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title: "Fusions pharmaceutiques : 106 milliards de dollars en 2026, le mur des brevets accélère les rachats"
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description: Les laboratoires ont engagé 106 milliards de dollars en rachats en 2026. La perte de brevets sur 300 milliards de revenus accélère la consolidation du secteur.
keywords: [fusions acquisitions pharma, mur des brevets, biotech 2026, Eli Lilly rachats, Merck Keytruda, consolidation pharmaceutique, PitchBook biotech, investissement santé]
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-06-10T12:07:27.222Z"
updatedAt: "2026-06-10T12:07:27.239Z"
readingTimeMinutes: 5
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# Fusions pharmaceutiques : 106 milliards de dollars en 2026, le mur des brevets accélère les rachats

> Les laboratoires ont engagé 106 milliards de dollars en rachats depuis janvier, selon PitchBook. La perte de brevets sur 300 milliards de revenus pousse les géants à reconstituer leurs portefeuilles à un rythme inédit depuis 2019.

Les groupes pharmaceutiques achètent **"comme si tout allait disparaître"**, résume Rajesh Kumar, responsable de la recherche actions santé chez HSBC. La formule traduit une réalité chiffrée : depuis le 1er janvier 2026, le secteur a engagé 106 milliards de dollars dans 201 opérations de croissance externe, d'après les données du cabinet PitchBook. Ce rythme place l'année sur une trajectoire de plus de 250 milliards de dollars, soit le meilleur exercice depuis le sommet de 2019.

Pour les épargnants exposés au secteur de la santé, par les fonds actions, les unités de compte d'assurance vie ou les trackers sectoriels, cette vague de consolidation redessine la hiérarchie d'une industrie qui pèse lourd dans les indices européens et américains.

## Une accélération qui s'inscrit dans la durée

Le mouvement actuel prolonge une dynamique amorcée il y a deux ans. Après un creux post-pandémique en 2022, puis une année 2024 plus calme à 114,8 milliards de dollars de transactions, le marché a rebondi à 209 milliards en 2025. Les six premiers mois de 2026 confirment cette trajectoire ascendante.

La valeur moyenne d'une opération a fortement progressé, atteignant 527,3 millions de dollars contre 365 millions un an plus tôt. Eli Lilly illustre cette frénésie : le laboratoire avait dépensé plus de 35 milliards de dollars en acquisitions à la fin du mois d'avril.

> "Tant que vous êtes une entreprise très solide, comme Lilly, où la croissance est au rendez-vous, beaucoup veulent s'associer à vous. Mais si vous faites face à une falaise de brevets et que vos perspectives pourraient se dégrader dans les trois à cinq prochaines années, alors vous devez être à l'initiative."
> 
> Rajesh Kumar, responsable de la recherche actions santé, HSBC

## Le mur des brevets, moteur central

Le catalyseur reste la nécessité de combler les trous de chiffre d'affaires créés par l'expiration des brevets. Sur les cinq prochaines années, plus de 300 milliards de dollars de revenus du secteur sont menacés par la perte d'exclusivité, qui ouvre la voie aux génériques bien moins chers.

Les exemples emblématiques abondent. Le Keytruda de Merck, traitement anticancéreux qui génère plus de la moitié du chiffre d'affaires du groupe, perd son exclusivité en 2028. L'Eliquis de Bristol Myers Squibb, anticoagulant codéveloppé avec Pfizer, approche lui aussi de l'échéance. Eli Lilly, Gilead et Pfizer figurent parmi les autres laboratoires confrontés à des expirations majeures.

"Il faut toujours combler le trou dans votre compte de résultat quand la falaise de brevets vous frappe", souligne Rajesh Kumar. Cette urgence stratégique explique pourquoi les acheteurs privilégient les actifs proches de la commercialisation plutôt que les molécules à un stade précoce.

## La stratégie des rachats ciblés l'emporte

Contrairement aux grandes fusions des années passées, les dirigeants concentrent leurs moyens sur des acquisitions complémentaires comprises entre 1 et 5 milliards de dollars. Nanna Lüneborg, associée du fonds de capital risque Forbion, cite le rachat de RAPT Therapeutics par GSK pour 2,2 milliards de dollars comme exemple type.

Ce format présente plusieurs avantages : il vise quelques produits précis plutôt qu'une franchise entière, facilite l'intégration et limite les obstacles liés aux préoccupations de concurrence.

> "Historiquement, les méga fusions situées entre 10 et 20 milliards de dollars ont été plus difficiles à réussir."
> 
> Nanna Lüneborg, associée, Forbion

Selon cette spécialiste, l'industrie ne cède pas à la panique. Les groupes ciblent en priorité des produits bientôt commercialisables, tout en investissant dans des actifs plus précoces pour accéder aux nouvelles technologies. L'oncologie, les maladies métaboliques et les avancées dans le système nerveux central, notamment sur la maladie d'Alzheimer, concentrent les appétits.

## La Chine, terrain de chasse aux innovations

La quête de molécules prometteuses conduit fréquemment les laboratoires occidentaux vers la Chine. Malgré un projet de réglementation américaine qui limiterait l'usage des données cliniques chinoises, l'intérêt pour ces actifs ne faiblit pas.

Un modèle dit "NewCo" s'est imposé : les groupes acquièrent les droits hors de Chine d'une molécule pour créer une nouvelle entité en Europe ou aux États-Unis, chargée de mener le produit jusqu'aux validations des agences sanitaires. Cette approche permet d'exploiter des recherches développées en Chine pour le marché local, mais privées des capitaux ou de l'infrastructure mondiale nécessaires à un déploiement international.

## Un marché porté par le retour des investisseurs

Le climat boursier a nettement changé en douze mois. L'indice biotechnologique XBI a progressé de 50 %, et plusieurs introductions en Bourse réussies ont rouvert la fenêtre des cotations pour le secteur. Cette amélioration alimente un cercle vertueux.

"Parce que la pression pour acquérir des produits est si forte du fait des falaises de brevets, cela contribue à attirer davantage d'investisseurs généralistes vers la biotechnologie", observe Nanna Lüneborg.

Tous les analystes ne partagent pas le même optimisme sur la suite immédiate. Rajesh Kumar nuance : l'environnement de taux d'intérêt s'est dégradé sous l'effet des pressions inflationnistes récentes, ce qui rend le second semestre potentiellement moins porteur que le premier. "L'environnement de transactions était un peu plus favorable au premier semestre qu'il ne l'est actuellement", précise-t-il.

## Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs prévisions tablent sur une poursuite du mouvement. Certaines maisons anticipent une croissance de 15 % du nombre et de la valeur des opérations en 2026, soit près de 520 transactions pour un peu plus de 230 milliards de dollars. Les noms cités parmi les acheteurs potentiels incluent Merck, Johnson & Johnson, Novartis, Sanofi et Bristol Myers Squibb.

Pour les épargnants français, l'enjeu est double. La consolidation pharmaceutique soutient les valorisations d'un secteur défensif présent dans de nombreux fonds patrimoniaux. Elle expose aussi à une volatilité accrue : un laboratoire visé par une offre peut bondir, tandis qu'un acquéreur jugé trop dépensier peut reculer. La sélection des fonds et la diversification restent les meilleurs garde fous face à cette recomposition.
