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title: "Réassurance : les tarifs baissent avant Monte-Carlo, l'assurance habitation grimpe de 13 %"
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description: "Capital de réassurance record avant Monte-Carlo et tarifs en repli de 15 % à 20 % en France, mais la prime habitation moyenne grimpe à 310 euros par an."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-09-04T18:14:58.842Z"
updatedAt: "2026-09-04T18:14:58.882Z"
readingTimeMinutes: 10
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# Réassurance : les tarifs baissent avant Monte-Carlo, l'assurance habitation grimpe de 13 %

> Le Rendez-Vous de Septembre s'ouvre le 5 septembre 2026 sur un capital de réassurance record et un ratio combiné au plus bas depuis dix ans. Les tarifs ont reculé de 15 % à 20 % en France au 1er janvier, sans effet sur la prime habitation moyenne, passée de 274 à 310 euros.

Les professionnels de la réassurance ouvrent samedi 5 septembre 2026 la 68e édition du Rendez-Vous de Septembre, au Fairmont Monte-Carlo. Ce premier tour de négociation avant les renouvellements du 1er janvier s'ouvre sur une configuration inhabituelle : le secteur n'a jamais disposé d'autant de capital, ses résultats semestriels frôlent les records, et ses prix reculent pour la deuxième année consécutive. Pour les assureurs français qui achètent cette couverture, la détente est réelle. Pour les ménages qui paient une prime d'assurance habitation, elle reste invisible.

## Un capital abondant, trois mesures différentes

Les chiffres publiés cette semaine convergent sur le constat, pas sur le thermomètre. Le courtier Gallagher Re, dans son rapport semestriel diffusé le 1er septembre 2026, évalue le capital dédié à la réassurance à **688 milliards de dollars** à fin juin, en hausse de 5 % sur six mois. Le capital traditionnel atteint 541 milliards (+4 %) et le capital alternatif non vie 147 milliards (+9 %, soit 17 % en rythme annualisé).

Aon, dans son étude publiée le 4 septembre 2026, retient un périmètre plus large et chiffre le capital total de réassurance à **800 milliards de dollars** à la mi 2026, dont 144,5 milliards apportés par des capitaux tiers, un plus haut historique. AM Best, de son côté, projette 705 milliards de dollars pour l'ensemble de 2026, dont 575 milliards de capital traditionnel et 130 milliards de capital tiers. Trois méthodologies, trois agrégats : la comparaison d'une année sur l'autre au sein d'une même source reste plus fiable que la comparaison entre sources.

Le point commun est la trajectoire du capital alternatif, ces obligations catastrophes et véhicules assimilés qui court circuitent les bilans des réassureurs traditionnels. Gallagher Re relève que ce compartiment déborde désormais de son terrain historique, le risque naturel, pour pénétrer des branches longues comme la responsabilité civile.

## Une année climatique clémente a gonflé les résultats

La rentabilité de la période doit beaucoup à la météo. Gallagher Re estime les sinistres naturels assurés du premier semestre 2026 à **46 milliards de dollars au minimum**, contre 84 milliards un an plus tôt. Ce niveau se situe 28 % sous la moyenne décennale (64 milliards) et 45 % sous la moyenne des cinq dernières années (82 milliards). Le semestre n'a compté que 11 événements dépassant le milliard de dollars de dommages assurés, contre 16 en moyenne sur dix ans, la plus faible fréquence depuis 2017. Les États Unis ont concentré plus des trois quarts du total.

Résultat : le ratio combiné non actualisé de l'échantillon suivi par Gallagher Re, qui regroupe les quatre grands réassureurs européens et les principaux acteurs bermudiens, tombe à **85,8 %**, un plus bas historique, contre 92,1 % au premier semestre 2025. La rentabilité des capitaux propres publiée ressort à 19,9 %, deuxième meilleur semestre de la décennie. Gallagher Re a relevé sa prévision pour l'ensemble de 2026 à une fourchette de 16,5 % à 17,5 %, contre 14 % à 15 % précédemment, très au dessus d'un coût des fonds propres implicite estimé à 11,4 %.

> « The first half of 2026 demonstrates that the reinsurance industry remains in a position of exceptional financial strength », résume Michael van Wegen, responsable international du conseil stratégique de Gallagher Re.

