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title: "Bande C : 6,1 milliards pour SES et Eutelsat, l'assurance spatiale espère un rebond"
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description: "SES et Eutelsat empochent 6,1 milliards de dollars sur la bande C. Ce que cette manne change pour le marché de l'assurance spatiale et ses primes."
keywords: [assurance spatiale, assurance satellites, SES bande C, Eutelsat FCC, prime assurance satellite, marché assurance spatiale 2026, capacité assurance spatiale, débris orbitaux, loi opérations spatiales, satellite géostationnaire]
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-07-29T09:11:10.302Z"
updatedAt: "2026-07-29T09:11:10.396Z"
readingTimeMinutes: 8
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# Bande C : 6,1 milliards pour SES et Eutelsat, l'assurance spatiale espère un rebond

> La FCC a fixé le cadre de la transition de la bande C aux États-Unis : SES recevra 5,6 milliards de dollars et Eutelsat 504 millions. Une manne qui décidera du sort des commandes de satellites géostationnaires, socle du marché de l'assurance spatiale.

Le régulateur américain des télécommunications a arrêté le cadre de la transition de la bande C haute aux États-Unis. Les deux principaux opérateurs européens de satellites, le luxembourgeois SES et le français Eutelsat, ont confirmé lundi 27 juillet qu'ils se partageraient environ 6,1 milliards de dollars de paiements incitatifs pour libérer 160 mégahertz de spectre au profit des réseaux mobiles de nouvelle génération.

La Bourse a salué l'annonce : Eutelsat a gagné 7,3 % à 2,16 euros et SES 6,2 % à 7,45 euros, chacun signant un plus haut d'une semaine. La décision intéresse aussi, plus discrètement, le cercle restreint des souscripteurs spécialisés installés à Londres, Paris et New York. Le sort du marché de l'assurance spatiale dépend en effet largement de la capacité des opérateurs géostationnaires à commander de nouveaux satellites.

## Ce que prévoit l'ordonnance de la FCC

La Federal Communications Commission (FCC) a fixé à environ 5,6 milliards de dollars la part de SES et à 504 millions celle d'Eutelsat, soit 443 millions d'euros avant impôt selon l'opérateur français. Le canadien Telesat percevra 189 millions, selon la revue spécialisée Via Satellite. Ces montants restent conditionnés au respect de deux échéances : le 31 décembre 2030 pour la libération principale du spectre, le 30 juin 2031 pour la phase finale. Eutelsat anticipe un encaissement au cours de l'année 2031.

Les coûts de migration des clients et de reconfiguration des flottes, évalués entre 4 et 5 milliards de dollars par les analystes cités par Investing.com, feront l'objet d'un remboursement distinct par une chambre de compensation dédiée. Une enchère doit attribuer les fréquences libérées aux opérateurs mobiles en 2027. « Nous saluons l'ordonnance publiée par la FCC, qui représente une étape importante pour les industries américaines du satellite et des télécommunications », a déclaré Jean-François Fallacher, directeur général d'Eutelsat. Son homologue de SES, Adel Al-Saleh, a jugé que les paiements « reconnaissent de façon appropriée le rôle déterminant » de son groupe dans le réaménagement des fréquences.

## Pourquoi les souscripteurs suivent ce dossier de spectre

Un satellite géostationnaire coûte de l'ordre de 300 millions de dollars sur le pas de tir. Ces engins, dont l'encombrement approche celui d'un autobus, forment le socle du marché de l'assurance spatiale : ils ont alimenté près de 500 millions de dollars de primes par an au cours de la décennie écoulée. Environ la moitié du parc géostationnaire mondial est couverte, au moins pour la phase de lancement.

Ce socle s'érode. Eutelsat a renoncé au satellite Flexsat Americas pour préserver sa trésorerie et financer sa constellation OneWeb en orbite basse. SES a annoncé le 12 mai, lors de sa publication trimestrielle, l'annulation de deux satellites commandés par Intelsat avant son rachat. « SES a notifié la résiliation du contrat Intelsat 41 et Intelsat 44 », a confirmé un porte-parole de Thales Alenia Space. Les trois engins avaient été commandés en 2022 auprès du même industriel européen et devaient rejoindre l'orbite géostationnaire d'ici 2028.

La manne de la bande C modifie la trajectoire financière des deux opérateurs sans dire quoi que ce soit de leurs arbitrages industriels. Elle peut financer un renouvellement de flotte géostationnaire, et donc de nouvelles primes, ou au contraire accélérer le basculement vers l'orbite basse et le désendettement.

## Un marché revenu à l'équilibre après le choc de 2023

Le rapport du courtier Aon consacré au premier trimestre 2026 chiffre précisément la convalescence du secteur. En 2023, les assureurs avaient enregistré 1,43 milliard de dollars de sinistres pour environ 550 millions de primes encaissées. Le résultat est repassé dans le vert dès 2024, avec un profit d'environ 383 millions.

Pour 2025, Aon évalue les primes à plus de 650 millions de dollars et les sinistres à quelque 503 millions, soit un ratio de sinistralité de 77,4 % et un bénéfice de 147 millions. La marge brute cumulée sur cinq ans, tombée à moins 643 millions après l'exercice 2023, est remontée à plus 62 millions au début de 2026. Une sinistralité importante notifiée fin 2025 a toutefois absorbé la hausse de primes attendue.

