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title: "Fonds de continuation : 65 milliards de dollars au premier semestre, l'assurance remplace le vendeur"
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description: "Les secondaires GP led atteignent 65 milliards de dollars au premier semestre 2026. L'assurance de garantie remplace l'engagement du vendeur. Analyse."
keywords: [fonds de continuation, marché secondaire private equity, assurance garantie de passif, warranty and indemnity, GP led secondaires, "garantie d'actif et de passif", capital investissement 2026, risques transactionnels, ILPA fonds de continuation, assurance fusions acquisitions]
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canonical: "https://www.france-epargne.fr/news/fonds-de-continuation-65-milliards-de-dollars-au-premier-semestre-lassurance-remplace-le-vendeur"
author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-08-15T09:08:47.122Z"
updatedAt: "2026-08-15T09:08:47.144Z"
readingTimeMinutes: 8
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# Fonds de continuation : 65 milliards de dollars au premier semestre, l'assurance remplace le vendeur

> Les opérations secondaires pilotées par les gérants ont atteint 65 milliards de dollars au premier semestre 2026, en hausse de 35 %. Dans ces montages où le vendeur et l'acheteur sont le même gérant, l'assurance de garantie devient le seul contrepoids réel.

Le marché secondaire du capital investissement vient de franchir un seuil que les assureurs de garantie observaient depuis deux ans. Selon la revue semestrielle publiée le 21 juillet 2026 par Evercore, les volumes échangés ont atteint 121 milliards de dollars sur les six premiers mois de l'année, en progression de 19 % sur un an. La composition de ce total marque une rupture : les opérations pilotées par les gérants eux mêmes, dites GP led, pèsent désormais 65 milliards de dollars, soit une hausse de 35 %, contre 56 milliards pour les cessions initiées par les investisseurs, en croissance de seulement 4 %.

Pour la première fois, le centre de gravité du marché bascule vers des transactions où le gérant se trouve des deux côtés de la table. Les véhicules de continuation mono actif, qui permettent à une société de gestion de conserver un actif jugé stratégique au delà de la durée de vie de son fonds, représentent à eux seuls 34 milliards de dollars, un montant en progression de 88 % sur un an.

## Un vendeur qui ne peut pas vraiment garantir

Cette bascule pose un problème juridique que les praticiens de la fusion acquisition connaissent bien. Dans une cession classique, l'acheteur obtient du vendeur une garantie d'actif et de passif : si les comptes présentés se révèlent inexacts, si un contentieux fiscal surgit, si un contrat commercial déterminant n'existait pas dans les termes annoncés, le cédant indemnise. Cette garantie repose sur un principe simple, l'existence de deux parties aux intérêts opposés.

Dans un fonds de continuation, ce principe se dissout. Le gérant vend un actif détenu par son fonds arrivé à échéance à un nouveau véhicule qu'il gère également. Il négocie donc face à lui même. Une garantie donnée par le fonds cédant à l'acquéreur reviendrait, en pratique, à faire supporter aux investisseurs sortants un risque que les investisseurs entrants pourraient activer, alors que le même gérant arbitre les deux camps.

S'ajoute une contrainte de calendrier. L'intérêt d'une opération secondaire tient à la distribution immédiate de liquidités aux porteurs de parts qui choisissent de sortir. Immobiliser une fraction du prix sur un compte séquestre pendant deux ou trois ans, mécanisme habituel pour sécuriser une garantie de passif, viderait le montage de sa raison d'être.

## Le transfert du risque vers l'assureur

La réponse du marché consiste à sortir la garantie du contrat pour la loger chez un tiers. Les acquéreurs de parts secondaires recourent à [l'assurance des risques transactionnels](https://www.france-epargne.fr/products/assurances-professionnelles/assurance-warranty-indemnity) pour obtenir un recours direct contre un assureur, sans dépendre d'une action contre le gérant. Le fonds cédant plafonne sa responsabilité à un montant symbolique, distribue l'intégralité du produit de cession, et l'acheteur conserve une voie d'indemnisation en cas de manquement.

Un cabinet Mayer Brown, dans une note du 30 juillet 2026 consacrée à la sécurisation de ces montages, situe le taux de recours à cette couverture entre 20 % et 30 % des opérations de continuation en 2024, avec une progression en 2025 et 2026. La note souligne une fonction qui dépasse la protection financière : l'examen mené par l'assureur constitue une évaluation indépendante de la qualité des informations communiquées, et démontre que le gérant n'a pas conçu la transaction pour échapper à toute responsabilité après la clôture.

Certaines polices vont plus loin encore. Les garanties dites synthétiques sont négociées directement entre l'acquéreur et l'assureur, en dehors de la documentation de cession et sans intervention du vendeur. L'assureur couvre alors des déclarations comme si le cédant les avait consenties. Ces contrats exigent en contrepartie un travail de vérification préalable au moins équivalent, souvent supérieur, à celui d'une opération classique, et s'accompagnent de franchises plus élevées.

