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title: "Feux de l'été : 500 millions d'euros assurés, 1 800 pertes d'exploitation déclarées"
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description: "France Assureurs chiffre à 500 millions d'euros les feux de l'été 2026 : 25 000 sinistres, dont 1 800 pertes d'exploitation sans dommage matériel direct."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-09-06T21:13:32.755Z"
updatedAt: "2026-09-06T21:13:32.796Z"
readingTimeMinutes: 10
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# Feux de l'été : 500 millions d'euros assurés, 1 800 pertes d'exploitation déclarées

> France Assureurs a publié le 28 août un premier bilan des incendies de l'été 2026 : environ 25 000 sinistres pour près de 500 millions d'euros. Sur 3 000 déclarations professionnelles, plus de 1 800 portent sur des pertes d'exploitation survenues sans dommage matériel direct.

France Assureurs a publié vendredi 28 août un premier bilan des incendies de l'été 2026 : environ 25 000 sinistres déclarés, pour un coût estimé à près de 500 millions d'euros. Le décompte, arrêté à la mi-août, porte sur les feux qui ont frappé la Gironde, les Landes et le Var. Florence Lustman, présidente de la fédération qui rassemble la quasi-totalité des assureurs français, y lit « l'ampleur exceptionnelle des dommages ».

La comparaison avec 2022 mesure le saut d'échelle. Entre début juin et fin septembre de cette année-là, les feux de forêt avaient donné lieu à quelque 2 000 déclarations, pour 80 millions d'euros de dégâts. Quatre ans plus tard, le nombre de sinistres est plus de dix fois supérieur et la facture assurée environ six fois plus lourde.

## 21 000 dossiers de particuliers et 100 000 hectares brûlés

Les particuliers concentrent l'essentiel des dossiers, avec environ 21 000 sinistres recensés, frais de relogement compris pour une partie des quelque 30 000 personnes évacuées sur ordre des autorités. Près de 100 000 hectares de végétation ont brûlé en France cet été, un niveau inédit depuis le début des mesures satellitaires il y a vingt ans. À la mi-juillet, un mégafeu a ravagé environ 42 000 hectares en Gironde, un record depuis 1949, sans faire de victime mais en détruisant 180 habitations au Porge.

Le chiffre de 500 millions d'euros n'est pas définitif. Les sinistrés ont bénéficié d'un délai exceptionnel jusqu'au 31 août pour déclarer leurs dégâts, et France Assureurs indique que la quasi-totalité des sinistres de logements et d'entreprises nécessitant une expertise a fait l'objet d'une première visite ou en attendait une dans les jours suivants. L'agence de notation Morningstar DBRS évalue de son côté les pertes économiques globales liées à ces mégafeux entre 10 et 15 milliards d'euros, un périmètre bien plus large que celui des seuls biens assurés.

## Les feux de forêt ne relèvent pas du régime Cat Nat

Ces 500 millions d'euros ne transitent pas par la solidarité nationale. Le **régime Cat Nat** (le dispositif d'indemnisation des catastrophes naturelles encadré par la loi du 13 juillet 1982) couvre les inondations, la sécheresse et le retrait-gonflement des argiles, les séismes, les mouvements de terrain, les avalanches et les vents cycloniques. L'incendie en est exclu : selon France Assureurs, les dommages causés par le feu relèvent de la garantie incendie présente dans la grande majorité des contrats multirisques, et aucun arrêté de catastrophe naturelle n'est publié pour un feu de forêt.

La conséquence est comptable. Les 500 millions d'euros de l'été 2026 pèsent sur les comptes des assureurs et de leurs réassureurs privés, sans passer par la réassurance publique illimitée de la **CCR** (Caisse centrale de réassurance, l'entreprise publique adossée à la garantie de l'État qui réassure le régime Cat Nat). Dans son rapport au ministre de l'Économie remis en février 2026, CCR classe d'ailleurs les feux de forêt parmi les périls suivis en veille, hors du régime, en relevant que le phénomène « se généralise sur le continent européen ».

## 1 800 pertes d'exploitation pour 30 millions d'euros

Pour les professionnels, les agriculteurs et les collectivités territoriales, près de 3 000 déclarations ont été enregistrées. Plus de 1 800 d'entre elles portent sur des **pertes d'exploitation**, c'est-à-dire le manque à gagner lié à l'interruption forcée de l'activité. France Assureurs les évalue à près de 30 millions d'euros et précise qu'elles sont, dans l'immense majorité des cas, survenues alors même que les entreprises concernées n'avaient subi aucun dommage matériel direct.

