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title: "Cacao : la tonne retombe sous 3 900 dollars, à 70 % de son record de 2024"
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category: commodities
description: "Le cacao retombe vers 3 895 dollars la tonne au 1er juin 2026, en baisse de 59 % sur un an. Retour de l'excédent et impact sur le prix du chocolat."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-06-02T06:10:37.415Z"
updatedAt: "2026-06-02T06:10:37.431Z"
readingTimeMinutes: 5
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# Cacao : la tonne retombe sous 3 900 dollars, à 70 % de son record de 2024

> La fève chute à environ 3 895 dollars la tonne au 1er juin 2026, en repli de près de 59 % sur un an, loin du sommet de 12 906 dollars de décembre 2024. Retour de l'excédent et chute de la demande redessinent le marché du chocolat.

Le cacao poursuit sa lente descente. La tonne s'échangeait autour de **3 895 dollars** le 1er juin 2026 sur les marchés de référence de Londres et New York, selon les données de Trading Economics, en recul d'environ **59 % sur un an**. Le contraste avec le pic de décembre 2024 est saisissant : la fève culminait alors à **12 906 dollars la tonne**, un record absolu. En dix-huit mois, le cours a perdu près de 70 % de sa valeur, refermant l'une des envolées les plus brutales de l'histoire des matières premières agricoles.

Cette correction concerne directement les épargnants et les consommateurs français, à double titre. Le cacao pèse sur les comptes des grands groupes agroalimentaires cotés et alimente une partie de l'inflation alimentaire qui rogne le pouvoir d'achat. Comprendre le retournement éclaire à la fois les choix de portefeuille et les prix en rayon.

## D'une pénurie historique au retour de l'excédent

La flambée de 2023 et 2024 trouvait son origine dans une succession de mauvaises récoltes en Afrique de l'Ouest, où la Côte d'Ivoire et le Ghana fournissent plus de 60 % de la production mondiale. Vieillissement des arbres, maladies des cabosses et météo défavorable avaient creusé un déficit que l'Organisation internationale du cacao (ICCO) chiffrait à 489 000 tonnes pour la campagne 2023 et 2024, l'un des plus larges jamais enregistrés.

La donne s'est inversée. Pour la campagne 2024 et 2025, l'ICCO a révisé son estimation vers un **excédent de 75 000 tonnes**, avec une production de 4,728 millions de tonnes pour des broyages de 4,606 millions. Le retour de pluies plus clémentes en Afrique de l'Ouest et la montée en puissance des plantations d'Amérique latine ont desserré l'étau. Pour 2025 et 2026, Rabobank anticipe désormais un excédent de 250 000 tonnes, après avoir tablé sur 328 000 tonnes en novembre.

Les stocks confirment le basculement. Les inventaires certifiés sur la place new yorkaise ont atteint environ 2,85 millions de sacs au 29 mai 2026, un sommet de près de deux ans. Cette reconstitution physique limite mécaniquement la capacité des cours à rebondir durablement.

## Quand la demande recule plus vite que l'offre ne se rétablit

Le facteur le plus déterminant n'est pas venu des plantations, mais des usines. Confrontés à des prix devenus prohibitifs, les industriels ont réduit leur consommation de fèves par la reformulation, la substitution et la diminution des formats. Les chiffres de broyage, indicateur avancé de la demande, ont chuté au deuxième trimestre 2025 sur un an : **moins 7,2 % en Europe**, moins 16 % en Asie et moins 2,8 % en Amérique du Nord, selon les données reprises par J.P. Morgan.

> « La gueule de bois des sommets atteints au quatrième trimestre de l'année dernière s'est installée, et les données de broyage tant attendues ont confirmé la destruction de la demande. »
> 
> Tracey Allen, stratégiste matières premières agricoles, J.P. Morgan

Autrement dit, le marché est repassé en excédent moins parce que l'offre a bondi que parce que les acheteurs ont nettement réduit la voilure. Cette nuance compte : un rééquilibrage tiré par la demande est plus fragile qu'un rééquilibrage tiré par des récoltes abondantes.

## Le paradoxe du chocolat plus cher

La chute des cours ne s'est pas répercutée en rayon, et c'est la principale source d'incompréhension pour les consommateurs. À Pâques 2026, l'association UFC Que Choisir estimait que les friandises chocolatées coûtaient en moyenne **4 % de plus** qu'un an plus tôt, et 36 % de plus qu'en 2022. Les marques nationales affichaient une hausse moyenne de 5 %, quand les produits de marque distributeur restaient stables.

L'explication tient à la mécanique des achats. Les chocolatiers s'approvisionnent en matières premières neuf à douze mois à l'avance par des couvertures. Le cacao transformé pour Pâques 2026 a donc été acheté au moment où les cours flirtaient avec leurs sommets. La baisse récente ne se traduira sur les étiquettes qu'avec plusieurs mois de décalage, à mesure que les anciennes couvertures s'épuisent.

## Gagnants et perdants chez les industriels cotés

Le repli des cours redistribue les cartes entre transformateurs et marques. Morgan Stanley a relevé sa recommandation sur Barry Callebaut, premier fabricant mondial de chocolat industriel, à « surpondérer », tout en abaissant celle du suisse Lindt à « sous-pondérer ». Le raisonnement repose sur une divergence de modèle économique : le transformateur profite davantage de la déflation des intrants que les marques premium, dont les volumes restent sous pression.

Barry Callebaut a indiqué que sa composante prix deviendrait négative au deuxième trimestre 2026, signe que la baisse commence à atteindre la facturation. Pour les marques positionnées sur le haut de gamme, la prudence domine : la hausse cumulée des prix de détail de ces deux dernières années a déjà entamé les volumes, et un retour de la demande n'est pas acquis.

## Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs aiguilles peuvent encore faire bouger les cours. La météo ouest africaine reste le principal aléa : un épisode El Niño défavorable en Côte d'Ivoire et au Ghana raviverait les craintes d'offre. À l'inverse, une demande durablement déprimée prolongerait l'excédent et pèserait sur les prix.

Les analystes ne misent pas sur un retour aux niveaux planchers d'avant 2023. J.P. Morgan juge que les prix resteront « structurellement plus élevés pour plus longtemps », autour de 6 000 dollars la tonne à moyen terme, un palier nettement supérieur à la moyenne historique. Pour l'épargnant exposé à l'agroalimentaire, l'enjeu se résume à un arbitrage : la déflation des coûts soutiendra les marges des transformateurs, tandis que les marques devront prouver qu'elles peuvent regagner des volumes sans sacrifier leurs prix.
