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title: Kevin Warsh prête serment à la Fed et affronte un premier FOMC sous tension le 17 juin
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description: "Kevin Warsh devient le 17e président de la Fed. Inflation à 3,3 %, taux à 30 ans à 5,2 % : son premier FOMC le 17 juin sera un test."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-05-26T06:10:05.559Z"
updatedAt: "2026-05-26T06:10:05.575Z"
readingTimeMinutes: 9
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# Kevin Warsh prête serment à la Fed et affronte un premier FOMC sous tension le 17 juin

> Kevin Warsh est devenu le 17e président de la Réserve fédérale américaine vendredi 22 mai à la Maison Blanche. Trois semaines avant son premier FOMC, l'inflation à 3,3 % et un taux à 30 ans à 5,2 % compliquent sa promesse de réforme.

## Une investiture sous les ors de la Maison Blanche

Kevin Warsh a prêté serment vendredi 22 mai 2026 dans la salle Est de la Maison Blanche comme nouveau président du conseil des gouverneurs de la **Réserve fédérale américaine**, succédant à Jerome Powell. Le serment a été administré par le juge de la Cour suprême Clarence Thomas, en présence du président Donald Trump, du juge Brett Kavanaugh et du président de la Chambre des représentants Mike Johnson. Warsh, 56 ans, devient le 17e président de la Fed et le 11e de l'ère bancaire moderne, selon le communiqué officiel publié par l'institution.

La cérémonie a été chargée de symboles. Warsh est le premier président de la Fed à prêter serment à la Maison Blanche depuis Alan Greenspan en 1987. Les deux derniers présidents, Janet Yellen et Jerome Powell, avaient été investis lors de cérémonies discrètes au siège de la banque centrale. Le Sénat a confirmé Warsh par 54 voix contre 45 le 13 mai, un vote presque entièrement aligné sur les lignes partisanes, seul le sénateur démocrate John Fetterman de Pennsylvanie ayant voté avec les républicains.

Jerome Powell, après huit ans à la tête de l'institution, reste au conseil des gouverneurs. Il devient le premier ancien président à conserver son siège de gouverneur depuis près de quatre vingts ans, geste interprété comme une volonté de défendre l'indépendance de la banque centrale dans la suite des affrontements personnels avec la présidence Trump.

## Les chiffres clés du dossier

-   **Date de prise de fonctions :** 22 mai 2026
-   **Fin du mandat de président :** 21 mai 2030
-   **Fin du mandat de gouverneur :** 31 janvier 2040
-   **Taux des fonds fédéraux actuel :** 3,50 % à 3,75 %
-   **Inflation core PCE :** 3,3 %, plus haut depuis deux ans (discours de Christopher Waller, 22 mai 2026)
-   **Inflation globale :** 3,8 %
-   **Taux à 30 ans américain :** 5,197 % le 19 mai, plus haut depuis juillet 2007
-   **Bilan de la Fed :** 6 730 milliards de dollars en mai 2026, contre un pic de 8 970 milliards en 2022
-   **Premier FOMC sous Warsh :** 16 et 17 juin 2026

## Un cocktail macroéconomique explosif

Warsh hérite d'une économie déstabilisée par la guerre déclenchée le 28 février 2026 entre les États unis et l'Iran. Le détroit d'Ormuz, par lequel transitait plus de 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole, a été perturbé pendant plusieurs mois. Le prix moyen de l'essence aux États unis a bondi de plus de 50 % depuis février, alimentant une remontée de l'inflation globale à 3,8 %. Le rendement du Trésor à 30 ans a touché 5,197 % le 19 mai, son plus haut niveau depuis juillet 2007, signal d'une défiance des investisseurs obligataires.

Les chiffres d'avril publiés par la Fed dessinent un tableau délicat. L'inflation sous jacente mesurée par le Personal Consumption Expenditures, indicateur préféré du comité, atteint 3,3 %, soit 1,3 point au dessus de l'objectif officiel de 2 %. Le taux de chômage reste contenu à environ 4,3 %, ce qui prive la Fed du levier classique d'une dégradation du marché du travail pour justifier un assouplissement. Le marché parie désormais sur un statu quo prolongé.

> « Je ne peux plus exclure de nouvelles hausses de taux si l'inflation ne ralentit pas rapidement », a déclaré Christopher Waller, gouverneur de la Fed et nommé par Trump, lors d'un discours prononcé à Francfort le 22 mai, le jour même de l'investiture de Warsh.

Selon l'outil FedWatch du Chicago Mercantile Exchange consulté le 25 mai, la probabilité d'un statu quo à la réunion du 17 juin atteint environ 86 %, tandis que les contrats à terme intègrent une probabilité de 43 % d'une hausse de 25 points de base lors de la réunion de décembre. La trajectoire dovish promise par Donald Trump à ses électeurs paraît donc s'éloigner.

## Le projet de réforme : une « régime change » contestée

Warsh est revenu à la Fed avec un agenda explicite. Lors de son audition au Sénat en avril, il avait annoncé vouloir mener un « régime change » de l'institution, comprenant trois piliers. Premièrement, l'abandon de la forward guidance, ces indications publiques sur la trajectoire future des taux. « Contrairement à beaucoup de mes collègues passés et présents, je ne crois pas à la forward guidance », avait il déclaré devant la commission bancaire. Il a également exprimé des réserves sur le dot plot, ce graphique qui compile les prévisions individuelles de taux des membres du FOMC, et sur la tenue d'une conférence de presse après chaque réunion.

