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description: "L'or gagne 5 % en une semaine à 4 612 dollars l'once après le rachat de dette du Trésor américain. Flux, prévisions et lecture pour les épargnants."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-08-21T18:13:45.043Z"
updatedAt: "2026-08-21T18:13:45.079Z"
readingTimeMinutes: 8
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# L'or au plus haut depuis trois mois à 4 612 dollars l'once, le dollar décroche

> L'once d'or a gagné 2 % vendredi à 4 612,36 dollars, au plus haut depuis trois mois, après la décision du Trésor américain de doubler ses rachats de dette longue. Le métal signe une troisième semaine de hausse consécutive, d'environ 5 %, pendant que le dollar recule.

L'once d'or a gagné 2 % vendredi 21 août, à 4 612,36 dollars vers 12h31 à New York, son plus haut niveau depuis plus de trois mois. Les contrats à terme américains ont progressé de 2,3 %, à 4 673,80 dollars. Sur la semaine, le métal précieux avance d'environ 5 % et signe sa troisième progression hebdomadaire consécutive.

Le déclencheur est venu du Trésor américain. Mercredi 19 août, le département a annoncé qu'il doublerait au moins la taille de ses opérations de rachat de dette à long terme. Les rendements obligataires ont reflué, le dollar a décroché, et les actifs qui servent de refuge contre la dépréciation monétaire ont capté les flux. L'or et le bitcoin ont progressé de concert, dans ce que les salles de marché appellent désormais le _debasement trade_, le pari sur l'érosion de la valeur des monnaies.

## Une cassure technique au-dessus de la moyenne mobile à 200 jours

Le mouvement de vendredi doit beaucoup à la mécanique des cours. L'or s'échange désormais au-dessus de toutes ses moyennes mobiles clés, après avoir franchi celle à 200 jours, située autour de 4 513 dollars. Ce seuil sert de repère aux gérants systématiques et son franchissement déclenche des achats automatiques. La hausse de mercredi a été la plus forte séance depuis le début du mois de février.

« Un facteur important, bien sûr, est technique. La prochaine étape est 4 700 dollars si cette dynamique se poursuit, mais je pense aussi que le mouvement a été très largement porté par la baisse du dollar américain », explique Bart Melek, responsable mondial de la stratégie sur les matières premières chez TD Securities.

Les autres métaux précieux ont suivi. L'argent a pris 2,3 % à 69,64 dollars l'once, le platine 3,2 % à 1 886,08 dollars et le palladium 0,8 % à 1 344,37 dollars. Tous terminent la semaine en hausse.

## Le rachat de dette qui a déclenché le mouvement

L'annonce du 19 août porte sur un instrument technique aux conséquences très larges. Le Trésor américain va **au moins doubler** la taille maximale de ses opérations de rachat, de 2 milliards à « au moins » 4 milliards de dollars, sur les segments 10 à 20 ans et 20 à 30 ans. La mesure entre en vigueur le 9 septembre et court jusqu'au 4 novembre.

« Cette augmentation de la taille des opérations de rachat reflète la volonté du Trésor d'apporter un soutien de liquidité accru sur les segments nominaux longs, où le parrainage des participants de marché est constant, comme en témoigne le volume important d'offres de qualité que le Trésor reçoit régulièrement lors des opérations de rachat sur les maturités longues », indique le communiqué du département.

La réaction a été immédiate. Le rendement du titre à 10 ans a cédé 5,7 points de base, à 4,647 %, et celui du 30 ans a perdu 9 points de base, à 5,196 %. Quelques jours plus tôt, le taux long américain avait touché son plus haut niveau depuis 2007, sous l'effet d'un déficit budgétaire qui inquiète et d'une vague d'émissions obligataires liées au financement des centres de données.

## Le dollar au plus bas depuis trois mois face à l'euro

L'effet secondaire s'est logé sur le marché des changes. L'euro est monté jusqu'à 1,171 dollar, son meilleur niveau depuis le 14 mai, avant de revenir vers 1,167 dollar. L'indice dollar évoluait autour de 98,93, et le yen s'est apprécié à 159,13 pour un dollar. Un billet vert plus faible rend l'or moins cher pour les acheteurs qui règlent dans une autre devise, ce qui alimente la demande physique.

Les cambistes lisent l'intervention comme un test. « C'est Bessent qui teste le marché et le marché qui riposte », résume Sarah Ying, responsable de la stratégie de change chez CIBC Capital Markets. « Il se pourrait très bien que nous ayons encore quelques annonces de ce type à l'avenir, mais elles ne semblent pas très crédibles aux yeux du marché, du moins pour l'instant. »

Shaun Osborne, stratégiste en chef sur les devises chez Scotiabank, pointe le calendrier retenu, quelques jours après l'annonce trimestrielle de refinancement et à la veille d'une adjudication à 20 ans. « Cela semblait étrange, au moins du point de vue du calendrier », observe-t-il. « Les marchés en concluent à juste titre que si le Trésor ne veut pas que le marché obligataire encaisse ces inquiétudes sur la soutenabilité budgétaire et la crédibilité de la politique monétaire, alors ce sera au dollar de le faire. »

## Banques centrales et ETF : des flux officiels qui ralentissent

Derrière le mouvement de prix, les flux physiques racontent une histoire plus nuancée. Selon le Conseil mondial de l'or, les banques centrales ont acheté 288,9 tonnes au deuxième trimestre 2026, après un premier trimestre atone à 56,5 tonnes, soit 345,4 tonnes sur le semestre. La demande totale, produits de gré à gré inclus, est restée stable sur un an à 1 269 tonnes au deuxième trimestre, pour un prix moyen de 4 506,29 dollars l'once (référence LBMA après midi).

