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title: "Raffinerie Dangote : la plus grande introduction en bourse d'Afrique porte sur 3,3 % du capital"
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description: "Dangote ouvre la plus grande introduction en bourse d'Afrique : 3,30 % du capital, 65 220 milliards de nairas de valorisation, l'Europe déjà cliente."
keywords: [introduction en bourse Dangote, raffinerie Dangote, Nigerian Exchange, IPO Afrique, valorisation raffinerie, carburéacteur Europe, marchés émergents, raffinage pétrolier, "détroit d'Ormuz", actions nigérianes]
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-09-15T06:14:21.815Z"
updatedAt: "2026-09-15T06:14:21.853Z"
readingTimeMinutes: 7
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# Raffinerie Dangote : la plus grande introduction en bourse d'Afrique porte sur 3,3 % du capital

> La Nigerian Exchange a ouvert le 14 septembre la souscription de la plus grande introduction en bourse jamais tentée en Afrique. Dangote vise 2 150 milliards de nairas mais ne cède que 3,30 % du capital de sa raffinerie, devenue premier fournisseur de carburéacteur de l'Europe.

La **Nigerian Exchange** a ouvert le 14 septembre 2026 la souscription de l'introduction en bourse de Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals. L'offre porte sur 4,1 milliards d'actions nouvelles au prix de 525 nairas, soit environ 2 150 milliards de nairas et près de 1,6 milliard de dollars. Elle se referme le 13 octobre, pour une cotation attendue en novembre.

Le montant en fait la plus grande levée jamais tentée sur un marché africain. Le flottant, lui, reste mince. Les 4,1 milliards de titres proposés représentent 3,30 % d'un capital porté à 124,23 milliards d'actions après l'opération, la Securities and Exchange Commission nigériane ayant enregistré 120,13 milliards de titres existants aux côtés des actions nouvelles. Au prix d'offre, la raffinerie affiche une capitalisation de 65 220 milliards de nairas, près de 48 milliards de dollars.

Aliko Dangote présente l'opération comme une « IPO du peuple ». Le prospectus daté du 7 septembre 2026 précise que sa détention économique atteindra 84,34 % une fois l'offre bouclée, répartie entre trois véhicules, DORCL, DIL et Greenview, que le document invite à lire comme un seul intérêt.

## Dix actions minimum et deux titres gratuits au bout de deux ans

La souscription minimale a été fixée à dix actions, soit 5 250 nairas, environ quatre dollars. Le prospectus y ajoute un mécanisme de fidélité : tout investisseur conservant au moins dix titres pendant douze mois après l'attribution reçoit une action gratuite, puis une seconde au terme d'une nouvelle période de douze mois. Une option de surallocation autorise l'émission de 30 % de titres supplémentaires, sous réserve de l'accord du régulateur.

L'affluence du premier jour a saturé deux des quarante plateformes agréées. « Nous enregistrons un trafic bien supérieur à nos prévisions pour l'IPO Dangote et cela empêche certains utilisateurs de se connecter », a indiqué Bamboo. Cowrywise a fait état d'un « trafic plus important que d'habitude ». Le régulateur nigérian a parallèlement mis en garde le public contre des plateformes non officielles se présentant comme des canaux de souscription.

Aliko Dangote écarte l'idée d'une opération dictée par un besoin de financement. Le groupe visait 2,5 milliards de dollars, dont 1,5 milliard par l'introduction et 1 milliard par placement privé. Ce dernier a attiré près de 2,5 milliards de demandes, obligeant l'émetteur à restituer environ 1,2 milliard après allocation. « Nous avions déjà couvert tous nos besoins avec le placement privé. Revenir aujourd'hui vers l'IPO, c'est faire en sorte que le public accède à une part de ces bénéfices », a déclaré le dirigeant lors de la présentation aux investisseurs à Lagos.

## Un cinquième du carburéacteur importé par l'Europe

Selon les données du cabinet Kpler, la raffinerie a livré plus de 400 000 tonnes de carburéacteur en Europe en juillet 2026, après un record de 466 000 tonnes en juin. Sur un marché qui a importé environ 2,06 millions de tonnes en juillet, elle a représenté près de 20 % des approvisionnements et ravi aux raffineurs américains la place de premier fournisseur du continent.

Cette percée doit beaucoup à la fermeture du détroit d'Ormuz au trafic commercial normal. Les discussions entre l'Iran et les pays du Golfe sur un plan omanais de réouverture ont été reportées sine die le 13 septembre, laissant l'Europe privée de sa principale route d'approvisionnement en kérosène et en gazole. La raffinerie de Lagos a capté une partie de ce flux.

