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title: Les BRICS étendent les règlements en monnaies locales et écartent une monnaie commune
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category: geopolitics
description: "Les BRICS encouragent les règlements en monnaies locales à New Delhi mais écartent toute monnaie commune. Dollar, euro : ce que disent vraiment les chiffres."
keywords: [BRICS monnaie commune, règlement en monnaies locales, dédollarisation, part du dollar réserves, "rôle international de l'euro", déclaration de New Delhi, FMI COFER, paiements transfrontaliers BRICS, réserves de change mondiales, BCE facilité de pension]
tags: [brics, new-delhi, monnaies-locales, dollar, euro, reserves-de-change, fmi, bce, dedollarisation, paiements-transfrontaliers]
canonical: "https://www.france-epargne.fr/news/les-brics-etendent-les-reglements-en-monnaies-locales-et-ecartent-une-monnaie-commune"
author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-09-13T06:20:28.537Z"
updatedAt: "2026-09-13T06:20:28.578Z"
readingTimeMinutes: 9
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# Les BRICS étendent les règlements en monnaies locales et écartent une monnaie commune

> Réunis à New Delhi, les onze pays des BRICS ont adopté une déclaration qui encourage les règlements commerciaux en monnaies locales sans créer de monnaie commune. Selon le FMI, la part du dollar dans les réserves mondiales a progressé à 57,13 % au premier trimestre.

Les dirigeants des onze pays membres des BRICS ont adopté samedi 12 septembre à New Delhi une déclaration commune de 140 paragraphes qui encourage le règlement des échanges en monnaies locales. Le texte ne crée aucune monnaie commune, ne cite aucune plateforme de paiement unifiée et ne mentionne pas une seule fois l'or. L'écart entre son contenu réel et le récit d'une rupture monétaire imminente mérite d'être mesuré, car il détermine ce que les épargnants européens peuvent raisonnablement anticiper.

## Ce que le paragraphe 90 dit exactement

Le XVIIIe sommet des BRICS se tient à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026, sous présidence indienne, sur le thème « Building for Resilience, Innovation, Cooperation and Sustainability ». Sur les 140 paragraphes de la déclaration finale, un seul est consacré aux paiements transfrontaliers.

Ce paragraphe 90 prend acte des efforts du **Groupe de travail des BRICS sur les paiements** « en vue d'explorer des solutions pragmatiques pour des mécanismes de paiement transfrontaliers efficaces ». Il mentionne les discussions « sur la promotion des règlements commerciaux et des investissements en monnaies locales des BRICS, tout en respectant les priorités nationales et en reconnaissant qu'il n'existe pas d'approche unique ». Le groupe de travail est invité à « poursuivre les discussions » afin de faciliter des paiements « rapides, peu coûteux, plus accessibles, efficaces, transparents et sûrs ».

Le registre employé est celui de l'étude et de l'encouragement. Aucun calendrier, aucun montant et aucune décision opérationnelle n'accompagnent ces formulations. Le terme SWIFT n'apparaît nulle part dans le document, non plus que l'instrument de règlement adossé à des réserves d'or que plusieurs publications spécialisées présentaient comme acquis avant le sommet.

## L'Inde écarte explicitement la monnaie commune

Sudhakar Dalela, secrétaire chargé des relations économiques au ministère indien des Affaires étrangères, a été interrogé sur ce point lors du point de presse organisé à l'issue du sommet. « Il n'existe aucun projet de monnaie des BRICS au sein du groupe, à ce stade », a déclaré ce responsable samedi, selon l'agence indienne ANI.

Sudhakar Dalela a replacé le sujet dans la durée : « Les discussions sur le règlement des échanges en monnaie locale ont cours depuis un certain temps au sein des BRICS ; ce n'est pas un sujet nouveau. » Il a ensuite précisé la finalité poursuivie.