Le français SCOR illustre la séquence. Le réassureur a publié un résultat net de **397 millions d'euros** au premier semestre 2026, dont 171 millions au deuxième trimestre, un ratio combiné dommages de 79,5 % sur le trimestre et un ratio de solvabilité estimé à 220 % à fin juin, en progression de cinq points par rapport à fin 2025. Sa rentabilité annualisée des fonds propres atteint 18,5 % sur le semestre.

## Ce que la performance publiée dissimule

Retraité de la sinistralité exceptionnelle, le tableau se dégrade. Gallagher Re calcule une rentabilité sous jacente de 13,8 %, contre 15,3 % un an plus tôt et 15,7 % au pic de 2024. Le ratio combiné sous jacent se détériore de 0,9 point, à 94,2 %. Surtout, les primes reculent : les revenus de réassurance dommages de l'échantillon chutent de **6,1 %** au premier semestre, après une progression de 2,9 % un an plus tôt. En monnaie locale, la contraction atteint 5,1 % chez SCOR, 10,3 % chez Hannover Re et 12,0 % chez Munich Re.

Les agences de notation ont pris acte. S&P Global Ratings, dans son étude sectorielle publiée le 2 septembre 2026 sous le titre _Global Reinsurance Sector View 2026: Reinsurers Face Balancing Act_, maintient une vue stable mais anticipe une dégradation du ratio combiné du secteur vers 92 % à 95 % en 2026, puis 94 % à 97 % en 2027, avec une rentabilité ramenée à une fourchette de 10 % à 13 % l'an prochain. « Abundant capacity and lower than expected catastrophe losses in recent years suggest that reinsurance pricing will remain under pressure through 2027 », écrit l'agence, qui prévoit une compression des marges techniques de deux à quatre points.

Fitch Ratings maintient de son côté une perspective sectorielle « deteriorating » pour 2027, en jugeant que la baisse des prix entamée mi 2024 se répercutera plus complètement dans les comptes l'an prochain. Moody's conserve une perspective stable, tout en relevant que les tarifs des couvertures catastrophes ont reculé de plus de 20 % en dix huit mois.

## En France, des baisses de 15 % à 20 % sur la ligne dommages

La transmission au marché français est déjà documentée. Au 1er janvier 2026, selon le rapport de renouvellement du courtier Howden, les tarifs ajustés au risque de la ligne property catastrophes ont reculé de 14,7 % en moyenne dans le monde, le repli le plus marqué depuis plus d'une décennie. En France, où cette ligne couvre pour l'essentiel la tempête et la grêle, les baisses se sont situées le plus souvent entre 15 % et 20 %, un mouvement plus prononcé que chez plusieurs voisins européens.

> « La réassurance alternative ne cesse de se développer, et notamment les obligations catastrophes qui tendent maintenant vers 20 % de la capacité mondiale de la réassurance », analyse Pierre Lacoste, directeur réassurance groupe chez Groupama. « Les réassureurs ont accepté ces baisses compte tenu de leurs excellents résultats sur les trois dernières années et parce qu'ils sont concurrencés par d'autres types de fournisseurs de capacités. »

La détente reste partielle. Elle ne touche pas la réassurance automobile, dont les prix n'ont pas reculé en France. Elle est en partie neutralisée par la hausse du coût des couvertures catastrophes naturelles auprès de la Caisse centrale de réassurance. Et elle part de très haut : selon Pierre Lacoste, les tarifs demeurent environ 35 % supérieurs à ceux de 2022, tandis que les rétentions des assureurs restent 50 % plus élevées qu'à cette date.

## Pourquoi la facture des assurés monte quand même

C'est le point qui intéresse directement les ménages. Le prix moyen d'un contrat d'assurance habitation atteint **310 euros par an** selon le baromètre publié en juillet 2026 par Assurland, construit sur 7 580 devis restitués entre le 1er janvier et le 1er mai 2026. Un an plus tôt, la moyenne s'établissait à 274 euros. La hausse ressort à 13 %, soit 36 euros. Les écarts régionaux se creusent : 361 euros en Corse, 346 euros en Occitanie, 332 euros en Nouvelle-Aquitaine, contre 244 euros en Bretagne. Une maison coûte 422 euros à assurer, un appartement 200 euros.

Trois mécanismes expliquent cette divergence avec la réassurance.

