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title: "Kering : l'assemblée générale valide le dividende exceptionnel et le pari de Luca de Meo sur Gucci"
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description: "L'assemblée générale de Kering du 28 mai 2026 approuve un dividende ordinaire de 3 euros et un dividende exceptionnel de 1 euro, sur fond de plan ReconKering."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-05-28T23:07:23.491Z"
updatedAt: "2026-05-28T23:07:23.507Z"
readingTimeMinutes: 12
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# Kering : l'assemblée générale valide le dividende exceptionnel et le pari de Luca de Meo sur Gucci

> L'assemblée générale de Kering du 28 mai 2026 a approuvé toutes les résolutions, dont un dividende ordinaire de 3 euros et un dividende exceptionnel de 1 euro lié à la cession de Kering Beauté à L'Oréal pour près de 4 milliards d'euros.

## Une assemblée sous le signe de la transformation

Les actionnaires de Kering se sont retrouvés le 28 mai 2026 au siège du groupe à Paris pour une assemblée générale mixte intervenant quelques semaines après la présentation du plan stratégique ReconKering par Luca de Meo, directeur général depuis l'automne 2025. Toutes les résolutions soumises au vote ont été adoptées, selon le communiqué publié sur la plateforme Euronext. Le conseil d'administration ressort élargi à treize membres, avec un taux d'indépendance de 64 % et une proportion de femmes de 45 % hors représentants des salariés, et cinq nationalités y sont désormais représentées, américaine, britannique, chinoise, française et italienne.

L'événement intervient dans un contexte boursier prudent. À la clôture du 27 mai 2026, l'action Kering cotait 250,15 euros, en progression sur la séance par rapport à un clôturé précédent de 239,75 euros, mais toujours en retrait d'environ 60 % par rapport à son sommet de 2021. La capitalisation boursière s'établit autour de 33 milliards d'euros, ce qui place le groupe loin derrière LVMH et Hermès dans la hiérarchie du luxe européen coté.

## Les résolutions financières adoptées

-   **Dividende ordinaire :** 3 euros par action au titre de l'exercice 2025, soit la moitié des 6 euros versés un an plus tôt
-   **Dividende exceptionnel :** 1 euro par action lié à la cession de Kering Beauté à L'Oréal
-   **Acompte déjà versé :** 1,25 euro par action distribué le 15 janvier 2026
-   **Solde à venir :** 1,75 euro de dividende ordinaire et 1 euro de dividende exceptionnel mis en paiement le 4 juin 2026 sur les positions arrêtées au 3 juin au soir
-   **Date de détachement :** 2 juin 2026
-   **Renouvellement de mandats :** Véronique Weill et Serge Weinberg pour quatre ans
-   **Nouvelles nominations :** Marie Hélène Chenut et Laurent Kleitman pour quatre ans au conseil d'administration

La distribution combinée de 4 euros par action représente un rendement immédiat d'environ 1,6 % au cours du 27 mai. Le dividende exceptionnel correspond à la matérialisation pour les actionnaires d'une partie du produit de cession de Kering Beauté à L'Oréal, opération annoncée en 2025 et dont l'encaissement s'élève à près de 4 milliards d'euros. Cette transaction porte sur les licences Gucci, Bottega Veneta et Balenciaga ainsi que sur la maison Creed, et positionne L'Oréal sur le segment le plus dynamique de la beauté de luxe.

## ReconKering, un plan articulé en trois phases jusqu'en 2030

Le plan stratégique présenté à Florence le 16 avril 2026 sert désormais de feuille de route à l'ensemble du groupe. Luca de Meo, ancien dirigeant de Renault arrivé à la tête de Kering en septembre 2025, vise un doublement de la marge opérationnelle courante à environ 22 %, à partir d'un point bas de 11 % en 2025. Le calendrier prévoit trois grandes étapes. D'ici la fin 2026, la phase de remise en ordre opérationnelle doit s'achever, avec la restauration de la discipline financière et de la clarté stratégique. D'ici la fin 2028, le groupe doit entrer dans une phase de reconstruction. D'ici la fin 2030, Kering doit avoir reconquis une position de premier rang dans la course mondiale au luxe.

> « Notre activité est devenue structurellement déséquilibrée », a reconnu Luca de Meo lors de sa présentation aux investisseurs, en justifiant la nécessité d'un plan de transformation de grande ampleur.

Les leviers identifiés comprennent une réduction des stocks d'un milliard d'euros en douze mois, la rénovation des deux tiers du parc de boutiques d'ici 2030, et une réorganisation par maison effective depuis le 1ᵉʳ avril 2026 qui confère à Gucci, Saint Laurent et Bottega Veneta une autonomie accrue en matière de distribution. Les économies attendues de la consolidation des fonctions de production et de technologie sont chiffrées entre 200 et 300 millions d'euros par an, avec des coûts de restructuration d'environ 7,3 millions d'euros sur l'exercice 2026 selon les communications du groupe.

