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title: Lecornu propose de flécher les grands héritages vers des fonds de souveraineté
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category: tax-legislation
description: "Le Premier ministre propose d'orienter volontairement les grands héritages vers des fonds de souveraineté, une alternative à la taxe Zucman inspirée d'Aghion."
keywords: [fléchage héritages, taxe Zucman, droits de succession 2026, fonds de souveraineté, Sébastien Lecornu, Philippe Aghion, mécénat forcé, épargne défense]
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-07-04T18:07:31.440Z"
updatedAt: "2026-07-04T18:07:31.459Z"
readingTimeMinutes: 5
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# Lecornu propose de flécher les grands héritages vers des fonds de souveraineté

> Aux Rencontres économiques d'Aix, le Premier ministre a lancé un « chiche » aux grandes fortunes : orienter volontairement une part de leurs transmissions vers des fonds dédiés à la souveraineté, plutôt qu'une nouvelle taxe. Une piste inspirée du prix Nobel Philippe Aghion.

Au deuxième jour des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, le 2 juillet 2026, Sébastien Lecornu a esquissé une piste inattendue pour financer les priorités de l'État. Le Premier ministre s'est dit favorable à un fléchage volontaire des grands héritages vers des fonds d'investissement dédiés à la souveraineté nationale. Une formule lancée sur le mode du défi, résumée d'un mot: **« chiche »**.

L'idée s'adresse aux détenteurs des patrimoines les plus élevés. Plutôt que de subir une imposition renforcée sur la transmission, ces contribuables seraient invités à consacrer une fraction de leur héritage à des véhicules orientés vers la défense, l'innovation ou la recherche. Le chef du gouvernement a cité un besoin de financement de **6 milliards d'euros** pour la défense afin d'illustrer l'ampleur des sommes en jeu.

## Une alternative revendiquée à la taxe Zucman

La proposition se comprend d'abord par ce qu'elle cherche à éviter. Le débat budgétaire de l'automne 2025 avait été dominé par la taxe Zucman, un prélèvement annuel de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros. Ce dispositif visait environ 1 800 foyers fiscaux, soit 0,01 % des contribuables, pour un rendement estimé par l'économiste Gabriel Zucman entre 15 et 25 milliards d'euros par an.

L'Assemblée nationale a rejeté cet amendement le 31 octobre 2025, après l'article 3 du projet de loi de finances pour 2026. Sur 406 votants, 56 % se sont prononcés contre et 42 % pour. En proposant un engagement volontaire assorti d'incitations, Sébastien Lecornu tente une troisième voie entre la fiscalité coercitive réclamée par la gauche et le statu quo défendu par une partie de la droite.

> « Chiche »: en un mot, le Premier ministre a transformé une question fiscale en défi lancé à la conscience des grandes fortunes.

## Une idée née des travaux de Philippe Aghion

Le dispositif n'est pas sorti de nulle part. Présent sur la scène aixoise aux côtés du Premier ministre, l'économiste Philippe Aghion en avait exposé les grandes lignes quelques jours plus tôt sur France Inter. Lauréat du prix Nobel d'économie 2025 aux côtés de Joel Mokyr et Peter Howitt pour leurs travaux sur la croissance tirée par l'innovation, le chercheur du Collège de France défend un mécanisme qu'il qualifie de **« mécénat forcé »**.

Le principe repose sur un choix. Les ménages les plus aisés pourraient orienter une part de leur succession vers des fondations d'intérêt public ou des fonds tournés vers l'innovation et la souveraineté. À défaut, ils resteraient soumis à une imposition renforcée sur la transmission. La logique s'inspire des théories de la destruction créatrice qui ont fondé la renommée d'Aghion: mobiliser le capital privé vers les secteurs porteurs de croissance future plutôt que de le laisser dormir.

## Un cadre successoral déjà sous tension

La proposition intervient dans un contexte successoral figé. Le barème des droits de succession en ligne directe reste progressif de 5 à 45 %, inchangé depuis 2011. L'abattement de 100 000 euros par enfant, gelé depuis 2012, se reconstitue tous les quinze ans. La loi de finances a prolongé ce gel des barèmes et abattements jusqu'au 31 décembre 2028.

Dans les faits, l'absence de revalorisation face à l'inflation revient à une hausse implicite de la fiscalité successorale. Les patrimoines transmis franchissent plus vite les tranches supérieures du barème. C'est sur ce terrain déjà sensible que se greffe la proposition d'un fléchage volontaire, présentée comme une soupape offerte aux plus fortunés.

## Des produits de souveraineté déjà en rayon

L'orientation de l'épargne vers la défense n'est pas une nouveauté. Depuis 2025, des fonds thématiques dédiés à la souveraineté sont accessibles au sein des contrats d'assurance vie et des plans d'épargne retraite (PER). Bpifrance a lancé un véhicule spécialisé, tourné vers la défense, la cybersécurité, l'aéronautique et l'espace, ouvert aux particuliers.

Ces dispositifs s'inscrivent dans l'effort porté par la loi de programmation militaire, qui prévoit 413 milliards d'euros sur la période 2024-2030, dont 400 milliards de crédits budgétaires. Des hausses supplémentaires de 3,5 milliards d'euros en 2026 et de 3 milliards l'année suivante viennent s'y ajouter pour tenir l'objectif de 3 % du produit intérieur brut consacré à la défense en 2030. La piste des grands héritages viendrait compléter ces canaux de financement extra-budgétaires.

## Une réception partagée

La formule divise. À gauche, où l'on réclame une imposition accrue des ultrariches, le volontariat patriotique suscite le scepticisme: un engagement sans contrainte légale risque de rester lettre morte. À droite et du côté des milieux économiques, certains y voient le retour d'une logique de contrainte déguisée, le « mécénat forcé » assorti de pénalités fiscales étant perçu comme une taxe qui ne dit pas son nom.

Le calendrier ajoute à l'incertitude. Sébastien Lecornu a présenté cette réflexion comme une piste possible pour le projet de budget attendu en octobre 2026, sans engagement ferme ni traduction juridique à ce stade. Le déficit public, attendu autour de 5,1 %, maintient la pression sur toutes les sources de recettes envisageables.

## Ce qu'il faut surveiller

Pour les épargnants, l'enjeu dépasse le seul cercle des très grandes fortunes. Si le fléchage des transmissions se concrétisait, il pourrait ouvrir la voie à des incitations fiscales élargies en faveur de l'épargne orientée vers la souveraineté, un thème déjà présent dans l'offre d'assurance vie et de PER. La prochaine étape sera l'examen du projet de loi de finances pour 2027, seul cadre susceptible de transformer un défi lancé à Aix en mécanisme opérationnel.

D'ici là, la proposition illustre une bascule plus profonde du débat: la transmission du capital n'est plus seulement une question d'équité fiscale, elle devient un instrument de financement des priorités stratégiques du pays.