> « Au delà du carburant aviation, la raffinerie a continué d'étendre ses exportations de gazole, d'essence et d'autres produits raffinés vers l'Europe, l'Afrique et d'autres marchés internationaux », indique David Bird, directeur général de Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals.

Aliko Dangote a précisé que la production de carburéacteur était vendue pour août et septembre. L'installation, construite pour environ 19 milliards de dollars à la périphérie de Lagos, affiche une capacité nominale de 650 000 barils par jour, atteinte en février 2026, et a traité jusqu'à 700 000 barils par jour lors d'un test de performance mené par les concédants de licences. Un programme d'extension de 14,3 milliards de dollars vise 1,4 million de barils par jour à l'horizon 2029.

## La valorisation concentre les critiques

Les comptes versés au prospectus, libellés en dollars, montrent une trajectoire rapide : 6,3 milliards de chiffre d'affaires en 2024, 12,3 milliards en 2025, puis 13,9 milliards sur le seul premier semestre 2026, pour un résultat net de 1,8 milliard. Rapportée à une capitalisation de 65 220 milliards de nairas, cette rentabilité laisse plusieurs analystes nigérians sceptiques, qui situent la valeur d'équilibre à près de la moitié du prix demandé au regard des multiples pratiqués sur le raffinage mondial.

Le calibrage de l'offre suscite un second débat. « La taille de l'opération est plus réduite que ce que beaucoup anticipaient. Moins de 3 % », observe Samson Esemuede, directeur des investissements chez Zrosk. Joachim McEbong, analyste au cabinet Control Risks, conteste pour sa part le registre populaire retenu par l'émetteur : « On ne peut pas qualifier cela d'opération populaire si vous détenez encore 87 % », a confié l'analyste à Associated Press. Son estimation reste voisine des 84,34 % inscrits au prospectus.

La rémunération des actionnaires repose sur deux devises. Les revenus de la raffinerie sont largement indexés sur le dollar et l'émetteur propose de verser les dividendes dans cette devise, un argument mis en avant auprès des Nigérians ayant des charges à l'étranger. L'action, elle, reste libellée en nairas et le prospectus signale un endettement significatif ainsi qu'une exposition au risque de change. La profitabilité d'un raffineur dépend enfin de l'écart entre le coût du brut et le prix de vente des produits, une marge que rien ne garantit dans la durée.

## Ce que l'opération change pour un épargnant français

L'action Dangote ne sera pas accessible depuis un plan d'épargne en actions ni depuis la plupart des contrats d'assurance vie de droit français. Son intérêt pour un investisseur européen tient à ce qu'elle montre de la chaîne d'approvisionnement en carburants.

Un acteur unique fournit désormais un cinquième du kérosène importé par l'Europe et pousse ses volumes d'essence sur un marché atlantique déjà encombré. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole a relevé que cette montée en puissance pèserait sur le marché européen de l'essence. Pour les raffineurs du continent, dont les titres figurent dans de nombreux fonds actions européens, c'est une pression supplémentaire sur des marges déjà heurtées par le prix du brut. Pour le consommateur, elle représente une source d'approvisionnement supplémentaire alors que la disponibilité des carburants inquiète.

Le calendrier de l'opération reste par ailleurs dépendant du marché nigérian. FCMB Capital Markets agit comme établissement émetteur associé, CSL Stockbrokers comme intermédiaire de marché et First City Monument Bank comme banque réceptionnaire. Umar Kwairanga, président du groupe NGX, a salué une transaction « significative par son ampleur et son importance », qui teste la capacité d'absorption de la place de Lagos.

## Les points de contrôle des prochaines semaines

-   Le taux de souscription final au 13 octobre et l'activation ou non de l'option de surallocation de 30 %.
-   La date exacte de cotation, annoncée pour novembre, et le comportement du titre face à un flottant de 3,30 %.
-   La tenue des exportations vers l'Europe si le détroit d'Ormuz venait à rouvrir, scénario qui restaurerait la concurrence des raffineurs du Golfe.
-   Le financement du programme d'extension, chiffré à 14,3 milliards, encore non bouclé.
-   La régularité de l'outil industriel, après la réduction de charge subie par l'unité de craquage catalytique au printemps 2026.

Aliko Dangote a indiqué étudier un projet de raffinerie à Lamu, au Kenya, et estime que l'ensemble pourrait devenir la première entreprise africaine par la taille d'ici la fin de l'année. Le résultat de l'offre, connu après le 13 octobre, donnera la mesure de l'adhésion des investisseurs à cette valorisation.
