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title: "Nvidia promet 70 % de croissance en 2028, l'action bondit de 8,65 %"
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description: "Nvidia publie 96,2 milliards de dollars de revenus trimestriels et vise 70 % de croissance en 2028. L'action bondit de 8,65 %, l'Europe reste immobile."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-08-27T18:11:21.062Z"
updatedAt: "2026-08-27T18:11:21.102Z"
readingTimeMinutes: 8
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# Nvidia promet 70 % de croissance en 2028, l'action bondit de 8,65 %

> Nvidia a publié 96,2 milliards de dollars de revenus trimestriels puis annoncé 70 % de croissance attendue sur l'exercice 2028, loin devant les 44 % du consensus. L'action a gagné 8,65 % le 27 août, quand les Bourses européennes sont restées immobiles.

Nvidia a publié le 26 août 2026, après la clôture de Wall Street, des comptes très supérieurs aux attentes, puis a livré pendant la conférence téléphonique une prévision que le groupe n'avait jamais donnée auparavant : une croissance de 70 % de son chiffre d'affaires sur l'exercice 2028. Le titre a d'abord reculé dans les échanges qui ont suivi la publication, avant de bondir de **8,65 %** le lendemain, à 227,80 dollars, portant la capitalisation du groupe à 5 500 milliards de dollars.

Pour les épargnants français, l'événement dépasse le cas d'une entreprise. Le fabricant de puces est devenu la première capitalisation mondiale, et sa trajectoire influence désormais la valeur d'un ETF actions monde ou d'une unité de compte indicielle logée dans un contrat d'assurance vie, sans que le souscripteur ait jamais choisi d'y être exposé.

## Un trimestre à 96,2 milliards de dollars

Sur le trimestre clos le 26 juillet 2026, le chiffre d'affaires atteint **96,221 milliards de dollars**, en hausse de 18 % sur un trimestre et de 106 % sur un an, selon le communiqué déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC). Le consensus compilé par LSEG attendait 92,17 milliards et un bénéfice ajusté de 2,10 dollars par action.

La division centres de données concentre l'essentiel de l'activité, avec **89,0 milliards de dollars**, en progression de 117 % sur un an et de 18 % sur un trimestre. Le pôle Edge Computing, qui regroupe les cartes graphiques et les plateformes embarquées, apporte 7,2 milliards, en hausse de 27 % sur un an.

La marge brute ressort à 75,0 %, aussi bien en normes comptables américaines qu'en données ajustées. Le bénéfice net publié s'établit à 59,688 milliards de dollars, plus que doublé sur un an, soit 2,46 dollars par action diluée, contre 2,22 dollars en données ajustées. Le groupe a rendu environ 26,0 milliards de dollars à ses actionnaires sur le trimestre, sous forme de rachats d'actions et de dividendes, et conserve 99,0 milliards d'autorisation de rachat. Le prochain dividende trimestriel, de 0,25 dollar par action, sera versé le 1er octobre 2026 aux actionnaires inscrits au 10 septembre.

Pour le trimestre en cours, Nvidia vise 108,0 milliards de dollars de revenus, à 2 % près, avec une marge brute de 74,0 %. Le groupe précise n'intégrer aucun revenu de calcul pour centres de données en provenance de Chine dans cet objectif, une prudence désormais habituelle depuis les restrictions américaines à l'exportation.

## La prévision à un an qui a fait basculer la séance

L'élément décisif n'est pas venu du communiqué. Pendant la conférence téléphonique, la directrice financière Colette Kress a chiffré à 70 % la croissance attendue sur l'exercice 2028, quand les analystes tablaient en moyenne sur 44 % selon LSEG. Appliqué au consensus de 396 milliards pour l'exercice 2027, ce rythme porterait les ventes à environ 673 milliards, calcule CNBC, un niveau qui placerait Nvidia devant Apple et Alphabet et derrière le seul Amazon parmi les grands groupes technologiques américains.

Jensen Huang a présenté ce chiffre comme une contrainte industrielle plutôt qu'un plafond commercial. « Notre demande est bien supérieure à 70 %. Notre offre nous permet de livrer 70 % avec confiance, et nous allons continuer de travailler avec notre chaîne d'approvisionnement pour faire mieux », a déclaré le fondateur et directeur général lors de l'échange avec les analystes. La contrainte tient notamment à la pénurie mondiale de mémoire, elle même provoquée par la construction accélérée de centres de données.

Dans le communiqué, la formule du dirigeant est plus large. « L'IA a atteint son point d'inflexion. Elle fait un travail utile. Ses jetons sont productifs et rentables. Désormais, le calcul, c'est du chiffre d'affaires », écrit Jensen Huang, qui met en avant la montée en cadence de la plateforme Vera Rubin, en production complète chez CoreWeave, Google Cloud, Microsoft Azure, Oracle Cloud Infrastructure et Nebius.