## Gucci, point de bascule du retournement

Gucci, qui représente environ 60 % des profits du groupe, concentre l'essentiel des chantiers. La marque a accueilli un nouveau directeur artistique, Demna, ancien créateur de Balenciaga pendant dix ans, qui a présenté un défilé Cruise très médiatisé à Times Square le 16 mai 2026. Bernstein a qualifié cette première sortie de « relativement mitigée, mais plutôt positive », jugeant le travail créatif cohérent tout en notant un recours marqué aux archives.

Sur le plan commercial, la stratégie repose sur quatre piliers. D'abord, la réduction de l'empreinte commerciale, avec une diminution d'environ 20 % de la surface de vente et un tiers de points de vente en moins, dans l'objectif explicite de doubler la densité des ventes. Ensuite, la montée en gamme du portefeuille produit. Les articles dits iconiques, segment le plus haut de gamme du maroquinier italien, doivent passer d'environ 10 % à 20 % des ventes de cuir d'ici 2030. La gestion des références a déjà été allégée de 20 %, et les produits de continuité doivent être réduits d'un cinquième supplémentaire d'ici la fin de la décennie.

> « Nous redimensionnons le réseau avec moins de boutiques et de meilleures boutiques dans le monde entier », a précisé Luca de Meo à propos de la stratégie de distribution. « Nous le ferons sans perdre ce message important, l'héritage de Gucci et la mode doivent coexister. »

Le quatrième pilier concerne la clientèle. La marque entend renouer en priorité avec les leaders d'influence et les clientes les plus fidèles, à travers des rituels personnalisés en boutique, un suivi après vente repensé et des séances de style sur mesure. La contribution des très bons clients dans le chiffre d'affaires doit converger vers 25 %, contre une part nettement plus faible aujourd'hui.

## Les chiffres clés des résultats récents

-   **Chiffre d'affaires 2025 :** 14,675 milliards d'euros, en baisse de 13 % en publié et de 10 % en comparable
-   **Résultat opérationnel courant 2025 :** marge de 11,1 %, contre un pic historique de 27,5 % en 2022
-   **Résultat net 2025 :** 72 millions d'euros, divisé par environ quinze par rapport à 1,13 milliard d'euros un an plus tôt
-   **Bénéfice par action 2025 :** 4,34 euros, en repli de 56 %
-   **Chiffre d'affaires du premier trimestre 2026 :** 3 568 millions d'euros, en baisse de 6 % en publié et stable en comparable
-   **Mode et maroquinerie au premier trimestre :** 2 852 millions d'euros, en repli de 9 % en publié et de 3 % en comparable
-   **Gucci au premier trimestre :** 1 347 millions d'euros, en baisse de 14 % en publié et de 8 % en comparable
-   **Joaillerie au premier trimestre :** 269 millions d'euros, en hausse de 22 % en comparable
-   **Optique au premier trimestre :** 489 millions d'euros, en hausse de 7 % en comparable
-   **Performance en Amérique du Nord :** ventes en boutiques en propre en hausse de 9 %, soit 23 % du chiffre d'affaires
-   **Europe occidentale au premier trimestre :** en repli de 7 %, soit 29 % du chiffre d'affaires
-   **Cession immobilière Monte Napoleone :** 1,16 milliard d'euros encaissés pour réduire l'endettement

La stabilisation comparable du premier trimestre 2026, après plusieurs trimestres consécutifs de baisse, a été obtenue grâce à la joaillerie et à l'optique, qui ont compensé le repli persistant de Gucci. Armelle Poulou, directrice financière de Kering, a estimé l'impact des tensions géopolitiques au Moyen Orient à environ un point de croissance comparable, les ventes du groupe dans cette région ayant reculé de 11 % sur le trimestre.

## Les analystes financiers entre prudence et patience

L'accueil boursier réservé au plan ReconKering reste contrasté. L'action a reculé de 2,5 % le 16 avril 2026, jour de la présentation, après avoir déjà cédé 9,3 % la veille en réaction à la publication trimestrielle. L'objectif de cours moyen consensuel sur douze mois ressort à 284,52 euros, avec une fourchette comprise entre 190 et 400 euros, et un partage des avis entre quatre recommandations à l'achat et trois à la vente sur l'échantillon recensé par Investing.com. Le potentiel d'appréciation théorique se situe donc autour de 13,7 % par rapport au cours du 27 mai.

UBS rappelle que le consensus de marge pour 2030 s'établit à 20,3 %, en deçà de la cible de 22,2 % fixée par la direction. Jefferies a souligné le caractère vague de la trajectoire annoncée, en notant que « Kering n'a pas fourni de combinaison toute faite de calendrier et de prévisions » permettant aux investisseurs de recalibrer immédiatement leurs multiples de valorisation. Oddo BHF a alerté que « le redressement de Gucci ne s'inscrit pas encore dans les chiffres et son timing demeure incertain ». Morgan Stanley a résumé son scepticisme par la formule selon laquelle « le buzz devance les chiffres concrets » de ventes. HSBC pointe la lenteur du redressement.

