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title: "Népal : l'assurance secours entre dans la loi après 19,69 millions de fraude"
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description: "Le Parlement népalais veut imposer une assurance secours aux expéditions après une fraude de 19,69 millions de dollars. Ce qui change pour les alpinistes."
keywords: [assurance alpinisme, assurance sports extrêmes, secours en montagne Népal, fraude assurance Népal, évacuation héliportée, frais de recherche et de secours, expédition Himalaya, assurance trekking Népal, loi tourisme Népal, rapatriement sanitaire, Manaslu automne 2026, plafond frais médicaux]
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-08-30T09:12:52.923Z"
updatedAt: "2026-08-30T09:12:52.956Z"
readingTimeMinutes: 7
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# Népal : l'assurance secours entre dans la loi après 19,69 millions de fraude

> Le 24 août 2026, les organisations népalaises de la montagne ont réclamé devant les députés une assurance secours obligatoire et des garde-fous contre les faux sauvetages. En toile de fond, une fraude de 19,69 millions de dollars qui a déjà fait fuir un assisteur britannique.

Le Népal ouvre sa saison d'automne d'expéditions himalayennes avec un chantier législatif inhabituel : faire entrer l'assurance secours des alpinistes dans la loi. Le 24 août 2026, la commission des relations internationales et du tourisme de la Chambre des représentants a reçu à Singha Durbar les organisations professionnelles de la montagne. Toutes ont réclamé le même ajout au projet de loi sur le tourisme, une couverture obligatoire des grimpeurs assortie de garde-fous contre les faux sauvetages.

La demande arrive cinq mois après la mise en accusation de trente-deux personnes par le Bureau central d'investigation népalais (CIB) dans une fraude aux évacuations héliportées chiffrée à 19,69 millions de dollars. Pour les épargnants français qui financent chaque année un trek ou une expédition, l'affaire déplace une ligne discrète de leur contrat, celle des frais de recherche et de secours.

## Quatre organisations, une même demande devant la commission

La séance du 24 août, seizième réunion de la commission présidée par Sumnima Udas, a fait défiler les principaux représentants du secteur. **Phur Gelje Sherpa**, président de la Nepal Mountaineering Association, a rappelé que 2 260 grimpeurs, salariés et promoteurs touristiques sont affiliés à sa structure, et demandé que les préoccupations de tous les acteurs figurent dans le texte.

Sagar Pandey, président de la Trekking Agencies' Association of Nepal, a posé le cadre économique : plus de 300 000 touristes pratiquent le trek au Népal chaque année et le secteur emploie directement plus de 300 000 personnes. Maya Sherpa, présidente de l'Everest Summiteers Association, a proposé la création d'un fonds dédié aux grimpeurs. Dambar Parajuli, présenté par Nepal News comme président de la Himalayan Rescue Association Nepal, a réclamé des mesures juridiques contre les opérations de secours frauduleuses ou inutiles.

## Une fraude à 19,69 millions de dollars pour toile de fond

Le 12 mars 2026, le CIB a inculpé trente-deux personnes pour criminalité organisée et atteintes à l'État. Neuf ont été interpellées, les autres sont en fuite selon le Kathmandu Post. Six dirigeants de sociétés de secours avaient déjà été arrêtés le 26 janvier. Le rapport de police, long de 1 243 pages, recense **4 782 patients étrangers** passés par les hôpitaux visés entre 2022 et 2025 et retient 171 évacuations entièrement fabriquées.

Le détail par opérateur donne la mesure du dispositif. Mountain Rescue Service concentre 171 sauvetages suspects sur 1 248 vols organisés, pour environ 10,31 millions de dollars réclamés. Nepal Charter Service affiche 75 faux sauvetages sur 471 vols, pour 8,2 millions. Everest Experience and Assistance présente 71 opérations douteuses sur 601 vols. Trois compagnies d'hélicoptères et trois hôpitaux privés de Katmandou figurent parmi les mis en cause, et les autorités réclament 1,51 milliard de roupies népalaises d'amendes.

> « L'escroquerie a prospéré faute de sanctions. Quand le crime n'est pas poursuivi, il fleurit », a déclaré Manoj Kumar KC, chef du Bureau central d'investigation, au Kathmandu Post.

Dipak Kumar Shrestha, porte-parole du tribunal de district de Katmandou, a indiqué à l'OCCRP que la juridiction enregistrait les dépositions des accusés en donnant la priorité au dossier. Aucune condamnation n'est prononcée à ce stade et la présomption d'innocence demeure.

## Ce que le dossier établit, et ce que les titres ont exagéré

La couverture médiatique européenne du printemps a retenu une image, celle de guides empoisonnant leurs clients. Le document d'accusation ne dit pas cela. **Shiva Kumar Shrestha**, commissaire du CIB, a démenti que des substances toxiques aient été mélangées à la nourriture. L'acte d'accusation évoque du bicarbonate de soude ajouté à des repas, capable de provoquer des troubles gastriques imitant le mal d'altitude, ainsi que l'administration de Diamox avec de grandes quantités d'eau. Aucun des trente-deux mis en cause n'est poursuivi pour empoisonnement.

