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title: "ASML perd 60 milliards d'euros après la percée chinoise dans la lithographie DUV"
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category: geopolitics
description: "ASML a perdu plus de 60 milliards d'euros de capitalisation après le lancement de la production chinoise de machines DUV. Analyse et impact PEA."
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author: "Emmanuel d'Ibelin"
publishedAt: "2026-07-28T18:11:01.343Z"
updatedAt: "2026-07-28T18:11:01.364Z"
readingTimeMinutes: 8
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# ASML perd 60 milliards d'euros après la percée chinoise dans la lithographie DUV

> L'action ASML a chuté de 8,5 % lundi à Amsterdam et perdu plus de 60 milliards d'euros de capitalisation en deux séances. Un groupe d'État chinois a lancé la production de machines de lithographie DUV à immersion, un segment que le néerlandais domine sans partage.

L'information n'est venue ni d'un communiqué officiel ni d'une conférence de presse. Elle a surgi lundi 27 juillet d'un article du site technologique The Information, repris quelques heures plus tard par Reuters : un groupe d'État chinois a lancé la production de machines de lithographie DUV à immersion, ces équipements qui gravent les circuits sur les plaques de silicium et dont le néerlandais ASML détient le monopole de fait. La sanction boursière a été immédiate.

## Amsterdam encaisse le choc en fin de séance

À la Bourse d'Amsterdam, l'action ASML a terminé lundi en recul de **8,5 %**, au plus bas depuis le début du mois de juin. Ses voisins de cote ont suivi : Besi a cédé près de 10 %, dernière place de l'AEX, et ASMI plus de 7 %. L'indice vedette néerlandais a limité sa perte à 0,8 %, à 1 081,13 points, soutenu par ailleurs par le repli des cours pétroliers. Aux mêmes heures, Londres, Paris et Francfort progressaient jusqu'à 1,7 %.

Le mouvement s'est prolongé mardi. Sur deux séances, le titre a perdu environ 10 % et effacé plus de **60 milliards d'euros** de capitalisation, selon Reuters. Sur le marché américain, les équipementiers ont été emportés dans le sillage : Applied Materials a reculé jusqu'à 8,35 % en séance, Lam Research jusqu'à 7,55 % et KLA jusqu'à 5,90 %, avant de reprendre une partie du terrain perdu.

La correction mérite toutefois d'être replacée dans son contexte. Le titre affiche encore une progression d'environ 50 % depuis le 1er janvier, après avoir inscrit un record historique supérieur à 1 741 euros le 30 juin.

## Ce que la Chine a réellement mis en production

Reuters a été le premier média à nommer l'entreprise : **Shanghai Aishengna Electronic Technology Group**, un groupe public jusqu'ici discret, créé en août 2023 avec un capital social de 7 milliards de yuans, soit environ 1 milliard de dollars. Deux actionnaires publics seulement figurent à son tour de table, Shanghai Electric Holding et une filiale de Shanghai International Trust. Le groupe a absorbé les équipes de la jeune pousse Yuliangsheng, qui testait un prototype depuis l'an dernier, et celles de Shanghai Micro Electronics Equipment, le vétéran chinois du secteur.

La machine en cause est un scanner à immersion travaillant à une longueur d'onde de 193 nanomètres. Elle vise la gravure de puces en 28 nanomètres, une finesse qui peut être poussée vers le 7 nanomètres au prix de passages multiples sous l'appareil. Le fondeur SMIC teste le prototype de Yuliangsheng depuis septembre 2025. Les premières unités doivent être livrées cette année à SMIC, à Hua Hong Semiconductor et au fabricant de mémoire CXMT.

## Cinq machines contre cent trente et une

Les volumes annoncés ramènent la nouvelle à sa juste échelle. Aishengna vise **cinq machines cette année et une vingtaine en 2027**. ASML, de son côté, a livré 131 systèmes DUV au cours de la seule année 2025. L'écart reste d'un ordre de grandeur, et les sources citées par The Information reconnaissent que les appareils chinois accusent un retard de performance et de fiabilité, et devront franchir des étapes de qualification supplémentaires avant toute production en série.

Les spécialistes du secteur insistent sur ce point. Interrogée par CNBC, l'équipe de SemiAnalysis énumère les obstacles qui s'accumulent : la performance de l'outil, la capacité à en produire davantage, la tenue d'un parc entier de machines, l'écosystème qui doit se construire autour et, surtout, une économie défavorable face à des équipements ASML déjà entièrement amortis.

Chez JPMorgan, Sandeep Deshpande a jugé la réaction du marché « disproportionnée », rappelant que produire une poignée d'outils DUV à immersion n'est pas la même chose que produire des outils réellement utilisables. Un raisonnement partagé par Didier Scemama, de BofA Securities, qui a maintenu sa recommandation à l'achat et estimé que la part du chiffre d'affaires consolidé d'ASML réellement exposée se limite à **2,4 %**. Chez BNP Paribas, Jakob Bluestone parle d'un « léger négatif », la montée en puissance chinoise relevant selon lui d'une nécessité industrielle plus que d'un remplacement.