Vingt-cinq assureurs souscrivent des risques spatiaux cette année, après le retrait d'environ 160 millions de capacité constaté en 2024. La capacité théorique mondiale atteint désormais 709,4 millions de dollars pour le lancement et 669,4 millions pour la vie en orbite. Les tarifs demeurent élevés. Matthew Gleeson, responsable du pôle spatial d'Aon au Royaume-Uni, décrit un marché en « convalescence prudente et réfléchie », avant un net regain de lancements assurés attendu en 2027 et 2028.

## Paris pèse 13 % de la capacité mondiale

La France occupe le deuxième rang européen derrière Londres sur ce marché de niche. Les souscripteurs installés à Paris apportent 95,7 millions de dollars de capacité théorique au lancement et 90,7 millions en orbite, soit 13,49 % du total mondial recensé par Aon. Le Royaume-Uni en concentre 42,71 %, l'Asie 22,66 % et les États-Unis 11,98 %.

Cinq acteurs composent la place parisienne : AXA XL Paris et Phemis, avec 25 millions chacun, SCOR pour 20 millions, Cooper Gay pour 15,7 millions et La Réunion Spatiale pour 10 millions au lancement. Pour un opérateur ou un équipementier français, le prix de [l'assurance spatiale et satellites](https://www.france-epargne.fr/products/assurances-professionnelles/assurance-spatiale-satellites) découle directement de cet équilibre entre primes encaissées et sinistres déclarés.

Le cadre juridique demeure national. La loi du 3 juin 2008 relative aux opérations spatiales impose à tout opérateur autorisé de souscrire une assurance ou une garantie financière couvrant sa responsabilité envers les tiers. Le plafond en vigueur s'établit à 60 millions d'euros, montant que couvre par exemple Arianespace pour ses lancements. Au delà de ce seuil, la garantie de l'État prend le relais. Le projet de règlement européen sur l'espace, présenté par la Commission en juin 2025, ne touche pas à cette architecture : responsabilité et assurance restent de la compétence des États membres. Les négociations entre le Conseil et le Parlement européen sont attendues à partir de la fin 2026.

## L'orbite basse reste l'angle mort de la couverture

La croissance du secteur spatial ne se convertit pas mécaniquement en primes. Hors constellation Starlink, qui se passe d'assurance, seuls 5 à 7 % des satellites en orbite basse sont couverts, selon Andrew Bonwick, responsable spatial de l'assureur spécialisé Relm. Le produit traditionnel, conçu pour un engin unique de grande valeur, s'adapte mal à des flottes de plusieurs centaines d'unités : passé une certaine échelle, ce qui doit être garanti n'est plus le satellite lui-même mais la constellation entière et les flux de revenus qu'elle porte.

Yuk Chan, fondateur et directeur général de Charter Space, qui a ouvert cette année un courtage dédié, va plus loin : « Le modèle traditionnel centré sur le seul géostationnaire constitue, à mon sens, un risque structurel pour la santé d'ensemble du secteur de l'assurance. » Sa société développe une plateforme logicielle destinée à industrialiser la souscription pour des missions plus petites et plus nombreuses.

L'environnement orbital pèse également sur la tarification. L'Agence spatiale européenne recensait au 25 juin 2026 près de 46 190 objets suivis par les réseaux de surveillance et plus de 16 700 tonnes de matériel en orbite. Ses modèles estiment à 54 000 le nombre d'objets de plus de dix centimètres, dont environ 9 300 charges utiles actives, et à 1,2 million les débris compris entre un et dix centimètres. Ces fragments, trop petits pour être catalogués, restent capables de détruire un satellite.

## Les échéances à surveiller

Trois rendez-vous détermineront la trajectoire du marché. L'enchère américaine de 2027 fixera la valeur réelle du spectre libéré et la crédibilité du calendrier de transition. Les plans d'investissement que SES et Eutelsat présenteront à leurs actionnaires diront ensuite si la manne se traduit par des commandes de satellites, donc par des primes nouvelles. Le rythme des sinistres, enfin, arbitrera entre détente tarifaire et maintien des conditions actuelles.

Pour l'épargnant exposé aux valeurs du spatial ou de l'assurance de spécialité, la leçon tient en une phrase : un chèque réglementaire de 6,1 milliards de dollars ne devient un cycle industriel que si les opérateurs choisissent de le réinvestir en orbite.

## Sources

-   SES, communiqué sur la décision de la FCC relative à la bande C haute, 27 juillet 2026
-   Eutelsat, communiqué sur le cadre de transition de la bande C aux États-Unis, 27 juillet 2026
-   Via Satellite, SES set to receive 5,6 milliards de dollars pour la libération de la bande C, 27 juillet 2026
-   SatNews, FCC approves Upper C-band order, 27 juillet 2026
-   Advanced Television, C-band : 5,6 milliards pour SES, 504 millions pour Eutelsat, 27 juillet 2026
-   Investing.com, réaction boursière de SES et Eutelsat à la décision de la FCC, 27 juillet 2026
-   Mobile World Live, SES et Eutelsat vont percevoir 6,1 milliards de dollars, 27 juillet 2026
-   Aon, Space Insurance Market Report, premier trimestre 2026
-   SpaceNews, GEO cancellations complicate space insurance recovery, Jason Rainbow, juin 2026
-   SpaceNews, SES joins Eutelsat in canceling GEO expansion satellites, mai 2026
-   Agence spatiale européenne, statistiques de l'environnement spatial, 25 juin 2026
-   Insurance Business, analyse du marché mondial de l'assurance spatiale, 15 juin 2026
-   Légifrance, loi n° 2008-518 du 3 juin 2008 relative aux opérations spatiales
-   Commission européenne, proposition de règlement sur l'espace, juin 2025
