilise environ 10 % de l'actif net réévalué du holding belge, qui s'élevait à 13,3 milliards d'euros au 31 mars 2026. _Carmen André_, administratrice de Rossini, la structure de contrôle détenant 46,82 % de Recordati pour le compte de CVC Fund VII, qualifie l'offre de « meilleure option disponible » pour monétiser la participation à « une valorisation attractive, immédiate et certaine ». GBL la présente comme son plus important investissement à ce jour dans la santé, après les participations Affidea, Sanoptis et Rayner.

## L'engagement irrévocable de l'actionnaire de contrôle

Rossini s'est engagée de manière irrévocable à apporter l'intégralité de ses 97 912 463 actions à l'offre, dans un délai de cinq jours ouvrés à compter de son lancement officiel. Cette assurance procure au consortium un socle de 46,82 % du capital dès le démarrage de la procédure, ce qui sécurise une part importante du chemin vers le seuil d'acceptation conditionnant la réalisation de l'opération.

Andrea Recordati, président du groupe et représentant la quatrième génération de la famille fondatrice, participera à l'opération via Arisca S.r.l., un véhicule détenant une participation minoritaire et sans droit de vote dans la structure de contrôle de BidCo. Cette configuration permet d'associer la famille fondatrice au projet de développement sous capital privé tout en confiant la gouvernance opérationnelle au consortium financier.

## Les conditions à remplir avant le débouclage

La réussite de l'OPA reste soumise à plusieurs conditions cumulatives. Le consortium exige un taux d'acceptation minimal de 66,67 % du capital, seuil permettant de procéder ensuite à un retrait obligatoire (squeeze-out) des actionnaires minoritaires restants. L'opération doit également franchir une série d'autorisations réglementaires : feu vert des autorités antitrust dans les juridictions concernées, validation au titre du contrôle des investissements étrangers (FDI), ainsi que sous le règlement européen sur les subventions étrangères (FSR).

Le document d'offre doit encore être approuvé par la Consob, l'autorité italienne des marchés financiers, en application de l'article 102 du décret législatif n° 58/1998 et de l'article 37 du règlement Consob n° 11971/1999. Si le seuil de 90 % nécessaire au retrait obligatoire n'est pas atteint à l'issue de la période d'acceptation, le consortium prévoit d'absorber Recordati au sein de BidCo par voie de fusion, mécanisme qui permettrait d'aboutir au délistage malgré tout. La clôture de l'opération est attendue au quatrième trimestre 2026.

## Une équipe de conseils étoffée

Le consortium s'est entouré d'un dispositif de conseils particulièrement complet. Sur le plan financier, CVC est accompagné par Goldman Sachs, Jefferies, J.P. Morgan, Mediobanca et Deutsche Bank, tandis que GBL fait appel à Morgan Stanley. Les cabinets PedersoliGattai et Latham & Watkins assurent le conseil juridique, FRM et EY interviennent sur les questions fiscales. Rossini est conseillée par White & Case sur les volets juridiques, et le conseil d'administration de Recordati s'est attaché les services de Lazard pour évaluer l'offre.

## Recordati, un actif convoité au sommet de sa trajectoire

Le timing de l'opération coïncide avec l'année du centenaire de Recordati, fondée en 1926 à Correggio par Giovanni Recordati. Le groupe milanais emploie aujourd'hui environ 4 580 collaborateurs et commercialise ses produits dans plus de 150 pays. Son chiffre d'affaires 2025 s'est élevé à 2 618,4 millions d'euros, en progression de 11,8 % par rapport à l'exercice précédent. Le résultat net ajusté a bondi de 14,5 % sur la même période.

La division Maladies rares constitue désormais le moteur de croissance principal du groupe et devrait représenter près de 50 % du chiffre d'affaires total en 2026. Le médicament phare Isturisa (osilodrostat), indiqué dans le syndrome de Cushing, a vu ses ventes progresser de 22,5 % à 394 millions d'euros en 2025, avec une estimation de pic de ventes désormais portée à plus de 1,2 milliard d'euros après l'élargissement de son indication aux États-Unis. Recordati a également renforcé son portefeuille via le rachat des droits du Vazkepa en Europe et l'acquisition du sutimlimab auprès de Sanofi pour 825 millions de dollars, ainsi qu'un partenariat avec Moderna sur la thérapie à ARN messager mRNA-3927 dans l'acidémie propionique.

## La logique d'un retrait de la cote

Pour CVC, ce nouveau chapitre prolonge une histoire entamée en 2018, quand le fonds avait pris le contrôle de Recordati pour environ 3 milliards d'euros. Le passage en capital fermé doit permettre, selon les arguments avancés par le consortium, des investissements de R&D plus lourds, des acquisitions à des multiples plus élevés et une intensification du développement dans les maladies rares, à l'abri du calendrier trimestriel imposé aux sociétés cotées.

Cette logique s'inscrit dans une tendance plus large de retraits d'entreprises pharmaceutiques familiales européennes par des fonds de capital investissement. La transaction figure parmi les plus importants leveraged buyouts annoncés en Europe ces dernières années, avec un ticket en fonds propres situé entre 5,5 et 6 milliards d'euros qui rappelle les opérations de référence du secteur. Bloomberg a notamment évoqué l'examen par CVC de cessions d'actifs non stratégiques après la prise de contrôle, sans que la composition exacte du périmètre potentiellement concerné ne soit confirmée.

## Ce que l'OPA change pour les actionnaires de Recordati

Pour les détenteurs minoritaires de Recordati, l'OPA propose une sortie en numéraire à 51,29 euros par titre, à comparer à un objectif de cours moyen des analystes encore supérieur de plus de 15 % avant l'annonce. Le calendrier sera fixé une fois le document d'offre approuvé par la Consob, qui définira la durée précise de la période d'adhésion. Les minoritaires qui n'apporteraient pas leurs titres pourraient ensuite faire l'objet d'un retrait obligatoire si le seuil de 90 % est atteint, ou de la fusion absorption prévue à défaut.

## Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines

-   L'avis du conseil d'administration de Recordati, qui s'appuiera sur l'analyse de Lazard pour se prononcer sur le caractère équitable du prix.
-   Le calendrier d'approbation du document d'offre par la Consob, déterminant pour la durée de la période d'adhésion.
-   Les décisions des autorités de la concurrence européennes et nationales, ainsi que les avis FDI et FSR.
-   L'évolution éventuelle du prix : un relèvement reste possible si la mobilisation des minoritaires apparaît insuffisante pour atteindre 66,67 %.
-   Les signaux donnés par CVC et GBL sur d'éventuelles cessions d'activités non stratégiques après le délistage.

## Conclusion

Avec une offre de 10,7 milliards d'euros à 51,29 euros par action, le tandem CVC GBL signe l'un des plus gros retraits de cote européens du secteur pharmaceutique de cette décennie. L'engagement irrévocable de Rossini, la participation d'Andrea Recordati au véhicule de contrôle et la solidité du tour de table institutionnel donnent au consortium un avantage tactique évident. Reste à convaincre les minoritaires que la prime de 12,89 % suffit, dans un titre dont la dynamique opérationnelle, portée par les maladies rares, reste soutenue à l'horizon 2026.
