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title: "La Grèce décroche sa meilleure note depuis la crise de la dette, la France recule"
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category: macro-economics
description: "Scope relève la Grèce à BBB+, Moody's passe en perspective positive. Dette à 136 % du PIB en 2026 contre 146,1 % en 2025. Comparaison avec la France."
keywords: [note souveraine Grèce, Scope Ratings BBB+, "Moody's Baa3 Grèce", dette publique grecque, agences de notation zone euro, excédent primaire, obligations souveraines, fonds euros assurance vie, notation France A+, crise dette souveraine]
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canonical: "https://www.france-epargne.fr/news/la-grece-decroche-sa-meilleure-note-depuis-la-crise-de-la-dette-la-france-recule"
author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-09-19T11:53:27.667Z"
updatedAt: "2026-09-19T11:53:27.709Z"
readingTimeMinutes: 6
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# La Grèce décroche sa meilleure note depuis la crise de la dette, la France recule

> Scope Ratings a relevé la note souveraine grecque à BBB+ dans la nuit du 18 au 19 septembre, son meilleur niveau depuis 2009. Moody's a porté sa perspective à positive le même jour. La dette publique grecque passerait de 146,1 % du PIB en 2025 à environ 136 % en 2026.

L'agence de notation européenne **Scope Ratings** a relevé la note souveraine de la Grèce à **BBB+**, contre BBB auparavant, dans la nuit du 18 au 19 septembre 2026. L'agence a simultanément ramené sa perspective de positive à stable, mouvement habituel après un relèvement. Athènes retrouve ainsi son meilleur niveau de notation depuis 2009, avant que la crise des dettes souveraines ne fasse basculer le pays dans la catégorie spéculative pendant treize ans.

Le calendrier a renforcé le signal. Quelques heures plus tard, le 19 septembre, **Moody's** a confirmé la Grèce à Baa3, premier échelon de la catégorie investissement, tout en faisant passer sa perspective de stable à positive. Deux agences, deux décisions favorables en moins d’une journée, pour un pays qui était encore classé junk en 2023.

## Une trajectoire de dette qui s'effondre

Le moteur du relèvement tient en une série de chiffres. Scope anticipe un recul du ratio de dette publique à environ **136 % du PIB en 2026**, contre 146,1 % en 2025. L'agence prolonge la pente jusqu'à environ 110 % à l'horizon 2031. Le point de comparaison donne la mesure du chemin parcouru : ce ratio culminait à 209,4 % du PIB en 2020, puis 154,2 % en 2024.

Cette décrue repose sur des excédents budgétaires devenus la norme. La Grèce a dégagé en 2025 un **excédent primaire de 4,9 % du PIB** et un excédent global de 1,7 %. Scope table pour 2026 sur un excédent primaire d'environ 4,1 % et un excédent global proche de 3 %. Peu d'États de la zone euro affichent une telle discipline.

Athènes a converti cette marge de manœuvre en remboursements anticipés. Le pays a soldé par avance **5,3 milliards d'euros** de prêts issus des plans de sauvetage fin 2025, et prévoit un remboursement supplémentaire de **13 milliards d'euros** d'ici fin 2026. Chaque euro remboursé en avance réduit à la fois l'encours brut et la charge d'intérêts future.

## Une structure de dette devenue protectrice

La qualité de crédit grecque ne tient pas seulement au volume de dette, mais à sa forme. Environ **70 % de l'encours** est détenu par des créanciers du secteur officiel, à des conditions concessionnelles. La maturité moyenne pondérée atteignait **18,3 ans** en juin 2026, l'une des plus longues de l'univers souverain noté par Scope.

Concrètement, la Grèce est très peu exposée aux soubresauts du marché obligataire. Ses besoins de financement bruts restent sous 10 % du PIB à moyen terme et la charge d'intérêts absorberait environ 6,8 % des recettes publiques en moyenne entre 2026 et 2031. Le Trésor grec dispose par ailleurs d'un matelas de trésorerie d'environ **31 milliards d'euros**, soit près de 13 % du PIB.

