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title: "Catastrophes naturelles : 25 % des pertes assurées, Bruxelles crée une alliance"
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category: esg-sustainable
description: "Bruxelles crée une alliance pour l'assurance des risques climatiques. Seuls 25 % des pertes catastrophes sont assurées en Europe. Ce qui change en France."
keywords: [alliance assurance risques climatiques, catastrophes naturelles Europe, regime CatNat, "surprime CatNat 20 %", deficit de couverture assurance, EIOPA tableau de bord, assurance habitation 2026, retrait-gonflement des argiles, "discours etat de l'Union 2026", CCR reassurance publique]
tags: [climat, assurance, catastrophes-naturelles, catnat, union-europeenne, von-der-leyen, eiopa, ccr, secheresse, assurance-habitation, risque-climatique, reassurance]
canonical: "https://www.france-epargne.fr/news/catastrophes-naturelles-25-des-pertes-assurees-bruxelles-cree-une-alliance"
author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-09-16T18:16:51.394Z"
updatedAt: "2026-09-16T18:16:51.438Z"
readingTimeMinutes: 7
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# Catastrophes naturelles : 25 % des pertes assurées, Bruxelles crée une alliance

> Ursula von der Leyen a annoncé mercredi la création d'une alliance européenne pour l'assurance des risques climatiques. Seuls 25 % environ des pertes dues aux catastrophes sont couvertes par une assurance privée en Europe. La France, protégée par son régime CatNat, part d'une position à part.

Ursula von der Leyen a consacré une partie de son discours sur l'état de l'Union, mercredi 16 septembre à Strasbourg, à une statistique qui touche directement les propriétaires et les épargnants européens. « Aujourd'hui, en Europe, seuls 25 % environ des pertes dues à des catastrophes sont couvertes par une assurance privée », a déclaré la présidente de la Commission européenne devant le Parlement. « Ainsi, bien trop souvent, ce sont les budgets nationaux qui font office d'assureur de dernier recours. »

La Commission mettra en place une **alliance pour l'assurance des risques climatiques** pour réduire l'écart entre les dommages subis et les dommages indemnisés. Selon la dépêche de Reuters signée Kate Abnett, ce dispositif réunira assureurs, investisseurs, modélisateurs de risques, autorités publiques et souscripteurs.

## Un bilan estival chiffré devant le Parlement

L'annonce s'appuie sur un état des lieux que la présidente a détaillé à la tribune : « 660 000 hectares réduits en cendres », « quelque 12 millions de tonnes de récoltes perdues » et « plus de 35 000 décès supplémentaires pendant les vagues de chaleur ». Elle a cité le recul du Danube, du Rhin et de la Garonne, et rappelé que le continent se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale.

Deux autres chantiers accompagneront l'alliance. Un cadre de résilience climatique sera présenté en octobre et identifiera **100 territoires européens parmi les plus vulnérables**. Un plan européen de lutte contre les vagues de chaleur et une initiative sur l'eau suivront.

## D'où vient le chiffre de 25 %

La statistique citée par la Commission provient du tableau de bord de l'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA). Cet outil agrège pertes économiques, pertes assurées et estimations de risque pour 30 pays européens sur la période 1980 à 2024. Sa dernière mise à jour remonte au 5 décembre 2025.

Dans un document publié avec le Mécanisme européen de stabilité le 9 avril 2026, l'EIOPA évalue à **environ 75 % la part des pertes économiques liées aux catastrophes naturelles restée non assurée**. Les deux institutions y proposent un dispositif à deux étages : un pool d'assurance paneuropéen financé par des primes fondées sur le risque, et un filet de sécurité sous forme de prêts pour les événements extrêmes qui dépasseraient la capacité du pool.

Le document chiffre l'enjeu : entre 1981 et 2023, les catastrophes naturelles ont causé **environ 900 milliards d'euros de dommages économiques directs** en Europe, dont 65 milliards pour la seule année 2021, 57 milliards en 2022 et 45 milliards en 2023. En modélisant la mise en commun de douze pays de l'Espace économique européen avec le modèle Moody's RMS Europe NatCat Climate HD, l'EIOPA obtient une réduction d'environ **40 % des pertes à période de retour bicentennale**, l'horizon sur lequel Solvabilité II calibre les exigences de capital, par rapport à la somme des portefeuilles nationaux. Le montant de la capitalisation initiale du dispositif reste à arbitrer.

## La France dispose déjà d'un étage de mutualisation

Le régime d'indemnisation des catastrophes naturelles place l'Hexagone dans une situation différente de celle de la plupart de ses voisins. Toute police d'assurance dommages aux biens y intègre une cotisation additionnelle, la surprime CatNat, dont une partie remonte vers la Caisse centrale de réassurance (CCR), réassureur public adossé à la garantie de l'État.