> « Nous considérons le règlement en monnaie locale comme un mécanisme pratique de réduction du coût de transaction dans le commerce bilatéral. Il a été encouragé comme complément du système mondial de paiement et de règlement, améliorant le commerce mondial entre les nations. »
> 
> Sudhakar Dalela, secrétaire aux relations économiques, ministère indien des Affaires étrangères

La qualification retenue est celle de **complément** du système existant. La présidence indienne décrit un dispositif qui s'ajoute à l'architecture actuelle afin d'abaisser des coûts de transaction bilatéraux. Ce sommet clôt huit mois de travaux et plus de 350 réunions organisées sous présidence indienne, selon le même responsable. Le premier ministre Narendra Modi a indiqué qu'aucun membre n'avait formulé d'objection au texte, rapporte le South China Morning Post.

## La part du dollar a progressé sur le dernier trimestre connu

Les statistiques officielles permettent de mesurer la distance qui sépare ces intentions des flux réels. Selon la base COFER du **Fonds monétaire international**, publiée le 1er juillet 2026, la part du dollar dans les réserves de change allouées atteint 57,13 % au premier trimestre 2026, après 56,42 % au quatrième trimestre 2025.

-   **Dollar :** 57,13 % des réserves allouées au premier trimestre 2026, contre 56,42 % le trimestre précédent.
-   **Euro :** 20,03 %, en repli depuis 20,38 %.
-   **Yen japonais :** 5,44 %, après 5,84 %, la plus forte baisse du trimestre.
-   **Renminbi :** 1,99 %, contre 1,95 %, seule devise d'un pays des BRICS identifiée séparément dans la statistique.
-   **Total des réserves allouées :** 13 100 milliards de dollars, en léger retrait depuis 13 150 milliards.

Le FMI attribue environ la moitié de la progression du dollar à des effets de valorisation liés aux mouvements de change, ce qui invite à ne pas surinterpréter un trimestre isolé. La monnaie chinoise progresse de quatre centièmes de point sur la période. Le dollar reste près de vingt neuf fois plus présent que le renminbi dans les réserves mondiales.

## Onze membres, des motivations très différentes

Le groupe réunit aujourd'hui onze pays représentant environ 49 % de la population mondiale et près de 40 % du produit intérieur brut mondial, selon Al Jazeera. Formé en 2006 autour du Brésil, de la Russie, de l'Inde et de la Chine, rejoints par l'Afrique du Sud en 2010, il s'est élargi à l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Indonésie.

Cet élargissement complique le consensus. Sarang Shidore, directeur du programme Global South au Quincy Institute, qualifie l'ensemble de « famille dysfonctionnelle » dans des propos rapportés par CNBC.

L'Iran, soumis à des sanctions et en guerre depuis les frappes américaines et israéliennes du 28 février, porte la demande la plus explicite. « L'une des étapes les plus importantes consiste à étendre l'usage des monnaies nationales dans les échanges entre les membres », a déclaré vendredi le président iranien Massoud Pezeshkian aux journalistes, selon l'agence Associated Press.

Moscou tient un discours plus prudent. Le Kremlin a indiqué cette semaine que la Russie ne poursuivait pas une « dédollarisation » pure et simple, rapporte CNBC. L'Inde poursuit de son côté une ligne d'autonomie stratégique et cherche à préserver ses relations économiques avec Washington. Selon Chietigj Bajpaee, chercheur principal pour l'Asie du Sud à Chatham House cité par CNBC, New Delhi s'emploie à éloigner les BRICS d'une démarche générale de dédollarisation et met en avant l'usage des monnaies nationales et des paiements numériques pour réduire le coût du commerce transfrontalier.

Alicia García-Herrero, économiste en chef pour l'Asie Pacifique chez Natixis, formule l'ambition réelle du groupe auprès d'Al Jazeera. Les dirigeants discuteront bien des modalités de paiement transfrontalier, « mais ils ne chercheront pas à remplacer le dollar ».