## Le marché a hésité avant de s'emballer

La réaction s'est faite en deux temps. Dans les échanges qui ont suivi la publication du 26 août, l'action a reculé d'environ 1,5 %, les investisseurs s'inquiétant du niveau des dépenses engagées dans l'IA. La séance du 27 août a inversé le mouvement : le titre a clôturé la matinée à 227,80 dollars, contre 209,66 dollars la veille, dans une fourchette de 220,90 à 230,47 dollars, à portée de son record de 236,54 dollars sur douze mois.

L'effet d'entraînement a dépassé les semi conducteurs. Le Nasdaq Composite a gagné 1,31 %, à 26 473,24 points, contre 0,66 % pour le S&P 500 et 0,25 % pour le Dow Jones. Le fonds indiciel iShares Expanded Tech Software Sector, référence du logiciel américain, a pris 6 %, porté par deux publications concomitantes : Salesforce, en hausse de 22,03 %, a relevé son objectif annuel de chiffre d'affaires à une fourchette de 46,1 à 46,4 milliards de dollars, soit 11 % à 12 % de croissance ; CrowdStrike a bondi de 19,01 % après une prévision annuelle de 6,60 à 6,61 milliards, supérieure au consensus.

## L'Europe est restée de marbre

Le contraste avec le Vieux Continent est frappant. Paris a cédé 0,13 %, Londres 0,27 %, quand Francfort gagnait 0,26 %, Bruxelles 0,28 % et Milan 0,01 %. L'indice technologique européen a progressé de 1,2 %, la meilleure performance sectorielle du Stoxx 600, et STMicroelectronics s'est adjugé 3,20 %, mais l'effet est resté cantonné à une poignée de valeurs.

Cette divergence tient à la composition des indices. Les places européennes accordent une part réduite à la technologie et davantage au luxe, à la banque, à l'énergie et à l'industrie, et elles réagissent en priorité aux facteurs locaux, à commencer par les discussions budgétaires françaises. Un épargnant qui détient un fonds indiciel européen ne capte donc qu'une fraction du mouvement.

## Ce que les sceptiques continuent d'opposer

La publication ne clôt pas le débat sur le financement de la vague d'investissement. Nvidia a annoncé des partenariats avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR pour mobiliser plus de 500 milliards de dollars de capitaux tiers destinés à la construction d'infrastructures d'IA, sous réserve d'accords définitifs. Plusieurs investisseurs y voient une boucle où le fournisseur de puces contribue à financer ses propres clients.

Colette Kress a répondu de front. « Nous mesurons l'ampleur de ce soutien et nous savons que certains parleront de financement circulaire », a reconnu la directrice financière, avant d'ajouter : « Nous le voyons autrement. Des capitaux indépendants continuent d'évaluer chaque opération sur ses propres mérites. Nous n'accordons pas de prêts. »

L'argument ne convainc pas tout le monde. L'investisseur Michael Burry dénonce des dépenses circulaires, où les ventes de Nvidia et ses propres garanties s'alimentent mutuellement. Stacy Rasgon, analyste chez Bernstein, formule la même réserve tout en maintenant une recommandation à l'achat avec un objectif de 315 dollars. Moody's, de son côté, avertit que les grands opérateurs de cloud engagent des centaines de milliards dans les centres de données alors que leurs revenus tirés de l'IA restent incertains, ce qui les conduit à s'endetter davantage.

Une autre opération alimente la discussion sans être confirmée : selon une information de The Information reprise par CNBC, Nvidia serait proche d'un accord pour racheter la plateforme de modèles ouverts Hugging Face, fondée en 2016 à New York par trois entrepreneurs français, pour 12,9 milliards de dollars. Aucun accord signé n'a été annoncé, et ni Nvidia ni Hugging Face n'ont commenté.

## Ce que cela change pour un épargnant français

Trois enseignements se dégagent pour qui détient des unités de compte actions.

-   **La concentration est devenue le premier risque d'un fonds indiciel mondial.** Quand une seule société représente une part croissante d'un indice large, la diversification théorique du produit se réduit dans les faits.
-   **La croissance annoncée est bornée par l'offre, pas par la demande.** Le chiffre de 70 % dépend de la capacité de la chaîne d'approvisionnement, notamment en mémoire, un paramètre industriel que le marché suit mal.
-   **Un fonds européen ne répliquera pas ce mouvement.** La séance du 27 août l'a montré : l'allocation géographique pèse davantage sur la performance que la qualité des résultats publiés outre Atlantique.

## Ce qu'il faut surveiller

Le symposium de Jackson Hole, organisé du 27 au 29 août par la Réserve fédérale de Kansas City, offrira le prochain repère macroéconomique, avec le premier discours de Kevin Warsh en tant que président de la Réserve fédérale, attendu le vendredi 28 août. Le thème retenu cette année, l'innovation financière et ses conséquences sur les paiements et la politique monétaire, croise directement le débat sur le financement de l'IA.

Restent trois points de contrôle sur le dossier Nvidia : la tenue de la marge brute, attendue en repli à 74,0 % au trimestre en cours, la matérialisation effective des 500 milliards de capitaux tiers, et la levée éventuelle de la contrainte d'approvisionnement en mémoire, seule variable capable de faire passer la croissance annoncée au dessus de 70 %.
