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title: "Gilts britanniques à un sommet depuis 1998 : la crise politique de Starmer secoue les marchés"
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category: macro-economics
description: "Le gilt britannique à 30 ans atteint 5,78 %, plus haut depuis 1998. Starmer affaibli, la livre cède 0,7 %. Analyse des risques pour les épargnants."
keywords: [gilts britanniques, rendement gilt 30 ans, crise politique Royaume-Uni, Starmer démission, Rachel Reeves budget, marche obligataire britannique, livre sterling, Reform UK Farage, Angela Rayner, OAT France]
tags: [gilts, royaume-uni, starmer, rachel-reeves, marche-obligataire, livre-sterling, reform-uk, rendement-souverain, crise-politique, dette-publique]
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-05-12T14:13:44.313Z"
updatedAt: "2026-05-12T14:13:44.328Z"
readingTimeMinutes: 6
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# Gilts britanniques à un sommet depuis 1998 : la crise politique de Starmer secoue les marchés

> Le rendement du gilt britannique à 30 ans atteint 5,78 %, un plus haut depuis 1998, et la livre cède 0,7 % face au dollar. Le marché obligataire intègre une prime de risque politique liée à la succession possible de Keir Starmer.

## Le marché obligataire britannique sous tension

Les rendements des obligations souveraines du Royaume-Uni, les gilts, ont atteint le mardi 12 mai 2026 leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs décennies. Le rendement du gilt à 10 ans a bondi d'environ 10 points de base pour s'établir autour de 5,101 %, son plus haut niveau depuis la crise financière de 2008, selon les données rapportées par CNBC. À l'extrémité longue de la courbe, le gilt à 30 ans s'est négocié jusqu'à 5,78 %, un sommet inégalé depuis 1998, d'après FXStreet et Euronews.

La livre sterling a accentué sa baisse, reculant de 0,7 % face au dollar américain à 1,3517 dollar. Les rendements à 20 ans ont également progressé de 10 points de base, signe que la défiance touche l'ensemble de la courbe. Les investisseurs internationaux exigent désormais une prime de terme plus élevée pour détenir de la dette britannique sur la longue durée.

## Une crise politique qui prend une tournure budgétaire

Le déclencheur immédiat de ce mouvement n'est pas un indicateur économique mais une crise de leadership au sein du Parti travailliste au pouvoir. Le Premier ministre Keir Starmer a prononcé le lundi 11 mai un discours qualifié de pivot, promettant de "faire face aux grands défis" du pays, citant la croissance, la défense nationale, la relation avec l'Europe et les besoins énergétiques. Cette intervention n'a pas suffi à apaiser les marchés.

Les élections locales du 8 mai 2026 ont rebattu les cartes du paysage politique britannique. Le parti Reform UK de Nigel Farage a remporté plus de 1 350 sièges et pris le contrôle de 13 conseils, dont celui de l'Essex tenu par les Conservateurs depuis vingt cinq ans. Les Travaillistes ont perdu plus de 1 300 sièges et le contrôle de 35 conseils selon les chiffres compilés par CNN et Al Jazeera. Les derniers sondages YouGov créditent Reform UK de 25 % à 26 % des intentions de vote, contre 18 % pour le Labour et 17 % à 19 % pour les Conservateurs.

## La question de la succession inquiète les investisseurs

Ce qui agite le marché obligataire dépasse la simple éventualité d'un départ de Starmer. Les opérateurs s'interrogent sur l'identité de son successeur potentiel et sur le programme budgétaire qui en découlerait. Les noms les plus cités sont ceux d'Angela Rayner, ancienne vice Première ministre, d'Andy Burnham, maire de Greater Manchester, et de Wes Streeting, ministre de la Santé. Les deux premiers sont perçus par les marchés comme plus à gauche que Starmer, donc susceptibles de pousser les dépenses publiques et l'endettement.

> "Les marchés obligataires craignent à la fois un changement du statu quo et une augmentation de l'émission de gilts sous un Premier ministre plus à gauche", résument les analystes de Eurasia Group cités par CNBC, qui estiment que Starmer pourrait ne pas tenir jusqu'à la fin de l'année.