Alejandro Reyes, professeur associé au département de sciences politiques et d'administration publique de l'université de Hong Kong, propose une autre grille de lecture : « La vraie question n'est pas de savoir si les BRICS peuvent atteindre l'unité, ce que l'on demande à chaque réunion. La meilleure question est de savoir s'ils peuvent gérer le désaccord tout en poursuivant une coopération pratique. »

Le président indonésien Prabowo Subianto a porté un message plus politique lors d'une session à huis clos samedi : « Les institutions financières internationales doivent elles aussi évoluer. Le commerce et les monnaies ne doivent pas être transformés en armes », selon l'agence Antara.

## L'euro avance par un tout autre chemin

Pour un épargnant français, la variable décisive concerne la monnaie unique. La Banque centrale européenne a publié le 2 juin 2026 son rapport annuel sur le rôle international de l'euro. La part de la devise européenne, mesurée sur un ensemble large d'indicateurs d'usage international, s'établit autour de 20 %.

Deux mouvements ressortent de ce document. Les émissions de dette internationale libellées en euros ont atteint en 2025 leur plus haut niveau depuis la création de la monnaie unique, en progression d'environ 30 % sur un an. L'euro est par ailleurs devenu pour la première fois la première devise du marché obligataire international vert et durable.

Christine Lagarde, présidente de la BCE, y voit une fenêtre conditionnelle : « Il existe une ouverture pour que l'euro renforce son attrait mondial, à condition que les responsables européens créent les conditions nécessaires et traduisent les mots en actes. »

L'institution a également décidé d'ouvrir au troisième trimestre 2026 une facilité de pension livrée en euros, accessible à toutes les banques centrales du monde, sauf exclusion pour des motifs de réputation tels que le blanchiment, le financement du terrorisme ou les sanctions internationales. L'accès permanent porte sur un encours pouvant atteindre 50 milliards d'euros. « La disponibilité d'un prêteur en dernier ressort pour les banques centrales du monde entier renforce la confiance nécessaire pour investir, emprunter et commercer en euros », a déclaré Christine Lagarde en annonçant le dispositif à la Conférence de Munich sur la sécurité.

## Ce que cela change pour l'épargne française

Trois enseignements se dégagent pour un patrimoine libellé en euros.

-   **Aucun effet de portefeuille à court terme.** Le texte adopté à New Delhi n'engage aucun flux financier. Au dernier pointage de vendredi, l'indice ICE du dollar s'établissait à 99,095 points, l'euro à 1,1598 dollar, l'once d'or au comptant à 4 347,32 dollars et le rendement du dix ans américain à 4,971 %.
-   **La fragmentation progresse lentement.** La BCE relève dans son rapport que plusieurs pays ont fait avancer des systèmes de paiement transfrontaliers alternatifs, y compris fondés sur des technologies numériques, et que les banques centrales continuent d'accroître leurs réserves d'or. Ces mouvements agissent sur plusieurs années.
-   **Le levier institutionnel se situe ailleurs.** La déclaration consacre davantage de place à la réforme des quotas du FMI qu'aux paiements. Les BRICS y réclament l'entrée en vigueur sans délai des hausses de quotas décidées lors de la seizième révision générale et un réalignement significatif lors de la dix septième.

## Les échéances à surveiller

Plusieurs échéances méritent d'être suivies. La Chine assurera la présidence du groupe en 2027 et accueillera le XIXe sommet, ce qui pourrait modifier le degré d'ambition sur les paiements. Les travaux du FMI sur la dix septième révision générale des quotas constitueront le test réel de l'influence obtenue. Le secteur assurantiel dispose enfin de son propre signal : le paragraphe 92 de la déclaration ouvre la discussion sur un **Centre de résilience assurantielle des BRICS**, plateforme volontaire de modèles de risque communs, ainsi que sur un laboratoire du risque que l'Inde propose d'héberger au centre financier international de GIFT City, dans le Gujarat.

Le sommet de New Delhi laisse donc le règlement en monnaies locales au stade du complément assumé du système existant, selon les termes employés par la présidence indienne. Pour un portefeuille libellé en euros, les décisions de la BCE sur la liquidité en euros et l'issue de la révision des quotas au FMI porteront des effets plus mesurables que le communiqué final de ce sommet.