-   **Les rétentions.** Les seuils à partir desquels la réassurance intervient ont été relevés en 2023 et n'ont pas été redescendus. L'échantillon Gallagher Re n'a absorbé que 3,8 % des sinistres naturels assurés mondiaux au premier semestre 2026, contre 6,6 % un an plus tôt. La sinistralité petite et moyenne reste sur les bilans des assureurs directs.
-   **La surprime catastrophes naturelles.** Fixée par l'arrêté du 22 décembre 2023, elle est passée le 1er janvier 2025 de 12 % à 20 % de la prime dommages pour les contrats habitation et professionnels, et de 6 % à 9 % des primes vol et incendie pour l'automobile. Cette composante, versée au régime géré avec la CCR, est indépendante du cycle de la réassurance privée.
-   **Le coût des réparations.** Assurland relève une progression de 12,3 % des coûts de réparation entre fin 2021 et fin 2025, dont 27,9 % pour la charpente. Les dégâts des eaux représentent 44 % des sinistres déclarés et près de 30 % du coût d'indemnisation.

> « Même si la réassurance coûte un peu moins cher, les assureurs supportent toujours une charge de risque plus élevée qu'auparavant, rendant improbable, à court terme, un bénéfice tangible pour les assurés », estime Benjamin Serra, senior vice président chez Moody's Ratings.

Pierre Lacoste n'anticipe pas non plus d'impact direct pour la grande majorité des clients, à l'exception du haut de segment, les grands risques d'entreprise.

## Le point de rupture se jouera au 1er janvier

La question ouverte à Monte-Carlo porte sur la profondeur du prochain cycle. Deux camps s'expriment. Chez Aon, Alfonso Valera, directeur général international de l'activité réassurance, souligne que « today's reinsurance market gives insurers more options than they have had in years ». Mike Van Slooten, responsable de l'analyse de marché chez Aon Reinsurance Solutions, attend une nouvelle baisse des prix dommages au 1er janvier, mais d'ampleur inférieure à celle de 2026, et prévient : « I'm not expecting the reinsurers just to roll over. »

Chez AM Best, Dan Hofmeister, directeur associé, situe le marché près d'un point d'inflexion : « You have two years in a row now where there's been double digit decreases. So I think it's hard to imagine another third year double digit decrease and it not be close at least to that breaking point. »

Les tests de résistance de Gallagher Re donnent la mesure du coussin disponible. Il faudrait un sinistre assuré de 50 à 75 milliards de dollars pour le secteur, en plus d'une sinistralité normale au second semestre, pour ramener la rentabilité 2026 au niveau du coût des fonds propres. Il en faudrait plus de 150 milliards pour effacer le capital excédentaire et ramener le ratio primes sur capital à son niveau de 2023.

## Ce que les épargnants peuvent en tirer

Trois lectures se dégagent. Pour l'assuré, la baisse des prix de gros ne se répercutera pas sur la prime habitation ou automobile à court terme : la mise en concurrence des contrats et l'ajustement des franchises restent les seuls leviers immédiats. Pour l'actionnaire, la séquence est celle d'un pic de résultats déjà atteint, avec des primes en repli de 6,1 % et une rentabilité sous jacente en recul de 1,5 point, ce qui invite à distinguer la performance publiée de la performance récurrente. Pour l'investisseur en obligations catastrophes, la baisse des tarifs se traduit mécaniquement par une compression du rendement offert, dans un compartiment qui représente désormais près d'un cinquième de la capacité mondiale.

La réponse viendra des renouvellements du 1er janvier 2027, dont les termes se dessineront cette semaine sur le Rocher.

## Sources

-   Gallagher Re, _Reinsurance Market Report, Results for Half Year 2026_, septembre 2026
-   S&P Global Ratings, _Global Reinsurance Sector View 2026: Reinsurers Face Balancing Act_, 2 septembre 2026
-   Aon, _Reinsurance Market Dynamics_, 4 septembre 2026
-   SCOR, communiqué de résultats du deuxième trimestre 2026, 30 juillet 2026
-   Caisse centrale de réassurance, régime d'indemnisation des catastrophes naturelles
-   Assurland, baromètre de l'assurance habitation, juillet 2026
-   L'Argus de l'assurance, Royal Gazette, Insurance Journal, Reinsurance News, Insurance Business
