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title: "Direct lending : l'Europe recule au premier semestre 2026, les capitaux se concentrent au sommet"
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description: "Crédit privé : 262 Md$ levés au S1 2026, mais l'Europe recule de 35 %. Eurazeo bat un record, les ELTIF ouvrent le direct lending aux épargnants français."
keywords: [direct lending, crédit privé, dette privée, Eurazeo, ELTIF 2.0, financement des entreprises, private markets, investissement alternatif, FSB crédit privé, rendement dette privée]
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canonical: "https://www.france-epargne.fr/news/direct-lending-leurope-recule-au-premier-semestre-2026-les-capitaux-se-concentrent-au-sommet"
author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-07-21T09:05:39.738Z"
updatedAt: "2026-07-21T09:05:39.754Z"
readingTimeMinutes: 6
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# Direct lending : l'Europe recule au premier semestre 2026, les capitaux se concentrent au sommet

> La collecte de crédit privé a atteint 262 milliards de dollars au premier semestre 2026, mais l'Europe recule de 35 % sur un an et dix fonds captent 60 % des montants. Un marché qui s'ouvre aux épargnants via les ELTIF, alors que le FSB alerte sur ses vulnérabilités.

Le **direct lending**, ce financement direct des entreprises par des fonds plutôt que par les banques, traverse une phase de tri. La collecte mondiale de crédit privé a atteint 262 milliards de dollars au premier semestre 2026, en hausse de 30 % sur un an selon le décompte de la lettre spécialisée The Credit Crunch. Derrière ce chiffre flatteur se cache un marché à deux vitesses : l'essentiel des montants va désormais aux plus gros gérants, tandis que l'Europe et les acteurs de taille moyenne marquent le pas.

## Une reprise portée par le seul deuxième trimestre

La dynamique du semestre repose presque entièrement sur les mois d'avril à juin. Après un premier trimestre atone à 89 milliards de dollars, les gérants ont levé 173 milliards au deuxième trimestre, soit près de 70 % de la collecte semestrielle. Le rebond masque une réalité plus contrastée : le nombre de véhicules de direct lending qui ont bouclé leur levée a diminué de 35 % sur un an, mais chaque fonds pèse en moyenne deux fois plus qu'auparavant.

La concentration est le fait marquant de la période. Les dix plus grosses levées ont absorbé 60 % de l'ensemble des capitaux, et les fonds dépassant 10 milliards de dollars ont été trois fois plus nombreux qu'un an plus tôt. À l'inverse, les véhicules inférieurs à un milliard ont vu leur nombre chuter de 40 % et leurs montants reculer de 30 %. Barings a levé 19 milliards de dollars pour sa stratégie mondiale de prêt direct, Churchill Asset Management 16 milliards pour son programme de dette senior, Crescent Capital 10,8 milliards. Les épargnants et institutions se réfugient dans les signatures les plus établies.

## L'Europe en retrait, la France en contre-exemple

Sur le plan géographique, l'Amérique du Nord capte 61 % des flux, contre 52 % un an plus tôt. La collecte européenne, elle, recule de 35 % sur un an, un net retournement pour une région qui représentait jusqu'ici près du tiers du marché. L'Asie progresse depuis une base modeste, avec 7,5 milliards de dollars levés sur douze fonds.

Un acteur français fait figure d'exception notable. Le 2 juin 2026, Eurazeo a annoncé la clôture de son fonds phare de dette privée, Eurazeo Private Debt VII, à un niveau record de 3,9 milliards d'euros, dépassant d'un tiers son objectif initial de 3 milliards. Programme compris, l'ensemble atteint 5,5 milliards d'euros, dont près d'un milliard collecté auprès de la clientèle privée. Le fonds est déjà déployé à 65 %, avec 2,5 milliards investis dans plus de 70 entreprises européennes. La plateforme de dette privée du groupe gère désormais plus de 11 milliards d'euros, soit environ 29 % de ses encours.

> Cette clôture record traduit la confiance de nos investisseurs dans notre stratégie et la forte demande d'exposition au segment lower mid-market européen, selon Eric Gallerne et François Lacoste, associés gérants de l'activité dette privée d'Eurazeo.