## Ce que les agences retiennent côté réformes

Moody's a justifié sa perspective positive par « les signes de plus en plus nombreux que l'attention soutenue des autorités aux réformes économiques et institutionnelles porte ses fruits », estimant que ces réformes « lèvent progressivement des contraintes anciennes pesant sur l'investissement ».

L'administration fiscale illustre ce point. L'écart de collecte de TVA est tombé à **9 % en 2024**, contre 24 % en 2019, ce qui place désormais la Grèce au niveau de la moyenne européenne, proche de 9,5 % en 2023. La numérisation des transactions et le contrôle renforcé ont élargi l'assiette sans hausse des taux. L'absorption des fonds européens suit : 24,6 milliards d'euros reçus à fin juin 2026, près de 70 % de l'enveloppe disponible.

## Le revers : une croissance qui plafonne

Les deux agences n'ont pas maquillé les fragilités. Scope cite explicitement comme principaux défis « le niveau encore élevé de la dette publique, les contraintes structurelles sur la croissance à moyen terme et les déséquilibres externes ».

Les prévisions de croissance se sont d'ailleurs tassées. Scope retient 1,9 % en 2026 puis 1,7 % en 2027, un rythme nettement inférieur aux 2,1 % de croissance réelle moyenne enregistrés entre 2023 et 2025. Moody's a abaissé son estimation à 1,7 % pour 2026 et 2027, contre 2,1 % précédemment. Le désendettement grec doit donc désormais davantage à la rigueur budgétaire qu'à l'effet mécanique d'une croissance nominale forte.

La démographie et l'investissement productif restent les deux points de blocage. Sans relance de la productivité, le passage vers la catégorie A, évoqué à Athènes, supposerait de prolonger des excédents primaires élevés pendant plusieurs années encore.

## Pourquoi cela intéresse un épargnant français

La comparaison entre Athènes et Paris s'est inversée. Fitch a maintenu le **28 août 2026** la note de la France à A+ avec perspective stable, après l'avoir abaissée d'un cran depuis AA- en septembre 2025. L'agence anticipe un ratio de dette française autour de 121 % du PIB en 2027, contre 113,2 % en 2024, sans stabilisation en vue, avec des déficits publics de 5,2 % du PIB en 2026 et 5,5 % en 2027.

Autrement dit, deux pays de la zone euro empruntent en euros, sous la même banque centrale, avec des trajectoires budgétaires opposées : l'un réduit sa dette de dix points de PIB par an, l'autre l'accroît. Les investisseurs obligataires arbitrent désormais sur cette divergence plutôt que sur le souvenir de 2010.

Pour l'épargnant, l'effet passe surtout par les **fonds euros** des contrats d'assurance vie, dont les portefeuilles sont massivement composés d'obligations souveraines de la zone euro. Un relèvement de notation élargit l'univers d'investissement éligible des assureurs et des gérants soumis à des contraintes de qualité de crédit. La dette grecque, longtemps exclue des mandats les plus prudents, redevient accessible à une gamme plus large de portefeuilles obligataires.

## Les prochaines échéances

Deux échéances structurent la fin d'année. **Standard & Poor's** examinera la Grèce le 23 octobre 2026, **Fitch** le 6 novembre 2026. Un alignement de ces deux agences sur le niveau atteint chez Scope consoliderait le positionnement grec au milieu de la catégorie investissement.

Le ministre des Finances **Kyriakos Pierrakakis** a qualifié cette double décision de « vote de confiance ». Le Premier ministre **Kyriakos Mitsotakis** a pour sa part estimé que ce double signal « confirme la justesse de la politique économique menée, ainsi que le progrès constant et continu de notre économie ».

Le point de vigilance pour les mois à venir porte moins sur la note que sur ce qui la soutient : la capacité d'Athènes à tenir un excédent primaire supérieur à 4 % du PIB alors que la croissance ralentit sous 2 %. C'est cette équation, plus que le symbole du BBB+, qui déterminera la suite.