Cette cotisation a été relevée en 2025. Le rapport d'information n° 603 du Sénat, déposé le 15 mai 2024 par la rapporteure Christine Lavarde, rappelle que le taux était resté fixé à 12 % depuis septembre 1999. Un décret du 22 décembre 2023 l'a porté à **20 % sur les contrats dommages aux biens** au 1er janvier 2025, et à 9 % sur les contrats automobiles.

Les comptes du réassureur public montrent l'effet de ce relèvement. Dans ses résultats annuels 2025, la CCR indique que la mesure a apporté **541 millions d'euros de ressources supplémentaires** dès sa première année d'application. Le régime dégage un résultat technique de 52 millions d'euros, contre une perte de 49 millions en 2024, et 466 millions d'euros ont été affectés à la réserve d'égalisation, épuisée depuis 2023. La CCR sort ainsi de huit exercices de déficit technique consécutifs depuis 2016.

La sinistralité 2025 prise en charge atteint 978 millions d'euros, dont 482 millions au titre de la sécheresse, 241 millions pour le cyclone Garance et 80 millions pour les inondations bretonnes. Édouard Vieillefond, directeur général de la CCR, décrit une « trajectoire pluriannuelle » de retour au rôle d'amortisseur.

## Un équilibre encore provisoire

Ce redressement tient à une sinistralité que le réassureur qualifie d'intensité modérée. Les projections retenues par le Sénat sont plus sévères : le coût des sinistres augmenterait d'environ 40 % à l'horizon 2050, et de 60 % en intégrant la progression des enjeux assurés. Pour la seule sécheresse liée au retrait-gonflement des argiles, la facture passerait de 13,8 milliards d'euros sur les trente années précédentes à **43 milliards d'euros entre 2020 et 2050**. Le même rapport estime que la surprime devrait atteindre 26 % en 2050 pour absorber cette trajectoire.

France Assureurs aboutit à un ordre de grandeur voisin sur l'ensemble des événements naturels : le montant des sinistres pourrait doubler entre 2020 et 2050 par rapport à la période 1989 à 2019, passant de 73,4 milliards à **143 milliards d'euros**. La fédération recense 10,4 millions de maisons situées en zone d'exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles.

## Les limites de l'outil retenu

L'alliance annoncée mercredi ne constitue pas un texte législatif. Elle rassemble des acteurs autour d'objectifs communs : élever le taux de souscription, promouvoir des instruments de réduction du risque tels que l'assurance de groupe ou l'assurance paramétrique, dont les indemnisations se déclenchent automatiquement au franchissement d'un seuil de pluviométrie ou de température.

Le dispositif contraignant défendu en avril par l'EIOPA et le Mécanisme européen de stabilité reste donc en suspens. Sa capitalisation initiale et le calibrage de son filet de sécurité n'ont fait l'objet d'aucune décision.

Les assureurs européens placent pour leur part l'accent sur l'amont. Dans sa réponse à la consultation de l'EIOPA sur le tableau de bord, Insurance Europe défend un renforcement des mesures d'adaptation et des investissements de prévention comme condition de viabilité de la couverture. La fédération signale aussi des angles morts dans l'outil de mesure et cite le Portugal, où la couverture du risque sismique concerne environ 15 % des ménages sans que l'écart soit classé comme significatif.

La critique vient également du champ environnemental. Faustine Bas-Defossez, directrice des politiques au Bureau européen de l'environnement, juge le discours contradictoire : il « traite certains symptômes de notre crise environnementale tout en affaiblissant les protections nécessaires pour s'attaquer à ses causes », déclare-t-elle, relevant que la nature et la pollution étaient absentes de l'intervention. Le conseil scientifique consultatif européen sur le changement climatique, présidé par Ottmar Edenhofer, avait publié le 17 février 2026 un rapport appelant à harmoniser les évaluations de risque entre États membres, au motif qu'une adaptation fragmentée fragilise la résilience collective.

## Trois échéances à surveiller

Pour un propriétaire français, l'alliance européenne ne change rien à court terme. La ligne qui pèse sur la facture reste la surprime de 20 %, appliquée depuis le 1er janvier 2025 à l'ensemble des contrats dommages aux biens.

-   **Octobre 2026 :** le cadre de résilience climatique précisera quels territoires figurent parmi les 100 plus vulnérables, un classement susceptible d'orienter les politiques de souscription des assureurs.
-   **Suite donnée au pool européen :** l'arbitrage entre coordination volontaire et mécanisme financé dira si Bruxelles vise réellement une réduction du déficit de couverture.
-   **Trajectoire de la surprime française :** la CCR a reconstitué une réserve, mais les projections officielles pointent un taux supérieur au niveau actuel d'ici 2050.

L'enjeu dépasse l'assurance habitation. Les fonds immobiliers, les portefeuilles obligataires souverains et les contrats en unités de compte exposés aux infrastructures européennes intègrent ce risque de sinistralité climatique dans leur tarification. Les 75 % de pertes non assurées recensées par l'EIOPA se répartissent aujourd'hui entre les propriétaires touchés et les budgets publics.