La garantie perte d'exploitation d'un contrat multirisque professionnel se déclenche classiquement à la suite d'un dommage matériel garanti sur les biens de l'entreprise. Un restaurant vidé par un ordre d'évacuation, un camping fermé par la coupure d'une route départementale ou un site touristique désert pendant un épisode de fumée subissent une perte de recettes sans que leurs murs aient brûlé. Couvrir cette situation suppose une extension dédiée, négociée à la souscription.

Les assureurs positionnent sur ce créneau l'**assurance paramétrique**, aussi appelée assurance indicielle : l'indemnisation se déclenche dès qu'un paramètre mesurable, vent, pluie, température, humidité des sols ou indice satellitaire, franchit un seuil défini au contrat, sans expertise du dommage. Ces contrats indiciels, regroupés sur le marché français sous l'appellation d'[assurance paramétrique climat et CatNat](https://www.france-epargne.fr/products/assurances-professionnelles/assurance-parametrique-climat-catnat), versent un montant fixé à la souscription dès que l'indice retenu franchit son seuil.

## Comment fonctionne une indemnisation indicielle ?

Le modèle est déjà industrialisé en France sur les prairies. Dans une tribune publiée en novembre 2022, Florence Lustman décrivait l'indice de pousse de l'herbe bâti par les assureurs français sous contrôle de la puissance publique, à partir de données satellitaires et météorologiques, pour évaluer une baisse de production fourragère que l'expertise de terrain mesure mal. Elle y soulignait une indemnisation « plus rapide, plus objective et économiquement plus accessible pour l'assuré ».

La contrepartie porte un nom technique : le **risque de base**, soit l'écart entre le montant versé, calculé à partir de l'indice, et la perte réellement subie par l'entreprise. Un exploitant dont la parcelle a davantage souffert que ne l'indique la maille météorologique retenue perçoit moins que son préjudice réel. L'écart joue aussi en faveur de l'assuré lorsque l'indice se dégrade plus vite que sa production. Le choix du paramètre, du seuil et de la maille géographique constitue donc le cœur de la négociation, plus encore que le tarif.

## L'État a relevé les acomptes agricoles à 80 %

Les pouvoirs publics ont agi cet été sur la vitesse de versement. Un arrêté publié le 31 juillet 2026, signé par les ministères de l'Agriculture et de l'Économie après avis de la Commission chargée de l'orientation et du développement des assurances garantissant les dommages causés aux récoltes et du Comité consultatif de la législation et de la réglementation financières, modifie le cahier des charges de l'assurance récolte pour la campagne 2026.

Le texte porte à 80 % du montant prévisionnel de l'**ISN** (indemnité de solidarité nationale, la part publique de l'indemnisation des pertes de récolte instaurée par la loi du 2 mars 2022) le taux maximal de l'acompte que l'assureur verse à un exploitant assuré, sur la base de la perte constatée lors de la visite de l'expert. Objectif affiché par le ministère de l'Agriculture : permettre aux agriculteurs de faire face à leurs charges courantes sans attendre le calcul définitif des pertes en fin de campagne. Lors d'un déplacement en Gironde à la mi-août, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait par ailleurs annoncé 12 millions d'euros d'aides immédiates, un dégrèvement fiscal pour les entreprises sinistrées et une accélération des permis de construire.

## Un régime rééquilibré depuis janvier 2025

Le régime Cat Nat, lui, a été recalibré. Deux arrêtés publiés le 28 décembre 2023 ont porté le taux de la surprime Cat Nat de 12 % à 20 % sur les contrats de dommages aux biens d'habitation et professionnels au 1er janvier 2025, et de 6 % à 9 % sur les garanties vol et incendie des contrats automobiles, soit une capacité de couverture supplémentaire de 1,2 milliard d'euros par an selon Bercy. Ces cotisations n'avaient pas été réévaluées depuis près de vingt-cinq ans.

Les chiffres de CCR expliquent la décision. Sur 1982 à 2024, le coût cumulé des sinistres Cat Nat hors automobile atteint 61,2 milliards d'euros en valeur 2024, soit 1,42 milliard par an en moyenne, contre 2,52 milliards sur les seules années 2016 à 2024. Le ratio sinistres sur primes ressort à 119 % sur cette dernière période, avec un résultat technique déficitaire huit années sur neuf, et CCR absorbe désormais 52 % des sinistres en moyenne, 60 % en 2024. L'année 2022 détient le record, à 3,9 milliards d'euros de sinistralité dont 3,6 milliards pour la seule sécheresse. L'étude Climat 2023 menée par CCR sur les données de Météo-France anticipe une hausse de 40 % du coût des catastrophes naturelles d'ici 2050, jusqu'à 60 % en intégrant la progression des enjeux assurés.