Andy Burnham a tenté de désamorcer ces inquiétudes en présentant un plan économique destiné à rassurer les détenteurs de gilts. Cette initiative illustre une nouveauté politique : les candidats à la succession doivent désormais composer avec un veto de fait du marché obligataire.

## Une marge de manœuvre budgétaire qui se réduit

La hausse des rendements arrive au pire moment pour la Chancelière de l'Échiquier Rachel Reeves. Selon l'Institute for Fiscal Studies, sa marge de manœuvre budgétaire, dite fiscal headroom, s'établit à 21,7 milliards de livres. Or chaque hausse de 0,25 % des coûts d'emprunt ajoute environ 2,5 milliards de livres au service annuel de la dette. La progression de 0,5 % observée ce printemps représente donc un surcoût récurrent de 5 milliards de livres par an pour le Trésor britannique.

Cette mécanique enferme le gouvernement dans un cercle problématique : plus les rendements montent, plus la dette devient coûteuse, plus la marge budgétaire se réduit, plus le risque d'un dérapage qui force de nouvelles émissions augmente. Morningstar et l'Institute for Fiscal Studies parlent d'un mouvement obligataire qui dérive à la hausse depuis trois mois consécutifs.

## Quelles implications pour les épargnants français ?

L'épargnant français est exposé à cette dynamique par plusieurs canaux. D'abord les fonds en euros et les contrats d'assurance vie multisupports détiennent souvent des poches d'obligations souveraines européennes, dont des gilts, via des fonds obligataires diversifiés. Une remontée durable des taux longs britanniques pèse sur la valorisation des positions existantes mais améliore le rendement des nouvelles souscriptions.

Ensuite, le mouvement britannique sert d'indicateur avancé pour les autres dettes souveraines européennes. La France, qui présente elle aussi un déficit public élevé et un débat politique tendu sur la trajectoire budgétaire, est observée de près. Tout choc sur les gilts peut élargir mécaniquement les spreads des OAT face au Bund allemand.

Enfin, la faiblesse de la livre face au dollar et à l'euro joue à plein. Pour un épargnant français détenant des actions britanniques en direct ou via un ETF, la dépréciation du sterling rogne la performance exprimée en euros. À l'inverse, les exportateurs européens vers le Royaume-Uni voient leur compétitivité prix se dégrader.

## Perspectives d'experts

Les gestionnaires consultés par Bloomberg et Morningstar adoptent une posture prudente. Plusieurs maisons recommandent de privilégier les obligations souveraines de la zone euro de qualité, Bund allemand en tête, comme valeur refuge tant que le brouillard politique londonien ne se dissipe pas. D'autres voient dans les niveaux de rendement actuels une opportunité, en pariant sur une stabilisation politique avant le budget d'automne.

> "Quand vous êtes dans un trou, arrêtez de creuser", résume une note de l'Institute for Fiscal Studies, qui appelle à un signal budgétaire crédible avant que la prime de risque ne devienne autoréalisatrice.

## Ce qu'il faut surveiller

-   L'évolution du soutien parlementaire à Keir Starmer dans les prochaines semaines, en particulier le nombre de députés travaillistes ouvertement dissidents.
-   Les projets budgétaires éventuels des prétendants à la succession, notamment Andy Burnham et Angela Rayner.
-   La trajectoire des rendements gilts 10 ans et 30 ans : un dépassement durable de 5,30 % et 6,00 % respectivement signalerait une rupture.
-   Le calendrier de la prochaine prise de parole de la Chancelière Rachel Reeves et toute mise à jour de la projection budgétaire du Treasury.
-   La réaction de la Banque d'Angleterre : un programme de soutien obligataire, comme en 2022, constituerait un signal de gravité.

## Conclusion

La crise actuelle illustre un phénomène devenu central dans les marchés développés : la souveraineté politique se heurte au verdict quotidien du marché obligataire. Pour les épargnants français, l'épisode britannique offre une grille de lecture utile sur le coût du désordre budgétaire et politique. La vigilance sur la diversification géographique des actifs obligataires et sur la couverture du risque de change reste plus pertinente que jamais.