## Une thèse haussière qui repose sur la mécanique du levier opérationnel

Du côté des analystes plus constructifs, l'argumentaire repose sur trois éléments. Premièrement, la cession de Kering Beauté à L'Oréal apporte près de 4 milliards d'euros, complétés par 1,16 milliard d'euros tirés de la vente du flagship de la Via Monte Napoleone à Milan. Cette base de trésorerie réduit mécaniquement le profil de dette et redonne au groupe une marge de manœuvre pour piloter sa transformation. Deuxièmement, le marché valorise désormais Kering comme un dossier de retournement et non comme un leader du luxe, ce qui implique que toute confirmation chiffrée d'une amélioration séquentielle se traduira par une réévaluation de multiples.

Troisièmement, l'historique de Luca de Meo chez Renault, où il a piloté le plan Renaulution avec une trajectoire de marge similaire, constitue un argument crédibilité auprès des investisseurs. Décision Bourse a publié le 22 mai une note recommandant l'achat à 240 euros avec un objectif de 300 euros à 18 mois, soit un potentiel de 25 % au regard du cours actuel. Le ratio cours sur bénéfice ressort certes très élevé à environ 95 fois, mais ce niveau reflète la compression temporaire des profits davantage qu'une surévaluation structurelle, étant donné la base 2025 dégradée.

## Les zones d'ombre du dossier

Plusieurs facteurs de risque pèsent sur l'exécution du plan. La dépendance à Gucci reste majeure, et toute déception sur les premières collections signées Demna pourrait reporter l'amélioration des ventes au delà de 2027. Le contexte de marché ne facilite pas la tâche. Le luxe personnel mondial devrait croître entre 3 et 5 % en 2026 selon les estimations sectorielles, et LVMH a publié un recul organique de 1 % sur 2025 à 80,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Hermès continue de surperformer, mais avec un rythme de croissance lui aussi en décélération.

La concurrence interne au portefeuille de Kering est également un défi. Saint Laurent stagne, Bottega Veneta progresse modestement, et la joaillerie est encore un contributeur de taille limitée à l'échelle du groupe. La capacité à transformer rapidement le mix produit chez Gucci, à monter en gamme sans aliéner la clientèle plus accessible, et à fermer un tiers des points de vente sans dégrader l'image, suppose une exécution opérationnelle complexe sur plusieurs trimestres.

## Ce que cela change pour les épargnants français

Pour les investisseurs particuliers exposés à Kering via leur compte titres ordinaire, leur plan d'épargne en actions, ou les unités de compte de leur **assurance vie** répliquant les indices européens, plusieurs implications concrètes se dégagent. Premièrement, le versement combiné de 2,75 euros par action début juin, solde du dividende ordinaire et dividende exceptionnel, constitue un flux de trésorerie tangible pour les détenteurs en direct. Sur la base de 122 millions d'actions environ en circulation, le décaissement global avoisine 335 millions d'euros.

Deuxièmement, Kering pèse environ 1,2 % de l'indice CAC 40 selon les pondérations courantes, soit un poids modeste mais non négligeable. Les ETF répliquant le CAC 40, le SBF 120 ou les indices européens larges, présents dans la majorité des contrats d'**assurance vie** multi supports, intègrent mécaniquement ce dossier de retournement dans leur performance. Une bonne exécution du plan ReconKering, à horizon 18 à 24 mois, pourrait contribuer positivement à ces véhicules indiciels.

Troisièmement, le segment du luxe européen constitue un thème d'allocation pour les épargnants qui cherchent une exposition à la consommation discrétionnaire mondiale. La divergence de valorisation entre Hermès, valorisé comme un actif de rareté, LVMH, valorisé comme un conglomérat diversifié, et Kering, valorisé comme un dossier de retournement, ouvre des opportunités de diversification au sein même du secteur. Pour un profil prudent, l'arbitrage entre ces trois titres permet de calibrer le couple risque rendement à l'intérieur d'une même exposition sectorielle.

## Ce qu'il faut surveiller dans les prochains mois

-   La trajectoire des ventes comparables de Gucci au deuxième trimestre 2026, qui constituera le premier test chiffré du repositionnement créatif et commercial
-   Le calendrier de versement des dividendes le 4 juin 2026 et l'évolution de la base d'actionnaires individuels au sein du flottant
-   La performance des premières collections Demna en boutique, attendues à partir de l'été 2026, et leur accueil par les clientes finales
-   L'exécution du programme de fermeture des points de vente Gucci, avec un suivi attendu trimestre par trimestre dans les annexes des publications financières
-   La progression de la joaillerie et de l'optique, qui doivent monter en puissance pour réduire la dépendance du groupe à la mode
-   L'utilisation du produit de cession de Kering Beauté, entre réduction de dette, investissements stratégiques et rémunération des actionnaires
-   La prochaine journée investisseurs prévue avant la fin de l'exercice, qui pourrait apporter des précisions chiffrées attendues par les analystes sceptiques

L'assemblée générale du 28 mai 2026 a validé la feuille de route, mais le marché reste en attente d'une preuve par les chiffres. La capacité de Luca de Meo à transformer le récit ReconKering en accélération séquentielle des ventes constitue désormais le principal facteur d'évolution du cours. Pour les épargnants français, le dossier illustre une vérité du luxe européen, la prime de marché va aux maisons qui parviennent à conjuguer rareté, discipline tarifaire et cohérence créative dans la durée.
