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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-06-09T12:12:26.048Z"
updatedAt: "2026-06-09T12:12:26.066Z"
readingTimeMinutes: 6
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# L'or tombe à un plus bas de deux mois à 4 314 dollars, le pari sur une hausse de la Fed efface ses gains 2026

> L'once d'or est retombée à 4 314 dollars lundi, son plus bas niveau depuis fin mars. Un rapport sur l'emploi américain bien plus fort que prévu a fait bondir la probabilité d'une hausse des taux de la Fed à 72 %, effaçant la totalité des gains du métal jaune en 2026.

L'or a effacé la totalité de ses gains engrangés depuis le début de l'année. Lundi 8 juin 2026, l'once au comptant a reculé de 0,4 % à **4 313,99 dollars**, touchant en séance son plus bas niveau depuis le 23 mars. Le métal jaune évolue désormais à environ 23 % sous le record historique de près de 5 600 dollars inscrit fin janvier, un retournement spectaculaire pour un actif que les épargnants considèrent comme la **valeur refuge** par excellence.

Le déclencheur tient en un chiffre. Vendredi 5 juin, le rapport mensuel sur l'emploi américain a révélé la création de 172 000 postes en mai, soit le double des 85 000 anticipés par le consensus. Le taux de chômage est resté stable à 4,3 %. Ce signal de robustesse du marché du travail a provoqué le repositionnement le plus brutal de l'année sur les anticipations de politique monétaire de la Réserve fédérale.

## Un marché du travail qui referme la porte aux baisses de taux

Sur les contrats à terme du CME, la probabilité d'une hausse des taux directeurs de la Fed en décembre est passée à **72 %**, contre 45 % une semaine plus tôt. La séquence inverse le scénario qui prévalait au printemps, lorsque les investisseurs misaient encore sur un assouplissement. La fourchette cible de la Fed reste fixée entre 3,50 % et 3,75 % depuis trois réunions, mais la prochaine décision, attendue le 17 juin, est désormais scrutée comme un test de la fermeté du président de l'institution.

La mécanique est limpide. L'or ne verse aucun rendement. Lorsque les taux obligataires montent, le coût d'opportunité de détenir du métal jaune s'alourdit. Le rendement des emprunts d'État américains à dix ans a grimpé au-dessus de 4,50 %, un sommet de deux semaines, tandis que le rendement du Bund allemand de même échéance dépassait 3,00 %. Le dollar, raffermi par ces anticipations, a ajouté à la pression sur les cours libellés dans la devise américaine.

Vendredi déjà, l'or avait chuté de 3,27 % pour terminer autour de 4 339 dollars, passant sous 4 370 dollars en cours de séance et signant le plus bas de l'année. Selon les données du marché londonien, la cotation de l'après-midi est tombée à son niveau le plus faible depuis le premier jour de cotation de 2026.

## Les faucons de la Fed donnent de la voix

Plusieurs responsables de la banque centrale ont nourri ce durcissement. Lorie Logan, présidente de la Fed de Dallas, a estimé que l'institution pourrait devoir relever ses taux d'ici la fin de l'année pour ramener l'inflation vers la cible de 2 %. Elle juge le marché du travail « globalement équilibré » et les conditions financières « accommodantes », mais constate que l'inflation ne semble pas revenir vers l'objectif.

> « Pour l'instant, il est raisonnable de maintenir les taux stables compte tenu des incertitudes entourant les perspectives économiques. Mais si les tendances récentes se poursuivent, il pourrait bientôt devenir approprié d'agir », a déclaré Beth Hammack, présidente de la Fed de Cleveland.

Lors de la dernière réunion du comité de politique monétaire, Beth Hammack figurait parmi trois membres dissidents, aux côtés de Neel Kashkari (Minneapolis) et de Lorie Logan, qui contestaient le « biais accommodant » du communiqué. Cette fronde interne nourrit l'idée que la Fed pourrait surprendre par sa fermeté lors du comité des 16 et 17 juin, le premier auquel participera le nouveau gouverneur Kevin Warsh.

## L'escalade au Moyen-Orient ne suffit plus

Le repli de l'or intervient pourtant dans un contexte géopolitique tendu. Des échanges de tirs de missiles entre Israël et l'Iran ont propulsé le baril de Brent vers 96 dollars. En temps normal, une telle prime de risque géopolitique aurait soutenu le métal jaune. Cette fois, la perspective d'une Fed plus restrictive a pris le dessus, illustrant un basculement dans la hiérarchie des moteurs du marché.

Les analystes de Metals Focus relativisent toutefois la menace iranienne pour les prix : « Les coûts économiques et politiques d'un conflit prolongé conduiront probablement à une résolution relativement rapide » entre Washington et Téhéran. L'argent a suivi le mouvement de l'or, abandonnant 4,0 % sur la semaine pour repasser sous 69,50 dollars l'once, au plus bas depuis fin mars.

## Quatre grandes banques restent optimistes

Malgré ce trou d'air, les grandes maisons de Wall Street maintiennent des objectifs ambitieux pour la fin 2026. Goldman Sachs vise 5 400 dollars, UBS table sur 5 900 dollars, Deutsche Bank sur 6 000 dollars et JPMorgan retient une fourchette de 6 000 à 6 300 dollars. Ces cibles impliquent un potentiel de hausse de 23 % à 44 % par rapport aux niveaux actuels.

Leur thèse repose sur trois piliers structurels : les achats massifs des banques centrales, la réallocation des fonds souverains au détriment des réserves en dollars et la persistance d'une prime de risque géopolitique. Les banques centrales ont acquis 863 tonnes d'or en 2025, bien au-dessus de la moyenne annuelle de 473 tonnes observée entre 2010 et 2021, selon le Conseil mondial de l'or. Au premier trimestre 2026, leurs achats nets ont atteint 244 tonnes.

La question qui agite désormais le marché est de savoir si ce socle de demande institutionnelle résistera à un cycle de hausse des taux. « Si la Fed relève ses taux puis les maintient, le scénario haussier structurel de l'or affrontera son premier vrai test de 2026 », résument les analystes.

## Ce que cela change pour les épargnants français

Pour les détenteurs français, l'épisode rappelle que l'or, souvent présenté comme un rempart absolu, reste sensible aux taux réels américains. Ceux qui ont accumulé du métal au plus fort de la flambée de janvier subissent une moins-value latente de l'ordre de 20 %. À l'inverse, le recul ouvre un point d'entrée pour les investisseurs convaincus par la thèse de long terme des banques centrales.

Cette correction survient au moment où les supports sécurisés retrouvent de l'attrait en France. Les fonds en euros de l'assurance vie, dont le rendement moyen est attendu entre 2,5 % et 2,9 % en 2026, conservent un avantage fiscal de poids : leurs prélèvements sociaux restent fixés à 17,2 %, alors que la plupart des revenus financiers sont passés à 18,6 % au 1er janvier 2026. Le Livret A, ramené à 1,5 % depuis le 1er février, a quant à lui perdu de sa superbe. Dans un environnement de taux durablement élevés, l'arbitrage entre métal précieux et placements à capital garanti se pose avec une acuité nouvelle.

Les prochains jours seront décisifs. Les chiffres de l'inflation américaine, attendus dans la semaine, et surtout la décision de la Fed du 17 juin diront si le marché a eu raison d'anticiper un tour de vis. D'ici là, l'or restera suspendu aux moindres signaux venus de Washington.
