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title: "Livret A : la formule calculée fin mai pointe vers 1,40 %, loin du rebond espéré au 1er août"
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description: "Au 30 mai 2026, la formule du Livret A ressort vers 1,40 %, sous le taux actuel de 1,50 %. Pourquoi le rebond espéré au 1er août reste incertain."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-05-30T06:06:15.926Z"
updatedAt: "2026-05-30T06:06:15.942Z"
readingTimeMinutes: 6
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# Livret A : la formule calculée fin mai pointe vers 1,40 %, loin du rebond espéré au 1er août

> Au 30 mai 2026, la formule officielle du Livret A ressort autour de 1,40 %, soit une nouvelle baisse depuis le 1,50 % actuel. Un résultat qui contredit les pronostics d'un rebond vers 1,80 % portés par la remontée de l'inflation, et qui pèse sur 58 millions d'épargnants.

À deux mois de la révision du **1er août 2026**, le calcul théorique du taux du Livret A surprend. Arrêtée au 30 mai par le suivi de FranceTransactions, la formule officielle ressort autour de **1,40 %**, en repli par rapport au taux de 1,50 % en vigueur depuis le 1er février. Ce chiffre tranche avec les anticipations de marché, qui tablaient sur un rebond vers 1,60 %, voire 1,80 %, à la faveur du redressement de l'inflation. Pour les 58 millions de détenteurs d'un Livret A, l'écart entre la mécanique de calcul et les espoirs de revalorisation devient l'enjeu central de l'été.

## Une formule qui ne suit pas l'inflation du mois

Le malentendu vient de la nature même de la formule. Depuis 2020, le taux retenu correspond à la moyenne arithmétique entre l'inflation hors tabac et le taux interbancaire de référence, l'€STR, sans pouvoir descendre sous un plancher de 0,50 %. Les deux composantes ne sont pas mesurées sur le dernier mois connu, mais lissées sur une **moyenne semestrielle**. C'est ce lissage qui explique l'apparent paradoxe.

En avril 2026, les prix à la consommation ont progressé de 2,2 % sur un an selon l'Insee, après 1,7 % en mars, portés par une flambée des prix de l'énergie (plus de 14 % sur un an). Ce chiffre instantané nourrit l'idée d'un Livret A plus généreux. Mais la moyenne semestrielle de l'inflation hors tabac, qui intègre les mois d'hiver nettement plus calmes, reste sensiblement plus basse. L'inflation sous-jacente, à 1,2 % en avril, confirme que la hausse récente tient surtout à des facteurs énergétiques volatils.

## Un €STR stabilisé autour de 1,93 %

La seconde jambe de la formule, l'€STR, reflète le coût de l'argent au jour le jour dans la zone euro. Il s'est établi à 1,932 % le 27 mai et évolue de façon très stable autour de 1,93 % depuis le début de l'année. Cette stabilité découle directement de la pause de la Banque centrale européenne, dont le taux de dépôt reste figé à 2,00 % depuis juin 2025.

Avec un €STR semestriel proche de 1,9 % et une inflation hors tabac lissée autour de 1 %, la moyenne arithmétique débouche mécaniquement sur un taux compris entre 1,4 % et 1,5 %, une fois appliqué l'arrondi au dixième de point. Le scénario d'un rebond marqué supposerait soit une inflation moyenne nettement plus élevée sur les six mois, soit un durcissement monétaire de la BCE. Aucun des deux n'est aujourd'hui à l'œuvre.

> Le gouverneur de la Banque de France calcule le taux mais ne fixe pas la décision finale : le gouvernement conserve la faculté de s'écarter de la formule pour un motif d'intérêt général, comme il l'a déjà fait par le passé.

## Une décollecte historique qui change la donne politique

Le contexte n'est pas qu'arithmétique. Le Livret A traverse sa pire séquence depuis des années. Les statistiques de la Caisse des dépôts font état de quatre mois consécutifs de décollecte nette depuis janvier 2026, une première dans la série suivie depuis 2009. Le cumul des retraits nets atteint environ 4,38 milliards d'euros sur le début d'année, le montant le plus lourd pour un début d'exercice depuis dix-huit ans. Le seul mois d'avril a vu sortir 1,28 milliard d'euros, record absolu pour un mois d'avril.

Cette fuite des capitaux reste relative au regard de l'encours total, qui dépasse 445 milliards d'euros répartis sur quelque 58 millions de livrets. Elle traduit néanmoins un arbitrage des ménages : avec une rémunération de 1,50 % défiscalisée face à une inflation de 2,2 %, le rendement réel du Livret A redevient négatif. Beaucoup d'épargnants réorientent leurs liquidités vers des produits plus rémunérateurs, des fonds euros aux comptes à terme.

## Ce que pèserait une baisse à 1,40 %

Une révision à 1,40 % accentuerait cet effet. Sur le plafond de 22 950 euros d'un Livret A plein, le passage de 1,50 % à 1,40 % représente une perte de rémunération annuelle d'environ 23 euros. La somme paraît modeste, mais elle agit comme un signal : le placement préféré des Français continue de perdre du terrain face à l'inflation et aux supports concurrents.

Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), dont le taux est indexé sur celui du Livret A, suivrait le même mouvement. Le Livret d'épargne populaire (LEP), réservé aux revenus modestes, conserverait son rendement supérieur, fixé à 2,50 % et protégé par une formule distincte qui le maintient au moins au niveau de l'inflation.

## Pronostics divergents avant l'arbitrage de juillet

Les prévisionnistes ne parlent pas d'une seule voix. Plusieurs maisons de gestion et comparateurs avancent un scénario central à 1,60 %, en pariant sur une inflation moyenne plus soutenue d'ici juin et sur la volonté de l'exécutif de soutenir l'épargne populaire. D'autres, suivant strictement la mécanique de calcul telle qu'elle se présente fin mai, retiennent une fourchette de 1,40 % à 1,50 %.

L'arbitrage final dépendra de deux inconnues. La première est statistique : les données d'inflation et d'€STR de juin, encore inconnues, complèteront la moyenne semestrielle servant à la recommandation officielle. La seconde est politique : le gouvernement peut geler le taux pour enrayer la décollecte, comme le réclament certaines voix, ou laisser la formule s'appliquer dans un contexte budgétaire tendu où chaque dixième de point pèse sur le coût du financement du logement social.

## Ce qu'il faut surveiller

-   La publication par l'Insee des chiffres d'inflation de mai et juin, qui finaliseront la moyenne semestrielle.
-   L'évolution de l'€STR, suspendue aux prochaines décisions de la BCE.
-   La recommandation du gouverneur de la Banque de France, attendue à la mi-juillet pour une application au 1er août.
-   Le choix du gouvernement de suivre ou non la formule, dans un climat de décollecte persistante.

Pour les épargnants, la période invite à revisiter l'équilibre entre liquidité immédiate et rendement. Le Livret A conserve ses atouts de sécurité, de disponibilité et de défiscalisation totale, mais sa rémunération réelle reste négative. Diversifier vers un fonds euros performant ou comparer les supports d'assurance vie permet de retrouver du rendement sans renoncer entièrement à la garantie du capital. Un [simulateur d'épargne](https://www.france-epargne.fr/simulateurs) aide à arbitrer selon son horizon de placement, et un [conseiller](https://www.france-epargne.fr/contact) peut affiner la répartition.