## Une classe d'actifs qui s'ouvre aux particuliers

Longtemps réservé aux investisseurs institutionnels, le crédit privé se démocratise sous l'effet du règlement européen ELTIF 2.0, entré en application et destiné à élargir l'accès aux actifs de long terme. Le Parlement européen anticipe que les encours des fonds ELTIF pourraient atteindre 100 milliards d'euros d'ici 2028. Les fonds semi-liquides, dits evergreen, offrent aux souscripteurs des fenêtres de rachat périodiques, mensuelles ou trimestrielles, sur une fraction de la valeur liquidative.

La France se distingue comme un marché pionnier de cette ouverture. AXA IM Alts y a lancé un premier fonds de crédit privé au format ELTIF 2.0, distribué au travers de contrats d'assurance et pensé pour les épargnants individuels, s'appuyant sur l'expertise de sa filiale CAPZA. Pour l'investisseur particulier, c'est la possibilité de participer au [financement direct des entreprises européennes](https://www.france-epargne.fr/products/investissements-alternatifs/direct-lending) à travers une enveloppe encadrée, avec un rendement potentiellement supérieur aux placements obligataires classiques, en contrepartie d'une liquidité réduite.

## Rendements attractifs, mais vigilance accrue

Le contexte de taux entretient l'attrait de la classe d'actifs, dont les prêts sont généralement à taux variable. Les rendements des prêts à effet de levier européens s'établissent à 7,2 % à la mi-juillet 2026, en hausse de 62 points de base depuis le début de l'année, tandis que les spreads atteignent 494 points de base. Ce niveau soutient les revenus des fonds, mais la hausse des coûts de financement fragilise aussi les entreprises emprunteuses.

Les analystes de Morningstar y voient un signal à surveiller. Ils décrivent l'écartement des spreads sur les prêts à effet de levier comme un baromètre en temps réel du stress de crédit sur le segment sous la catégorie investissement qui sous-tend la plupart des portefeuilles de crédit privé. Si les niveaux actuels restent en deçà des seuils de crise, une tendance haussière durable signalerait une détérioration de la qualité des emprunteurs, susceptible de provoquer dépréciations et pertes.

## Le régulateur monte au créneau

La croissance du crédit privé, dont la taille mondiale est estimée autour de 2 000 milliards de dollars, attire l'attention des autorités. Le Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board, FSB) a publié en 2026 un rapport sur les vulnérabilités de ce marché, pointant quatre risques principaux : le niveau d'endettement des emprunteurs, les décalages de liquidité dans les fonds semi-liquides ouverts aux particuliers, l'interconnexion avec les banques et les assureurs, et l'opacité des valorisations d'actifs peu liquides.

Cette surveillance s'intensifie précisément parce que le crédit privé s'ouvre à l'épargne des ménages et aux capitaux d'assurance. Le décalage entre des actifs peu liquides et la promesse de rachats réguliers constitue le point de vigilance central pour les fonds destinés au grand public. Plusieurs véhicules semi-liquides ont d'ailleurs déjà plafonné leurs demandes de retrait, un rappel que l'accessibilité nouvelle de la classe d'actifs ne supprime pas sa nature fondamentalement illiquide.

## Ce qu'il faut surveiller

Pour l'épargnant français tenté par le direct lending, trois paramètres méritent attention. Le premier concerne les frais et la structure : les fonds evergreen accessibles via l'assurance vie facturent des commissions qui pèsent sur le rendement net. Le deuxième porte sur la liquidité réelle, car les fenêtres de rachat peuvent être suspendues en cas de tensions. Le troisième relève de la diversification, un fonds exposé à un secteur ou à des entreprises trop endettées étant plus sensible à un retournement du cycle.

Le semestre écoulé dessine un marché qui mûrit. La concentration de la collecte vers les grandes maisons, le retrait relatif de l'Europe et la montée de l'épargne individuelle redessinent les équilibres. La réussite d'Eurazeo montre qu'un acteur français peut tirer son épingle du jeu, tandis que la démocratisation par les ELTIF ouvre une porte inédite aux particuliers, sous le regard désormais attentif des régulateurs.