## Le débat sur l'assurabilité des zones exposées

Le premier rapport de l'Observatoire de l'assurabilité, remis le 15 juin 2026 par CCR, livre un constat rassurant : aucune commune française n'est privée d'accès à l'assurance habitation. Des tensions modérées ou légères apparaissent toutefois dans un peu plus de 2 % des communes métropolitaines, soit 811 communes, et dans l'ensemble des départements et régions d'outre-mer étudiés. La Direction générale du Trésor, qui a publié ces conclusions le 22 juin 2026, y ajoute une trajectoire : une sinistralité Cat Nat passée d'environ 1 milliard d'euros par an sur 1982 à 2024 à près de 2 milliards aujourd'hui, et de l'ordre de 4 milliards par an attendus d'ici 2050. Le gouvernement s'engage à réexaminer le taux de surprime tous les cinq ans et à travailler avec les assureurs et les collectivités sur la vulnérabilité des logements et des entreprises.

Les acteurs du marché divergent sur la suite. Pascal Demurger, directeur général de la Maif, plaide pour une régulation et une mutualisation entre assureurs, estimant qu'« il y a un vrai risque que des assureurs se retirent des zones les plus exposées parce qu'elles ne sont pas rentables » si « on laisse juste le marché faire ». Henri de Castries, ancien président d'Axa, situe la limite plus loin : un monde à 2 °C de réchauffement resterait selon lui assurable, un monde à 4 °C ne le serait certainement plus. CCR, de son côté, formule quatorze préconisations dans son rapport de février 2026 et fixe une partie d'entre elles à un horizon de moyen terme, autour de 2030, le temps d'évaluer l'effet des réformes déjà entrées en vigueur.

## Un premier semestre mondial plus clément

Les chiffres mondiaux dessinent une saison bien moins coûteuse. Swiss Re Institute a estimé le 11 août les pertes assurées mondiales liées aux catastrophes naturelles à 42 milliards de dollars au premier semestre 2026, le total le plus bas depuis 2020 et 16 % sous la moyenne décennale, pour 100 milliards de dollars de pertes économiques. Le réassureur suisse relève dans le même document que l'Europe compte 64 % de journées à 30 °C ou plus qu'au cours des années 1950 et que les pertes assurées liées aux feux de forêt y progressent de 8 % à 11 % par an en termes réels depuis 1970. Balz Grollimund, responsable des périls catastrophiques chez Swiss Re, souligne qu'un premier semestre moins coûteux ne signifie pas que le risque a disparu et cite précisément les incendies européens récents.

## Les échéances à surveiller

-   **Le bilan définitif des feux** : les déclarations restaient ouvertes jusqu'au 31 août 2026, ce qui situe le total au-dessus des 500 millions d'euros annoncés le 28 août.
-   **La saison qui reste à courir** : sur longue période, le second semestre représente en moyenne 58 % des pertes assurées mondiales liées aux catastrophes naturelles, selon Swiss Re Institute.
-   **Le rendez-vous quinquennal sur la surprime** : le Trésor a acté un réexamen du taux tous les cinq ans, après le passage à 20 % de janvier 2025.
-   **Les quatorze préconisations de CCR** : leur calendrier, fixé autour de 2030, conditionne les prochaines évolutions du régime.

## Sources

-   France Assureurs, premier bilan des incendies de l'été 2026, dépêche AFP reprise par CNEWS, 28 août 2026
-   Public Sénat, « Une facture qui s'annonce colossale, après les incendies, les canicules et la sécheresse de l'été 2026 », 31 août 2026
-   Swiss Re Institute, pertes assurées du premier semestre 2026, relayé par Artemis, 11 août 2026
-   CCR, Rapport au ministre de l'Économie sur le régime d'indemnisation des catastrophes naturelles, février 2026
-   Direction générale du Trésor, « Face aux risques climatiques, le Gouvernement propose d'adapter le système assurantiel français », 22 juin 2026
-   Ministère de l'Agriculture, communiqué sur l'arrêté du 31 juillet 2026 relatif aux acomptes d'assurance récolte
-   Ministère de l'Économie, communiqué n° 1484 du 28 décembre 2023 sur les arrêtés relatifs aux cotisations Cat Nat
-   France Assureurs, tribune de Florence Lustman sur l'assurance paramétrique, 24 novembre 2022