Deuxièmement, la réduction du bilan de la banque centrale. « Lentement et délibérément, je crois que nous avons besoin d'un bilan plus petit », avait il indiqué. Le bilan de la Fed atteint 6 730 milliards de dollars en mai 2026, contre 839 milliards avant la crise financière de 2008 et un pic à 8 970 milliards en 2022. Warsh critique de longue date l'assouplissement quantitatif : « Ceux qui détiennent des actifs financiers en ont bénéficié », a t il rappelé à plusieurs reprises, plaidant pour rendre la politique monétaire moins favorable aux marchés.

Troisièmement, une refonte du modèle de prévision et du cadre opérationnel de l'inflation. Warsh veut s'écarter des cadres statiques et des modèles macroéconomiques traditionnels jugés défaillants face aux chocs énergétiques et productifs récents. Lors de son discours d'investiture, il a confirmé cette orientation.

> « Je dirigerai une Réserve fédérale orientée vers la réforme, tirant les leçons des succès et des erreurs passés, à la fois en s'affranchissant de cadres et de modèles statiques et en faisant respecter des normes claires d'intégrité et de performance », a affirmé Kevin Warsh après avoir prêté serment.

## Le piège du premier FOMC

La réunion des 16 et 17 juin sera structurante. C'est un rendez vous SEP, c'est à dire accompagné d'une mise à jour des projections économiques et du dot plot, justement le format que Warsh souhaite faire évoluer. Loretta Mester, ancienne présidente de la Fed de Cleveland qui a siégé avec Warsh entre 2006 et 2011, met en garde sur la difficulté de l'exercice. « Je l'ai vu en action. Il fonde ses décisions sur sa lecture de l'économie. Mais je ne pense pas qu'il puisse aujourd'hui plaider de manière crédible en faveur de baisses de taux, parce que nous avons un problème d'inflation », a t elle indiqué à CNBC.

Lou Crandall, économiste en chef de Wrightson ICAP et observateur réputé du FOMC, souligne une marge de manœuvre étroite. Pour lui, Warsh pourrait convaincre les onze autres votants de retirer la phrase introduisant un biais d'assouplissement dans le communiqué, un changement présenté comme un simple ajustement de communication. Ce serait toutefois un signal hawkish déguisé en aménagement technique.

Bill English, ancien responsable des affaires monétaires de la Fed et désormais professeur à Yale, voit en Warsh un dirigeant porté sur le consensus. « D'après ce que j'ai pu observer lorsqu'il était gouverneur, ce n'est pas le genre d'homme qui cherchera à se battre avec le comité. Il essaiera de trouver un consensus et de faire évoluer le comité au fil du temps, par les arguments et par les données », a t il commenté.

## L'épée de Damoclès Trump

L'équation politique reste périlleuse. Trump, qui a publiquement insulté Powell à plusieurs reprises et tenté de licencier la gouverneure Lisa Cook, attend des baisses rapides. Lors d'un meeting à Suffern dans l'État de New York le soir même de la cérémonie, il a promis que les taux baisseraient « très vite ». Quelques heures plus tôt, devant les caméras, il avait pourtant assuré vouloir que Warsh soit « totalement indépendant ».

L'affaire Cook reste pendante devant la Cour suprême, qui a entendu les arguments le 21 janvier 2026. Les juges ont semblé sceptiques quant à la possibilité pour le président de révoquer un gouverneur de la Fed. Une décision est attendue avant l'été. Cette procédure, ajoutée à la perception persistante d'une politisation de la banque centrale, pèse sur la prime de risque exigée par les investisseurs obligataires.

## Quelles implications pour les épargnants français

Pour les épargnants français, le scénario qui se dessine appelle à la prudence. La fermeté du nouveau président de la Fed devrait soutenir le dollar et maintenir une pression à la hausse sur les rendements américains à long terme. Cela pénalise mécaniquement la valeur des obligations à taux fixe déjà émises, notamment celles logées dans les fonds en euros d'**assurance vie** et dans les fonds obligataires. La Banque centrale européenne, qui maintient son taux de dépôt à 2,00 % et son taux de refinancement à 2,15 %, est elle même contrainte de réagir à l'inflation de 3 % en zone euro confirmée par Eurostat pour avril, ce qui limite tout effet de divergence trop favorable aux actifs européens.

Les portefeuilles diversifiés exposés aux actions américaines profitent encore d'un dollar fort, mais une stratégie monétaire plus restrictive et un bilan en contraction accélérée pèseraient sur les valorisations, particulièrement sur les segments les plus chèrement valorisés comme l'**intelligence artificielle**. À l'inverse, une normalisation accélérée de la politique du dollar améliorerait à terme la lisibilité des marchés et, sous réserve d'un apaisement géopolitique, pourrait offrir des points d'entrée intéressants sur l'obligataire américain à partir du second semestre.

## Ce qu'il faut surveiller dans les trois semaines à venir

-   L'indice PCE core publié le 30 mai : un chiffre supérieur à 3,4 % validerait le scénario d'une Fed contrainte à la fermeté.
-   Le discours public de Warsh avant la période de silence du FOMC, attendu vers le 6 juin.
-   Les déclarations des gouverneurs Waller, Lisa Cook et Michelle Bowman sur l'opportunité d'une hausse ou d'un statu quo.
-   L'évolution du Brent : un repli durable sous 90 dollars desserrerait l'étau inflationniste.
-   La décision de la Cour suprême sur le cas Lisa Cook, qui fixera la limite légale de l'influence de la Maison Blanche sur la Fed.

La réunion du 17 juin sera donc un test à plusieurs niveaux. Test de la capacité de Warsh à fédérer un comité majoritairement opposé à des baisses immédiates. Test de la solidité de l'indépendance institutionnelle face à un président qui revendique ouvertement vouloir des taux plus bas. Test, enfin, de la crédibilité de la promesse de réforme du nouveau président, dans un environnement où chaque mot prononcé pourrait faire bouger le rendement à 30 ans de plusieurs points de base.