La géographie du dossier a été tout aussi malmenée. Les victimes sont très majoritairement des trekkeurs engagés sur les itinéraires classiques du camp de base de l'Everest, des Annapurnas, du Manaslu et du Langtang, et non des candidats au sommet. La précision compte pour un assuré : le risque tarifé ne se loge pas seulement au-dessus de 8 000 mètres.

## Les montants que le projet de loi veut rendre opposables

Le texte a été adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale, chambre haute du Parlement népalais, le 9 février 2026, avant de passer à la Chambre des représentants. Il impose à chaque expédition une assurance couvrant l'accident corporel, les frais médicaux, la recherche et le secours, ainsi que la gestion des corps, pour les membres comme pour les officiers de liaison, sirdars, guides et personnels d'appui. Le ministre du Tourisme Anil Kumar Sinha présente la réforme comme un renforcement des normes de sécurité et d'environnement du secteur.

Cinquante-huit parlementaires ont déposé 263 amendements le 22 juillet. Les propositions les plus précises fixent des planchers pour les travailleurs d'altitude : **50 millions de roupies** en cas de décès, 20 millions pour les frais médicaux, 10 millions pour la recherche et le secours, avec une révision parlementaire tous les trois ans et une souscription auprès d'un assureur népalais agréé. Un mécanisme sans avance de frais, aligné sur les standards internationaux, figure aussi parmi les demandes.

Les professionnels ne valident pas le texte pour autant. Rishi Ram Bhandari, secrétaire général de l'Expedition Operators Association Nepal, juge le projet ambigu et tourné vers le contrôle plutôt que vers la stratégie, et pointe l'absence de définition claire du mot alpiniste comme de normes de qualification pour les guides. Le débat porte donc autant sur le niveau des garanties que sur la capacité du pays à les faire respecter.

## Pour un alpiniste français, trois plafonds à ne pas confondre

Le marché a réagi sans attendre le législateur. Traveller Assist, société d'assistance britannique, a cessé de commercialiser des couvertures pour les trekkeurs au Népal en raison de la fraude, rapporte l'OCCRP. Les assureurs restés sur ce marché ont resserré leurs procédures de vérification et relevé leurs tarifs sur les zones de très haute altitude.

Un contrat dédié comme [l'assurance sports extrêmes et alpinisme](https://www.france-epargne.fr/products/assurance-loisirs/assurance-sports-extremes-alpinisme) sépare trois plafonds que les candidats à une expédition confondent volontiers : les frais de recherche et de secours, les frais médicaux et hospitaliers, et le rapatriement sanitaire. Les ordres de grandeur diffèrent nettement, une garantie secours à l'étranger démarrant souvent autour de 10 000 euros quand les frais médicaux s'échelonnent de 10 000 à 100 000 euros selon les contrats.

Deux vérifications pèsent plus lourd que le prix. La première porte sur le périmètre géographique. La licence de base de la Fédération française des clubs alpins et de montagne, facturée 24 euros par an et 19,60 euros pour les moins de 24 ans, couvre la France, l'Union européenne et le Maroc : une expédition himalayenne suppose l'extension monde. La seconde porte sur les clauses d'exclusion, beaucoup de contrats généralistes écartant l'alpinisme et la haute montagne ou limitant la distance à une route carrossable.

Le mouvement népalais rejoint une trajectoire française. La Cour des comptes a chiffré le 11 février 2026 le coût moyen d'une intervention de secours en montagne à 10 780 euros au minimum, en hausse de 55 % depuis 2012, pour un dispositif évalué à près de 110 millions d'euros en 2024. Elle a jugé légitime de rouvrir le débat sur la gratuité. Des deux côtés de la chaîne himalayenne comme des Alpes, la charge glisse vers le contrat privé.

## Ce qu'il faut surveiller

La saison d'automne s'ouvre en septembre. Le Manaslu attend plus de 300 clients étrangers selon l'Expedition Operators Association Nepal, dont une soixantaine chez le seul opérateur 8K Expeditions et quarante-cinq chez 14 Peaks Expedition. La crue soudaine descendue de la Bhote Koshi le 26 août a par ailleurs endommagé la route Pasang Lhamu et le bourg de Syabrubesi, porte d'entrée du Langtang, quand l'Everest, les Annapurnas et le Manaslu dépendent d'autres bassins versants.

Trois échéances méritent attention. Le vote de la Chambre des représentants, qui devra ensuite repasser devant la chambre haute avant authentification présidentielle. Le sort des 263 amendements en commission, qui décidera du niveau réel des planchers de garantie. Et le calendrier judiciaire du dossier CIB, dont l'issue déterminera si les assisteurs internationaux reviennent sur le marché népalais ou si le grimpeur français continue de payer une prime majorée pour la faute d'autrui.