## Quand les contrôles à l'export fabriquent un concurrent

Le fond du dossier dépasse la performance d'un scanner. Le gouvernement néerlandais a durci par deux fois son régime de licences sur les DUV destinées à la Chine, en septembre 2023 puis en avril 2025, à la demande insistante de Washington. Les machines EUV, celles de la génération la plus avancée, sont interdites d'exportation vers la Chine depuis plus longtemps encore, et ASML en reste à ce jour le seul fournisseur commercial au monde.

Sanne van der Lugt, du Leiden Asia Center, en tire la conclusion qui dérange : les contrôles américains à l'exportation ont réussi à créer un modèle économique viable pour la lithographie chinoise. Pour les clients chinois, précise la chercheuse, l'alternative se résume désormais à ces machines ou à rien.

Le débat n'est pas clos à Washington. Le MATCH Act, proposition de loi déposée en avril 2026, étendrait les contrôles américains aux DUV à immersion d'ASML et à leur maintenance en Chine, avec un délai de 150 jours imposé à La Haye et à Tokyo pour adopter des règles équivalentes. Le gouvernement néerlandais s'y oppose frontalement et a dépêché à deux reprises des membres de son cabinet à Washington pour plaider contre le texte, qu'il considère comme une extension abusive du droit américain.

## L'exposition chinoise d'ASML, chiffres en main

Que représente vraiment la Chine dans les comptes du groupe ? Lors de la présentation des résultats du deuxième trimestre, le directeur financier Roger Dassen a confirmé que le pays devrait peser environ **20 % du chiffre d'affaires net total** sur l'ensemble de l'exercice, soit près de 9 milliards d'euros. Une part tirée par la demande de puces logiques matures, non par les générations les plus avancées.

Le trimestre écoulé a été solide : 9,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires net, 2,9 milliards de bénéfice net, une marge brute de 54,0 % et un bénéfice par action de 7,59 euros. Sur les 6,6 milliards de ventes de systèmes, l'EUV a pesé 3,8 milliards et le reste de la gamme 2,8 milliards. Le groupe vise 43 à 45 milliards d'euros de ventes en 2026, et une fourchette de 11 à 12 milliards pour le troisième trimestre.

## Deux lectures s'affrontent chez les gérants

La première considère que rien de fondamental n'a bougé. L'EUV, où le groupe n'affronte aucun concurrent, assure désormais la majorité des ventes de systèmes, et le carnet de commandes reste alimenté par les investissements mondiaux liés à l'intelligence artificielle.

La seconde regarde plus loin. Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote, évoque un « scénario cauchemar » si un concurrent venait à briser la mainmise du groupe sur le segment DUV. Les analystes de JPMorgan, tout en relativisant la portée immédiate de l'épisode, y voient une donnée supplémentaire dans la marche chinoise vers l'autosuffisance en équipements, et un facteur de risque accru à long terme sur les revenus chinois d'ASML. Les 20 % de chiffre d'affaires cités par Roger Dassen ne s'évaporeront pas en un trimestre, mais ils cessent d'être acquis.

## Quel impact pour un portefeuille français ?

La question n'a rien de théorique pour un épargnant hexagonal. ASML est une société de droit néerlandais cotée sur Euronext Amsterdam, donc éligible au plan d'épargne en actions au même titre qu'une valeur française. Le groupe est devenu en juin 2026 la plus forte capitalisation jamais atteinte par une entreprise européenne, ce qui en fait une ligne lourde dans la plupart des fonds indiciels européens logés en PEA ou dans les unités de compte d'un contrat d'assurance vie.

Concrètement, le porteur de parts d'un fonds répliquant un large indice européen a vu son exposition se déprécier lundi sans avoir passé le moindre ordre. Telle est la contrepartie de la concentration : lorsqu'une seule valeur pèse autant dans un indice, un article de presse spécialisée suffit à faire bouger l'ensemble. Le sujet appelle un examen posé de la répartition réelle de son épargne actions, ligne par ligne, plutôt qu'un arbitrage dans l'urgence.

## À surveiller dans les prochains mois

-   La qualification effective des machines d'Aishengna chez SMIC, Hua Hong et CXMT, seul juge de paix de leur utilité industrielle
-   Le sort du MATCH Act au Congrès américain et la riposte diplomatique néerlandaise
-   Les résultats du troisième trimestre d'ASML et l'évolution de la part chinoise dans ses ventes
-   Le rythme réel de montée en capacité chinoise en 2027, à confronter aux vingt unités annoncées
-   La demande en EUV, qui reste le véritable baromètre du cycle lié à l'intelligence artificielle