Le rythme des achats officiels s'essouffle toutefois. La banque centrale de Pologne, premier acheteur du deuxième trimestre, a ralenti à 7,8 tonnes en juillet selon les données publiées vendredi. En Inde, la flambée des cours a détourné les acheteurs de détail, tandis que la demande chinoise est restée stable.

Les fonds indiciels adossés au métal, eux, sont repartis à la hausse après deux mois de décollecte. Les encours mondiaux ont progressé de 23 tonnes en juillet, à 4 068 tonnes pour 530 milliards de dollars, portés par 3 milliards de dollars d'entrées nettes. Ils restent en dessous du record de 4 176 tonnes atteint le 27 février 2026. Goldman Sachs identifie un autre relais dans une note à ses clients : « La demande d'options d'achat sur l'or a fortement augmenté sous l'effet d'un regain d'appétit pour les couvertures macroéconomiques, ce qui crée un amplificateur mécanique des prix, à la hausse comme à la baisse. »

## Jusqu'où peut aller le rebond ?

Les prévisionnistes restent divisés sur la portée du mouvement. J.P. Morgan Global Research visait, dans une note publiée le 9 juin 2026, 6 000 dollars l'once au quatrième trimestre 2026 et 6 300 dollars en 2027. Greg Shearer, responsable des métaux de base et précieux de la banque, identifiait alors un resserrement monétaire de la Réserve fédérale en réponse à une inflation persistante comme le principal risque baissier pour ce scénario.

Du côté obligataire, plusieurs économistes doutent de l'efficacité durable du dispositif. Krishna Guha, responsable de la stratégie de politique globale chez Evercore ISI, estime que l'opération « peut aider à attirer des acheteurs potentiels tentés par la remontée passée des rendements et forcer des rachats de positions vendeuses à court terme ». Il ajoute cependant qu'elle « ne change presque rien aux fondamentaux, en particulier au besoin inchangé de financer la vague de dette des hyperscalers en plus de déficits publics très importants ».

Peter Boockvar, directeur des investissements de One Point BFG Wealth Partners, va dans le même sens. Le dispositif ne constitue selon lui aucun désendettement, mais « simplement une réorganisation du calendrier de maturité des titres du Trésor ». L'économiste Mohamed El Erian a jugé sur X que les rachats étaient « faibles en valeur absolue comme rapportés aux émissions nettes », et relevaient plutôt d'un « déploiement plus large du contrôle de la courbe des taux ». Joe Brusuelas, chef économiste de RSM, avertit qu'une compression artificielle des rendements compliquerait la tâche de la Fed pour ramener l'inflation vers 2 %.

## L'or vu de Paris : le napoléon à 723 euros

Pour un épargnant qui raisonne en euros, la performance est amortie par le change. Au cours de vendredi, autour de 1,169 dollar pour un euro, les 4 612 dollars l'once correspondent à environ 3 950 euros. Un dollar orienté à la baisse rogne mécaniquement la performance mesurée depuis la zone euro, alors qu'il l'avait amplifiée pendant une partie de l'année.

Sur le marché physique français, le napoléon 20 francs, qui contient 5,805 grammes d'or fin, était coté 723,00 euros le 21 août, en progression de 0,56 % sur la séance. Ce cours est fixé chaque jour ouvré en milieu de journée sous l'égide de CPoR devises, avant la séance américaine : il n'intégrait donc pas encore l'accélération de l'après-midi à New York. Les investisseurs européens ont d'ailleurs mené la collecte de juillet sur les fonds adossés à l'or, avec 2 milliards de dollars d'entrées nettes, dont 875 millions au Royaume-Uni et 657 millions en Suisse.

## Le rendez-vous de Jackson Hole

La prochaine échéance se joue dans le Wyoming. Kevin Warsh, arrivé à la présidence de la Réserve fédérale en mai 2026, prendra la parole au symposium de Jackson Hole la semaine prochaine, sa première intervention majeure depuis sa prise de fonction.

Le comité de politique monétaire a maintenu ses taux dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 % le 29 juillet, par 9 voix contre 3. Beth Hammack (Cleveland), Neel Kashkari (Minneapolis) et Lorie Logan (Dallas) ont voté pour une hausse d'un quart de point, une configuration inédite depuis septembre 2016. « Nous lisons cela comme un comité aux faucons vocaux », commentait alors Ian Lyngen, responsable des taux américains chez BMO Capital Markets. L'inflation américaine dépasse la cible de 2 % depuis plus de cinq ans, et les marchés anticipent largement un relèvement en septembre. Un discours plus ferme sur les taux relèverait le coût d'opportunité de détenir un actif qui ne verse aucun revenu, après trois semaines de hausse cumulée de l'ordre de 10 %.