## Des sinistres qui montent plus vite que les primes

Cet appel d'air survient au moment où la sinistralité du produit se dégrade. L'étude mondiale publiée le 3 juin 2026 par le courtier Aon recense plus de 3 milliards de dollars d'indemnisations versées à ses clients depuis la création du produit, sur près de 2 000 dossiers. En zone Europe, Moyen Orient et Afrique, les déclarations sont passées de 70 en 2024 à 119 en 2025, soit une progression de 47 %.

Le paiement médian sur un sinistre nord américain atteint 8,2 millions de dollars en 2025, contre 5,5 millions un an plus tôt. Les dossiers à huit chiffres représentent 41 % des indemnisations versées en Amérique du Nord, contre 27 % en 2024. Les inexactitudes des états financiers concentrent 38 % des pertes payées.

> « L'environnement de sinistralité mondiale évolue rapidement, la hausse de la fréquence, l'aggravation de la sévérité et le déplacement des schémas de déclaration transformant le paysage de l'assurance des opérations de fusion acquisition. »
> 
> Stephen Davidson, responsable mondial des sinistres, Aon Transaction Solutions

Le courtier WTW parvient au même diagnostic dans son rapport de mars 2026 : ses clients nord américains ont recouvré plus de 150 millions de dollars en 2025, pour un paiement moyen d'environ 7,3 millions, deux records. Le montant recouvré représente en moyenne près de la moitié du plafond des polices concernées. WTW note que les assureurs jugent la tarification en retard sur cette dérive et réexaminent leurs politiques de souscription.

## La réponse des investisseurs institutionnels

Les porteurs de parts ne s'en remettent pas uniquement au marché de l'assurance. L'Institutional Limited Partners Association, association qui regroupe les investisseurs institutionnels du capital investissement, a publié le 27 janvier 2026 un modèle standardisé de communication applicable aux fonds de continuation. Le document normalise les informations transmises avant l'arbitrage entre sortie et maintien : caractéristiques de l'actif, déroulement du processus, profil de rendement attendu, conditions du nouveau véhicule.

L'association a prolongé ce chantier par un projet de recommandations mis en consultation publique jusqu'au 5 août 2026. Le texte insiste sur la gestion des conflits d'intérêts, l'obligation pour le gérant de justifier la logique économique de l'opération, l'établissement d'un prix défendable et l'existence d'une véritable option de statu quo pour les investisseurs qui souhaitent conserver leur exposition. La version définitive est attendue avant la fin de l'année 2026.

Ce calendrier réglementaire converge avec les préoccupations des assureurs. Un montage documenté selon un standard reconnu se souscrit plus facilement qu'une opération dont la gouvernance repose sur les seules pratiques internes du gérant.

## Une pratique qui gagne la France par le bas

Le marché français aborde ce mouvement avec un temps de retard. Les travaux d'Aon situent le Royaume Uni et les pays nordiques parmi les premiers utilisateurs de la garantie de passif assurantielle, l'Europe du Sud et la France ayant longtemps privilégié la clause contractuelle classique, présente dans la grande majorité des cessions de sociétés non cotées.

La dynamique s'inverse. Le rebond de la fusion acquisition alimente la demande : les transactions annoncées dans le monde ont atteint 2 800 milliards de dollars au premier semestre 2026, en hausse de près de 50 % sur un an, la meilleure performance depuis le début des relevés en 1980. Les cabinets français constatent que la couverture s'installe désormais sur des opérations de taille intermédiaire, bien en deçà des seuils qui la réservaient autrefois aux grandes cessions.

## Ce que cela change pour les investisseurs

Pour l'épargnant exposé au capital investissement via une unité de compte, un fonds commun de placement à risques ou un contrat dédié, la question n'est plus théorique. Une part croissante de la valeur des portefeuilles transite par des véhicules de continuation, et la protection juridique attachée à ces transferts repose désormais largement sur une police d'assurance plutôt que sur l'engagement d'un vendeur.

Trois paramètres méritent examen. Le plafond de la police rapporté au prix de la transaction détermine la fraction du risque réellement transférée. La nature des déclarations couvertes, complètes ou limitées à un socle réduit, conditionne l'étendue de la protection. La solidité financière de l'assureur, enfin, devient le vrai support de la garantie une fois le vendeur libéré.

La montée en puissance des véhicules de continuation illustre une transformation plus profonde du capital investissement, où la liquidité offerte aux porteurs de parts s'obtient en déplaçant le risque juridique vers le marché de l'assurance. La question ouverte porte sur la capacité de ce marché à absorber la charge : les assureurs constatent une sinistralité en accélération alors que la tarification, revenue à la hausse depuis 2025 seulement, part d'un niveau historiquement bas.

## Ce qu'il faut surveiller

-   La publication de la version définitive des recommandations de l'Institutional Limited Partners Association sur les fonds de continuation, attendue avant fin 2026
-   L'évolution des taux de prime en Europe, après la première remontée enregistrée depuis trois ans
-   Le rythme de déclaration des sinistres en zone Europe, Moyen Orient et Afrique, en progression de 47 % en 2025
-   La projection Evercore d'un volume secondaire annuel de 250 à 260 milliards de dollars sur l'ensemble de 2026
-   La diffusion des garanties synthétiques sur les opérations de taille intermédiaire en France
